DE LA PUTRÉFACTION DES CADAVRES
Le processus de putréfaction, au cours duquel se produisent des transformations chimiques les plus compliquées des tissus morts, aboutit à la disparition de la matière organique par le moyen des fermentations microbiennes. À cette destruction par la putréfaction commune vient s'ajouter, dans beaucoup de cas, une destruction accessoire et grossière par des animaux inférieurs que l’on a nommés les auxiliaires de la putréfaction.
19 De la putréfaction commune
La putréfaction est déterminée en majeure partie par les bactéries qui pénètrent dans les différents organes. Ces bactéries ont surtout comme origine l’intestin. D’après les recherches de Birch-Hirschfeld, il se fait une migration post mortem des bactéries de Pintestin vers les organes internes. En moyenne le bactériucom li est retrouvé par lui 10 heures après la mort dans le foie principalement, mais aussi dans les reins, la rate et la veine porte. Les mêmes recherches ont été
faites par Würtz, Achard et Phulpin qui ont trouvé le colibacille dans le foie, la rate et le rein 24 à 36 heures après la mort.
Cette migration peut se faire par les vaisseaux sanguins et lymphatiques et par la bile, mais les bactéries pouvant détruire les cellules de la muqueuse intestinale au moyen de leurs diastases, cette migration peut se faire aussi directement à travers les parois de l’intestin.
Il est possible aussi que les organes soient déjà. envahis pendant la vie ou pendant l’agonie par les microorganismes, comme l’ont démontré Klein, Hauser, Malvoz, Ottolenghi, Loew. Les microbes de l'intestin qui sont arrivés dans le sang, sont refoulés avec lui par la pression gazeuse intraabdominale et disséminés dans tous les organes.
Les bactéries de la putréfaction peuvent venir accessoirement d’autres organes tels que les fosses nasales, cavité buccale et organes génitaux qui sont déjà pendant la vie le réceptacle d’une flore microbienne très riche. Chez les noyés qui ont inspiré au moment de l’agonie une grande quantité de microbes, les poumons sont généralement le point de départ de la putréfaction. Dans ce cas, le premier signe de putréfaction n’est plus l'apparition de la tache verte abdominale comme quand l’intestin est le point de départ, mais cette tache verte apparaît alors au niveau du thorax.
Les microorganismes de la surface peuvent difficilement pénétrer à travers la peau saine. Les solutions de continuité et surtout les grandes
blessures leur sont une large porte d’entrée,
Malvoz à signalé que chez les enfants qui meurent avant d’avoir leur tube digestif habité par des microbes, la putréfaction ne part plus de l'intestin mais des orifices naturels et de la peau.
D’après Brouardel les individus qui peu avant leur mort ont perdu par des diarrhées ou par des purgations une grande partie de leurs microbes
intestinaux se décomposent moins vite que
d’autres qui étaient sujets à la constipation ou
qui ont succombé à une obstruction intestinale. |
29 Des microbes qui causent la putréfaction
Autrefois on attribuait les causes de la putréfaction aux aérobies. Hauser mettait surtout en cause le groupe des protéus : protéus vulgaris, protéus nurabilis et protéus Zenkeri, qui s’attaquent à la matière albumoinoïde en formant un produit très toxique.
D’autres auteurs, tels que Birch-Hirschfeld et Malvoz ont fait jouer un rôle important au bactérium coli commune.
