‹ Les exilésChapitre 10 sur 13 · SCÈNE DES NUÉES · texte numérisé non relu

SCÈNE DES NUÉES

Personnages. — Personnages muets : — Socrate entouré de

ses disciples. — Phidipide.

— Le Juste. — L'Injuste. — Chœur des Nuées,

LE JUSTE

Viens ici^ montre-toi dans ta iîëre attitude En public 1

L*INJUSTE

J y consens } devant la multitude Te perdre me sera plus facile.

LE JUSTE

' El comment?

Parle ! Qui doue cs-lu, loi?

l'injuste.

Le raisonneiiicut.

LE JUSTE

Le faux.

l'injuste.

Qui sur le vrai rcraporle, je m'en vautc.

Par quel art ?

Par l'altrait de tout ce que j'invente.

LE JUSTE (montrant Socrate et ses disciples.)

ïu plais, grâce à ces fous, et tu fais l'important.

l'injuste.

A ces sages, dis donc.

LE JUSTE

Je te perdrai, pourtant.

l'injuste.

Comment !

LE JUSTE

En ne parlant que d'après la juslice.

l'injuste.

De tous tes beaux discours va crouler rédifice.

Et d'abord je soutiens qu'il n'est pas, hors le nom,

De justice.

LE JUSTE

Il n'est pas de justice?

l'injuste.

I Mais non.

En vois-tu?

LE JUSTE

Chez les dieux.

Pas plus que sur la terre, Jupiter, bien qu'il ait enchaîné son vieux père, Règne en paix.

LE JUSTE

Quoi ! le mal en est-il arrivé A ce point? De dégoût mon cœur est soulevé.

L*INJUSTE, Tu n'es qu'un esprit faible, un vieillard imbécile.

LE JUSTE

Toi, tu n'es quun infâme, un impudent habile.

l'injuste.

Tes injures, mon cher, sont des roses pour moi.

LE JUSTE

Un impie.

l'injuste.

Ah ! de lys je suis couvert par toi.

LE JUSTE, Un parricide.

l'injuste.

C'est de Tor que tu me jettes.

C'était du plomb fondu (*) que jadis sur leurs têtes Recevaient tes pareils.

l'injuste.

A merveille, mon vieux, Tes mépris sont pour moi des titres glorieui.

LE JUSTE

Quel insolent !

L*INJUSTE

Et toi, quelle momie !

LE JUSTE

Athènes Un jour reconnaîtra l'abîme où tu l'entraînes. Par toi les jeunes gens, amollis, corrompus, Aux écoles déjà ne se présentent plus.

l'injuste.

Que ton air misérable et sale me dégoûte ! * Snpplice des parricides.

LE JUSTE

Tu vis riche aujourd'hui, la jeunesse l'écoulé; Jadis tu mendiais et rongeais à l'écart Les arguments usés d'un avocat bavard.

l'injuste.

Quelle élrange sageaae envers moi te courrouce?

LE JUSTE

Quelle étrange folie. Athéniens, vous pousse A nourrir dans vos murs cet esprit corrupteur Qui perdra la jeunesse?

Eh quoi ! vieux radoteur, Tu prétends donc former ce jeune homme?

LE juste.

Sans doute.

S'il ne veut pas se perdre^ il faudra qu'il m'écoute.

l'injuste (à Phidipido).

Laisse ce fou. crcis-moi, marche dans mon chemin !

LE JUSTE (à Phiclipide).

Tu le repentiras si tu lui tends la main.

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