II
LE CHCOSUR.
Allons, déployez tous les deux, Pour vous disputer la victoire, Les trésors de l'art oratoire ; Pcnsers profonds, mots chaleureux.
Ici de la philosophie S'agite aujourd'hui le destin, On l'attaque, on la glorifie, On commence un combat sans fin.
{Au Juste.) O toi qui couronnas nos pères De tant de gloire et de vertu !
Pour la cause que tu préfères, Parle, et dis-nous, qu'enseignes-lu .'
LE JUSTE
Pour défendre ma cause, il convient que j'explique Quelle éducation avait la Grèce antique. Alors que la justice était dans tous les cœurs. Dans ces jours florissants régnaient les bonnes mœurs. La voix d'aucun enfant n'osait se faire entendre ; Etquand les jeunes gens, chez leur maître, allaient prendre Leur leçon de musique, en ce temps qui n'est plus. Ils marchaient en bon ordre, ensemble, toujours nus, La neige tombât-elle à flot sur leur poitrine. Ainsi que d'un tamis une blanche farine.
Arrivés cher le maître, assis avec pudeur, Ils répétaient nos chants de guerre tous en chœur, El n'alléraient jamais cette mâle harmonie Des airs par les aïeux transmis à la patrie. Si l'un d'eux eût osé rire comme un bouffon, Ou, des hymnes sacrés amollissant le ton^ Mêler aux vieux accords les note* parasites. Dans nos chants énervés par Phrynis introduites, 11 eût été soudain frappé, chassé, honni, Car des Muses en lui l'on eût vu l'ennemi. Au gymnase, évitant tout signe de licence, Us devaient se poser toujours avec décence ; Ils ne se montraient pas de roses couronnés. L'œil lascif, et la voix aux sons efféminés ; Ils ne devaient manger ni céleri ni grive, ISï Tanis favorable au vieillard qa il ravive»
l'injuste.
Comme tout cela sentie vieux temps, vieux barbon!
LE JUSTE
Oui, le temps qui forma les Grecs de Marathon. Maintenant ils sont tous, dès leurs jeunes années, Couverts de vêtements ; lorsqu'aux Panathénées Ils dansent , je m'indigne en les voyant, hélas ! Tenir leur bouclier sans penser à Pallas ;
C'est pourqnoî, si (u veux Olrc pur, intrépide,
N hésite pas, jeune homnae, à rae choisir pour guiJc.
J'in!?lruirai la jeunesse k haïr les procès,
A ta vertu des baiiis j'interdirai l'accès ;
Tu seras plein d'horreur pour les choses obscènes.
Et tu t'indigneras quand les roués d'Athènes
Riront de ta candeur. Irréprochable en lout,
Eu face des vieillards tu te tiendras debout ;
Envers ceux dont l'amour éleva ton enfance,
Tu ne te permettras aucune irrévérence ,
Jamais rien de honteux n'entrera dans ton cœur ;
Car on doit voir l'image en toi de la pudeur.
Tu n'iras pas t'asseoir au milieu des danseuses,
De crainte qu'épiant tes langueurs amoureuses,
L'impure courtisane, aux banales amours.
Ne te jette la pomme et ne souille tes jours ;
On ne t'entendra pas contredire ton père,
Ki rire impudemment de sa vieillesse auslère ;
Celui qui t'éleva sera sacré pour loi,
Et tu vivras en tout selon l'ancienne loi.
l'injustf.
Crois-le, jeune homme, aMons, et, par Baçchus, je jure Que d'un franc idiot tu vas avoir l'allure.
LE JUSTE
Au gymnase toujours on te verra briller. Et non, ainsi que fout tant d'autres, babiller
Sur la place publique, et perdre tes paroles
En procès éternels pour des sujets frivoles,
 ta ruine ainsi l'on pourrait t'entraîncr ;
Mais à l'Académie allant te promener,
Suivi d'un sage ami, modeste et de ton Age,
Des oliviers sacrés tu chercheras l'ombrage.
La tête couronnée avec des joncs en fleurs,
Tu jouiras alors de la suave odeur
Que le peuplier blanc et le smilax répandent
Aux beaux jours du printemps, quand les ormes étendent
Leurs rameaux enlacés aux platanes ombreux,
Mariant dans les airs leurs bruits harmonieux.
Jeune homme, si tu suis les paroles du juste.
Tu garderas toujours la poitrine robuste,
Les épaules d'Hercule et le teint vif et frais.
Le corps et l'esprit sains ; mais si tu te livrais
A ces infâmes mœurs que la débauche étale,
On verrait ta poitrine étroite, ton teint pâle ;
Tes épaules perdraient leur force et leur largeur.
Et l'esprit de chicane entrerait dans ton cœur.
{Montrant L'Injuste,) Lui te fera trouver la vertu vicieuse, Le vice vertueux ; crains sa langue menteuse ; Fuis cet homme, ou tu vas, ne le respectant plus. Te couvrir d'infamie ainsi qu'Anlimachus !