Actuellement le rôle le plus actif est attribué aux anaérobies. Bienstock a montré que le bactérium coh putrificus est doué d’une action destructrice très grande vis-à-vis de la matière albuminoïde et surtout de la fibrine. Il se rencontre pour ainsi dire constamment dans l’intestin de l’homme sain ainsi que le bactérium sporogenes et le bactérium perfringens. Tissier et
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Martelly en étudiant la putréfaction de la viande ont trouvé treize espèces d’anaérobies facultatifs et surtout d’anaérobies à action prédominante entre autres : bactérium gracilis putridus, bactérium putrifieus coli et le bactérium perfringens:
Ottolenghi constate qu’au cours de la putréfaction certaines sortes de microbes prédominent dans le sang du cœur des cadavres suivant les différentes époques et il est d’avis que l’on pourrait établir une chronologie bactériologique de la putréfaction. Ainsi le bactérium coli trouvé par Birch-Hirschfeld, Würtz, Achard et Phulpin dans le sang du cœur 10 à 36 heures après la mort n’a jamais pu être retrouvé par Ottolenghi au cours des recherches qu'il a pratiquées sur des cadavres en état de putréfaction plus avancée. En plus la décomposition graduelle de la matière albuminoïde change la composition du terrain dans lequel vivent les microbes et il se peut que, dans les différents stades de la putréfaction, diverses sortes de microbes prédominent et se suivent, les uns laissant aux suivants le travail qui reste à accomplir. Malvoz n’admet pas cette suite bactériologique qui rappelle celle que Megnin a établie pour la faune des cadavres.
Pour Pottevin les anaérobies détruisent les corps jusqu'à un certain degré seulement, et ce sont les aérobies qui achèvent la destruction. € Dans leur action », dit-il (les microbes anaérobies s'arrêtent toujours à des résidus de structure encore assez compliqués. Ces résidus inassimu-
lables pour eux leur sont des poisons et finissent,
s'ils s'accumulent dans le milieu, par empêcher leur développement. Les microbes aérobies, agents de combustion complète et de minéralisation totale, reprennent ces résidus et les brûlent. Par l’action synergique de ces deux catégories d'êtres, les premiers devant aux seconds de pouvoir conünuer leur œuvre que ceux-ci terminent, s’accomplit la destruction finale de toute matière organisée. Mais celle-ci d’après ce que nous voyons, exige comme condition essentielle la présence de loxygène. »
39 De la transformation du cadavre et de la modification des tissus par le processus de putréfaction.
Lorsqu’au moment de la mort toutes les fonctions vitales cessent, les lois physiques règnent de nouveau sur les solides et sur les liquides de l’organisme. Les changements qui s'effectuent donnent lieu à une série de phénomènes nouveaux qui font disparaître ou qui transforment des lésions où plutôt qui simulent des lésions qui n’ont pas existé pendant la vie.
C’est ainsi qu’apparaissent les lividités. Ce sont des taches noirâtres ou violacées qui se forment plus ou moins rapidement après la mort et qui résultent de la stase du sang qui s’accumule selon les lois de la pesanteur dans les vaisseaux des parties déclives. Cette congestion mécanique
par stase se montre aussi sur les organes internes, les poumons et le tube digestif.
La modification suivante de la peau est l’apparition dans la fosse iliaque droite de la tache verte abdominale qui s’étend peu à peu à tout le corps. Cette coloration verte est due à l’action de l’hydrogène sulfuré, qui prend naissance dans les fermentations microbiennes, sur l’hémoglobine du sang. Elle apparaît au niveau du cœæcum, organe le plus riche en microbes.
Des gaz putrides se développent dans le tissu cellulaire sous-cutané et viscéral, dans le sang et dans les organes creux. Ces gaz inflammables, d’une odeur caractéristique sont composés surtout d’acide carbonique, d'hydrogène sulfuré, d’azote, de carbures d'hydrogène, de méthan, de corps de la série aromatique, tels que l’indol et le scatol qui donnent surtout l’odeur caractéristique de la putréfaction. Ils gonflent le cadavre, ballonnent l’abdomen, gonflent les paupières, soulèvent le serotum et la verge. Ils s'accumulent souvent sous une très forte pression et exercent leur action sur les organes contenus dans les cavités splanchniques. Ainsi on peut observer le refoulement du contenu stomacal dans l’œsophage et les voies aériennes ; le refoulement des muqueuses rectale et vaginale simulant un prolapsus ; quelquefois l'expulsion du fœtus hors de la matrice; plus rarement l'éclatement de la paroi abdominale. Le cœur est vidé de son contenu par expression et le sang est refoulé vers la périphérie.
Le réseau vasculaire sous-cutané se dessine en
transsude de ces vaisseaux, imbibe et colore leurs parois et le tissu péri-vasculaire. Elle soulève l’épiderme en phlyctènes d’une grosseur variable qui éclatent et laissent à nu le derme qui se hiquéfie à son tour ou qui se dessèche.
= Comme l’épiderme, les ongles, les cheveux et les poils tendent à se détacher.
Le liquide séro-sanguinolent s’épanche aussi dans les cavités séreuses, imbibe. les organes internes qui prennent des teintes anormales et se ramollissent. -
À cette première phase d’imbibition fait suite une phase de destruction et de désorganisation superficielle et profonde. Les organes diminuent de volume et se réduisent en une sorte de cambouis. Les cellulés qui les constituent, ne reçoivent plus de nutrition et sont vouées à la mort. Elles sont détruites par les fermentations microbiennes et par autodigestion. Les ferments protéolytiques, amylolytiques et lipolytiques élaborés par l’organisme pendant la vie ne sont pas supprimés par la mort. Gorin et Stockis cités par Vibert disent : « Les ferments qui pendant la vie dissocient les éléments chimiques de nos organes n’ont pas disparu par le fait de la mort et leur activité n’est pas suspendue ; elle est simplement modifiée du fait des changements de température que la mort détermine et du fait que les produits de désintéoration qu’elle crée ne sont plus éliminés, que les
rouge-brun sale. Le sang se liquéfie. La sérosité
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substances qu’elle dissocie ne lui sont plus amenées d’une façon continuelle. Les transformations morphologiques et chimiques que les cellules subissent aboutissent à la liquéfaction. » |
En même temps que les ferments microbiens agissent sur les tissus et les détruisent, ils produisent des corps ayant les mêmes propriétés et les mêmes réactions que les alcaloïdes ; sur lorganisme animal, ils produisent dilatation ou contraction de la pupille, paralysies, contractures, spasmes. Selmi, l’auteur italien qui s’est beaucoup occupé de ces corps, leur à donné Île nom de € ptomaïnes ». Certains de ces produits basiques qui se forment au cours de la putréfaction comme la neuridine et la cadavérine ne sont pas toxiques; d’autres, surtout ceux qui se forment plus tardivement, la neurine et la mydaline qui produisent de la dilatation des pupilles, de la sécrétion salivaire et l’arrêt du cœur en diastole, sont très toxiques.
49 Des causes qui accélèrent ou qui retardent la putréjaction
Lorsqu'on procède à l’exhumation de plusieurs corps inhumés dans les mêmes conditions, il est rare de les retrouver tous au même stade de la décomposition,
Briand et Chandé relatent que lors des exhumations à Paris en 1840, les corps inhumés pendant la révolution en 1830, qui avaient succombé au
même genre de mort et qui avaient été enterrés au même endroit, présentaient tous les stades de décomposition depuis la transformation en squelette jusqu’à la conservation des parties molles qui les rendait reconnaissables.
Erismann rapporte que lois des exhumations des champs de bataille de Plevna, en mai 1878, six mois après la prise de la ville, on retira de terre des corps qui avaient été inhumés à une profondeur de 0 m. 4 à O0 m. 6. Toutes les cavités abdominales et thoraciques étaient ouvertes par putréfaction, mais chez les uns les viscères et les muscles étaient encore reconnaissables, chez les autres les parties molles étaient en grande partie disparues, chez d’autres enfin il ne restait que les os recouverts de restes de vêtements et de lambeaux de peau desséchée.
D’après Schauenstein les cadavres exhumés P
des champs de bataille de Sedan étaient les uns presque complètement putréfiés après avoir passé six mois dans la terre, les autres étaient très bien conservés et reconnaissables.
Les causes qui font que le processus de putréfaction se fait tantôt rapidement, tantôt lentement sont de deux sortes : causes intérieures et causes extérieures. Parmi les causes intérieures ou individuelles, 1l faut citer :
19 L'âge. — Les Jeunes enfants se putréfient plus vite que les adultes, leur organisme étant plus riche en eau. Toutefois chez les nouveau-nés
ti
cette putréfaction est retardée à cause de l’absence
des saprophytes intestinaux ; elle l’est surtout chez les morts-nés qui n’ont pas respiré.
29 La constitution du corps. — Les cadavres gras, à part la graisse qu’ils renferment, se putrélient plus vite que les cadavres maigres, soit que les tissus pauvres en eau de ces derniers sont moins propices aux cultures microbiennes que les tissus succulents des gras, soit surtout à cause de la couche de graisse sous-cutanée qui chez les obèses s'oppose à un refroidissement rapide du corps.
39 Les causes de la mort. — Elles influencent surtout l'apparition de la putréfaction. Celle-ci est hâtée dans la péritonite, l'infection puerpérale, la septicémie généralisée, la gangrène putride, car les bactéries se trouvent déjà dans le sang pendant la vie et forment un grand nombre de foyers d’où se propage la putréfaction.
Les grandes contusions, les blessures graves en détruisant la barrière protectrice formée par la
peau, accélèrent son apparition.
La fulguration, l’asphyxie et l’insolation, qui congestionnent les organes et fluidifient le sang, ont la même action. Les cadavres de sujets morts en état d’anasarque se putréfient rapidement, car l’œdème des tissus est favorable à la propagation des microbes.
4° Les empoisonnements ne semblent pas jouer
un grand rôle. On a prétendu que les empoison-
| nements par l acide sulfurique, l’acide phénique et
le sublimé retardent la putréfaction, mais on n’a
pas pu le démontrer. Dans quelques cas d’em-
poisonnement par l’arsenic, on avait constaté un retard dans l’évolution de la putréfaction et même sur certains cadavres exhumés une momification. Mais Zaaijer, sur 13 exhumations de cadavres d'individus empoisonnés par l’arsenie et 60 cas publiés dans la littérature, a trouvé que la putréfaction n’évoluait pas autrement chez ces cadavres que chez les autres.
Schauenstein, dans l’espace de 9 ans, a eu à expertiser 23 cas d’empoisonnement par l’arsenice. [n’a jamais constaté de retard dans la putréfaction; au contraire, chez certains cadavres la putréfaction semblait même se faire d’une façon plus rapide. >
99 Les cadavres de sujets anémiés ou morts des suites d’une forte hémorragie entrent relativement tard en putréfaction, à cause de leur pauvreté en sang, Lissu qui joue un si grand rôle dans la propagation des microbes et qui est lui-même le tissu qui entre le premier en putréfaction.
Les causes extérieures ont une action bien plus grande que les causes intérieures sur Le retard ou
l’accélération de la putréfaction.
19 La température. — La température optima
pour le développement de la putréfaction est pour Devergie 180-250, de 370 pour Schauenstein. La moyenne de 300C. est la température la plus propice pour les cultures des bactéries de la putréfaction. Celle-ci s’intallera donc d’autant plus vite que le corps se sera refroidi plus lentement et incomplètement. Donc plus vite en été qu’en hiver, plus vite, s’il est couvert que s’il ne l’est pas.
Les hautes températures empêchent la putréfaction. Elles dessèchent les cadavres, les momifient. Les cadavres congelés restent intacts pendant très longtemps (observation IF). La putréfaction s’intalle avec le dégel. |
Le temps écoulé entre la mort et Pinhumation, a aussi une grande importance. Le cadavre se putréfie d'autant plus vite qu'il a été exposé plus longtemps à l'air avant l’inhumation.
20 L’humidité. — Une certaine quantité d’humidité est toujours nécessaire pour amorcer et pour entretenir la fermentation putride. La teneur de 8 0/0 d’eau que le corps renferme y suffit complètement. Toutefois si le terrain ambiant est favorable à la dessication, la putréfaction s’arrête
uand le corps a perdu une grande partie de son ©
eau. ll se fait alors soit une momification du corps entier si la dessication à été très rapide, soit une momificalion des parties qui existaient encore lorsque la putréfaction s’est arrêtée.
Une grande humidité du milieu dans lequel se
trouve le cadavre n’est pas particulièrement
propice à la putréfaction. Au contraire, les cadavres submergés tendent plutôt à se saponifier.
30 L’air atmosphérique. — Au début, l'air atmosphérique ne peut avoir grande importance.
L’oxygène qu’il apporte n’a certainement pas une
influence considérable sur la putréfaction, ear il n'arrive pas jusqu’à l’endroit où elle débute et évolue, c’est-à-dire à l’intérieur du corps. D’autre part les microbes peuvent accomplir leur œuvre de destruction sans oxygène, puisqu'ils sont surtout anaérobies. Les microorganismes apportés par l’air ne peuvent avoir aucune importance à côté du nombre énorme de ceux qui sont contenus dans l’intestin, d’ailleurs ils ne pourraient pénétrer à travers la couche cornée de la peau.
Mais plus tard l’accès de l’air devient indis-
pensable. L’apport de l’oxygène est nécessaire aux processus d’oxydation qui se font à une période plus tardive. C’est pourquoi la putréfaction est moins rapide dans l’eau, et encore moins dans les matières fécales qui contiennent moins d'oxygène que l’eau.
L'influence de l’air sur la putréfaction varie aussi suivant la quantité dans laquelle il est apporté. 51 l’accès de l’air est très médiocre, la putréfaction ne peut pas se continuer et à sa place ou en même temps qu’elle, il se forme de l’adipocire. Par contre, l’air sec et facilement renouvelé favorise l’évaporation de l’eau du corps
et aboutit à la momification. Cette évaporation se fait rarement d’une façon complète.
49 Les vêtements semblent jouer un certain rôle en empêchant l’accès de Pair ils retardent la putréfaction. Au cours des exhumations sur les champs de bataille de Sedan on a pu constater que les cadavres des officiers allemands qui portaient des gilets de flanelle, étaient bien conservés, de même ceux qui Hs des manteaux de caoutchouc.
Hunziker, au cours des exhumations dans les cimetières de Bâle a constaté que la putréfaction était surtout avancée aux parties découvertes mains, avant-bras et tête.
59 La nature de la bière. — Plus la bière est résistante, mieux elle conserve le cadavre. Müller cite le cas d’un cadavre inhumé dans un cercueil de zinc depuis #1 ans et qui était encore au stade de décomposition putride. Les parties molles étaient encore en grande partie conservées. Hunziker à retrouvé également dans un cercueil en zinc un cadavre inhumé depuis 31 ans dont les parties molles du dos, du ventre et des cuisses étaient encore reconnaissables.
L'influence du cercueil sur la décomposition est connue depuis longtemps. Joseph IT, en 1784, a vainement cherché à introduire en Autriche la coutume d’inhumer les cadavres enveloppés simplement dans des sacs afin d'obtenir une décomposition plus rapide (Abel). Certains ont préco-
ie de recouvrir les cadavres pire d’un
couvercle de cercueil (Nægeli). Ces méthodes non
conformes aux prescriptions hygiéniques ne cor-
respondent pas non plus aux sentiments de piété envers les morts.
Pour obtenir une décomposition prompte il faudrait se servir pour la confection des cercueils de bois peu résistants comme le sapin. Certains pays ne permettent les.cercueils en chêne que pour le transport des cadavres.
On à aussi imaginé de construire une sorte de cercueils dans lesquels les cadavres devraient se
décomposer rapidement et auxquels on a donné
le nom de «tachyphages ». Ils sont composés essentellement d’une charpente en forme de cercueil recouverte d’une toile sur laquelle est appliqué un mélange de plâtre, de silicates, de carbonate de potasse et de dextrine. L'usage de ces tachyphages ne s’est pas beaucoup répandu, ils seraient
cependant employés à Ulm (Helbig).
6° Les racines d'arbres qui pénètrent jusqu'aux cadavres hâtent la putréfaction. Matthes, Maller et Hunziker ont constaté au cours de leurs exhumations que la pénétration de racines dans les cercueils avait formé un feutrage très épais autour des os et fait disparaître les restes des parties molles ; par contre, dans ces cas, les vêtements étaient bien conservés. Il est facile de comprendre que l’eau, si elle se trouve en grande quantité dans la fosse, est facilement absorbée
par les racines. Selon Müller, ce sont surtout les racines des conifères qui s’adaptent à cette pénétration dans les tombes et il conseille d’utiliser cette propriété des conifères et d’en planter beaucoup dans les cimetières.
À propos de plantations d’arbres dans les cimetières, voici ce que dit Pottevin : « Concurremment avec le drainage, on peut tirer un excellent parti pour l’assèchement du sol, des plantations d'arbres qui, par l’énorme surface d’évaporation que représente l’ensemble de leurs feuilles, constituent ce que Fonsagrives appelait avec beaucoup de justesse des « drains verticaux ». On donnera
Ja préférence aux arbres à feuilles aciculaires, qui
ont l’avantage de ne pas couvrir la terre, et par conséquent de ne pas gêner l’évaporation qui se produit à sa surface.»
70 Le sol. — C’est certainement le sol qui exerce la plus grande influence sur la destruction des cadavres. Il existe des cimetières dévorants, comme le cimetière de Pise, dont la terre, selon la tradition, aurait été transportée du Levant du temps des croisades. D’autres cimetières conservent les cadavres très longtemps, tels sont le cimetière des Cordeliers de Toulouse et celui des Cordeliers de Paris, où l’on a trouvé parfaitement conservée une femme morte de la petite vérole depuis un siècle.
La constitution du sol varie en effet avec les différents cimetières, depuis le lHimon et l’argile
LE
e sable fa et au gravier à gros grains. a quan-
tité d'humidité contenue dans ces terrains varie
avec chacun d’eux. Une terre sablonneuse est généralement sèche, l'argile par contre est souvent
plus ou moins humide.
La décomposition se fera d’une manière diffé-
rente dans deux terrains d’une même nature dont
l’un aura une situation élevée et en pente, tandis que l’autre sera situé dans un fond. Situés sur deux versants différents, ils auront aussi une exposition différente au soleil et aux vents et n’agiront pas de la même façon sur la destruction des corps.
Orfila avait déjà remarqué linfluence du sol sur la putréfaction. Dans le Jardin de la Faculté de Médecine de Paris, il avait fait déposer les uns à côté des autres quatre tas de terres différentes : du sable, de la terre de Bicêtre (calcaire), de la terre du jardin de la Faculté de Médecine et du terreau. Dans chacun des tas, il avait enfoui un morceau de cuisse provenant du même cadavre. Après un certain temps, 1l put constater que dans le sable la putréfaction était la moins
avancée et que dans le terreau elle l’était le plus ;
que du gras de cadavre s’était formé dans la terre du Jardin en quantité notable, moins dans la terre de Bicêtre, moins encore dans le terreau et pas du tout dans le sable.
La constitution chimique du sol agit aussi sur la putréfaction. Les terres qui renferment de la chaux brûlent vite la matière organique.
Le
En général, les corps sont rapidement détruits dans un sol poreux facilement perméable à Pair et à l’eau.
Dans un sol argileux et humide ou dans les cimetières où les cadavres sont ordinairement submergés les échanges avec l’extérieur n’existent pas et les corps ont une tendance à se saponifier.
Dans les fosses communes, les corps supérieurs et latéraux se décomposent facilement si la terre est perméable, mais les inférieurs se transforment fréquemment en gras de cadavre.
Les sables secs et chauds en déshydratant les corps empêchent également la putréfaction. C’est ainsi que dans les sables brûlants de la Nubie et dans les déserts de l'Arabie, les corps se dessèchent se transforment en momies naturelles et se réduisent en poussière, mais ne pourrissent pas.
Les cadavres ne peuvent subir la décomposition que lorsque toutes les conditions nécessaires à son développement sont réalisées. Ainsi toutes les parties d’un même cadavre ne sont pas soumises aux mêmes conditions, et l’on peut rencontrer parfois sur un même cadavre la putréfaction commune, la saponification et la momification.
5° De la destruction grossière par les animaux inférieurs
Une destruction complète jusqu'aux os dans l’espace de 4 à 8 semaines par des insectes, comme Krahmer et Dommes l’ont observée à l’air libre,
a ne peut pas se faire aussi rapidement chez les cadavres inhumés. Elle existe cependant.
En été il peut très bien se faire que des larves
éclosent des œufs déposés par des mouches dans
les commissures labiales ou palpébrales. Ces larves sortent souvent déjà le jour qui suit la ponte des œufs, et leur action destructrice est connue de tout le monde.
Von Hofmann a trouvé souvent dans les parties molles de cadavres exhumés des quantités innombrables de très petits nématodes vivants du groupe Pelodera. |
Mégnin a rencontré sur des cadavres exhumés au cimetière de Saint-Nazaire des Ophira cadaverina et le Philontus ebeninus.
Au cours des exhumations du cimetière l’Ivry, Mégnin a récolté un nombre considérable de larves, de coques, de nymphes et d'insectes adultes. Parmi ceux-ci il a identifié des diptères : Curtonevra stabulans, Phora aterrina, Calliptora vomitoria et une anthomynde du genre Ophira ; des coléoptères : le Rhizophagus parallelicollis et le Philontus ebeninus ; des thysanoures : l’achorutes armatus et le Templetonia nitida.
Ces insectes apparaissent successivement comme sur les cadavres à l’air libre.
Il faut admettre avec Mégnin que certains insectes — il en est que l’on ne trouve que dans
l'herbe des cimetières attirés par les émanations cadavériques, viennent pondre leurs œufs
à la surface de la terre et que leurs larves, dirigées
par leur odorat, traversent la couche de terre qui les sépare du cadavre, peut-être en se servant des galeries creusées par les vers de terre. :
Ce sont surtout les larves des diptères et des coléoptères qui ont un rôle très actif dans la
destruction des corps. Les nymphes de Phoras
existaient par myriades sur des cadavres de deux ans. « Ils étaient couverts », dit Mégnin, «comme les jambonneaux de chapelure, mêlés à une poudre brune composée uniquement du produit de déjection des larves. » Les Phoras sembleraient se développer de préférence sur les cadavres maigres et les Rhizophagus sur les gras. La larve de celui-ci vivrait de gras de cadavre. Hunziker a observé aussi que le Rhizophagus se rencontre surtout dans le tissu adipeux et surtout dans les couches graisseuses des parois abdominales qui avaient résisté particulièrement longtemps à la putréfaction ; souvent il creuse dans la graisse de vrais couloirs dans lesquels 1l se tient.
69 De la résistance des différents organes à la putréfaction
Nous ne voulons pas faire ici la description des différents organes en putréfaction, car elle a été faite d’une façon magistrale par Orfila et après lui par beaucoup d’autres ; nous voulons simplement insister sur la différence de résistance des organes à la putréfaction. Certains organes en elfet résistent très longtemps, tandis que d’autres
se décomposent rapidement. Et il ne peut en être qu’ainsi, car les différents organes ont une structure anatomique et histologique différente, une quantité différente de vaisseaux sanguins et la constitution chimique des différents tissus n’est pas du tout identique. Les organes riches en sang, ou imprégnés de liquide albumineux ou dans lesquels se trouve localisé un processus septique, se putréfient plus vite. Certains organes sont très résistants à la putréfaction. Ce sont outre la peau : l’utérus (non gravide), le cœur, les gros vaisseaux, les ligaments tandis que d’autres, comme les poumons et l’intestin ne résistent pas longtemps. Les organes glandulaires : foie, rate, reins, glandes surrénales, testicules, thymus et les ganglions lymphatiques sont rapidement détruits. Le tissu le plus fragile est certainement le sang.
Les poumons sont rapidement détruits, car ils renferment souvent, outre beaucoup de sang, des bactéries qui ont été aspirées pendant l’agonie. Il est cependant des auteurs qui prétendent que les poumons se conservent relativement bien, excepté dans les inflammations (ædème, pneumonie, tuberculose caséeuse). Les parties lésées seraient vite détruites tandis que les voisines se conserveraient assez bien. La structure microscopique surtout serait bien conservée grâce aux fibres élastiques qui sont très nombreuses dans le poumon et l'examen pourrait montrer des embolies graisseuses, des corps étrangers aspirés, des
bacilles de Koch.
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