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LE CHOEUR

Sur les hauteurs qu'habite la sagesse

O toi qui résides toujours, On respire dans tes discours Le parfum de vertu des beaux jours de la Grèce. Heureux les hommes qui vitaient Au temps où les lois s'observaient I {A L'Injuste.)

Quant à toi, qui de la parole Connais tous les rafïinemcnts, Songe à faire honneur à ton rôle Par de nouveaux raisonnements.

Sa sévère éloquence A frappé tous les cœurs ; Cherche pour ta défense Des arguments vainqueurs, Ou, perdant ta puissance.

Tu tombes en présence De ces juges moqueurs!

l'injuste.

J'étouffais, j'enrageais, je brûlais de répondre A tous ses arguments, et je vais le confondre. Les pédants m'ont nommé l'injuste ; car ma voix La première attaqua la justice et les lois. Je suis le défenseur de la plus faible cause Et la fais triompher. N'est-ce pas quelque chose ! {A Phidipide.)

Je vais de ses leçons te montrer les défauts.

Par exemple : Pourquoi défend^il les baius chaude?

LE JUSTE

Ils sout pernicieux, ils amollissent rhomme ;

L*INJUSTE

Arrête, je te tieus maintcnaut, et te somme De me dire lequel des fil» de Jupiter Fut le plus courageux, le plus fort?

LE JUSTE

Il est clair Qu'aucun d eux ne se peut mettre au-dsssus d'Hercule.

l'injuste.

Te voilà confondu, raisonneur ridicule.

Puisque tous les bains chauds d'Hercule ont pris le nom

Pour être courageux, les fréquenter est bon.

LE JUSTE

Ce sout de tels propos qui font que la jeunesse Docile à tes leçons se perd dans la mollesse , Désertant , pour courir aux bains voluptueux , La palestre où venaient se former nos aïeux.

l'injuste.

pour le battre eu tout point, je poursuis ma réplique Tu blâmes les discours sur la place publique ; Maid si c'était un mal, Homère aurait-il fait

De son sage Nestor un orateur parfait ?

Cet exemple suilit. Daus ta harangue folle

Tu déplores aussi Tabus de la parole ,

Tu dis aux jeunes gens qu^ils doivent s'abstenir

Déparier : insensé! que peut-on obtenir

Avec la modestie? h qui profite-t-elle?.

Dis?

A la modestie en demeurant fidèle , Dans un jour de péril, Pelée obtint des Dieux Une épée

L*INJUSTE

Une épée, oh 1 pauvre malheureux , Une épée ! oh ! pour lui quel beau profit ! compare Quand de nos millions Hyperbolus s'empare, La fraude, qu'il exerce à notre détriment , Le sert mieux qu'une épée incontestablement.

LE JUSTE

C'esl à sa modestie encor que Pelée Dut dY'pouser Thétis.

l'injuste.

Oui, qui fl'en est allée Bienlôt d'auprès de lui, car l'époux vertueux, Négligeait de l'amour les plaisirs et les jeux, Et par sa modestie il déplut k sa femme.

(jd Phidipide.) Dans ce qu il applaudit, comme dans ce qu'il blâme Il radote, lu vois ; mais loi, mon fils, comprends Combien la tempérance a d'inconvénients.

Elle fuit les festins, les vins dont on s'enivre, Les femmes et les jeux» ce ne serait pas vivre Que de ne pas savoir jouir de ces trésors. Mille nécessités se disputent ton corps ; Aussi bien que manger, aimer t'est nécessaire : Tu cèdes à l'amour, tu commets l'adultère , On te surprend, mon fils, et te voilà perdu , Si par mes arguments tu n'es pas défendu. Mais avec moi tu n'as qu'à jouir de la vie. Danse, divertis-toi, prends tout en raillerie ; Par un mari jaloux es-tu surpris? dis'lui Que le ciel est pour toi. N'as-tu pas pour appui Jupiter? Il aimait le commerce des femmes. Un exemple si haut peut entraîner nos âmes. Doit-on plus exiger d'un mortel que d'un dieu?

LE JUSTE

A de pareils conseils il peut jouer gros jeu £t se faire empaler.

l'injuste.

' C'est une bagatelle.

LE JUSTE

Un sapplice infamant.

l'injuste.

Suivons. Je t'interpelle Pour te convaincre si je trouvais des raisons , Alors que dirais-tu ?

LE JUSTE

Je mé tairais.

L*INJUSTE

Voyons , Que sont nos orateurs?

LE JUSTE

Des libertins infâmes.

l'injuste.

Bien dit, et j'aime à voir comme tu le proclames Et les comédiens?

Des infâmes.

l'injuste.

Je crois Bieû qu'oui les magistrats?

LE JUSTE

Des infâmes.

l'injuste.

Tu vois A prêcher la sagesse à quoi sert qu'on s'obstine. Maintenant, cherche bien dans la salie, examine Ces flots de spectateurs, et vois si ces gradins Ne sont pas tous couverts d'infâmes libertins?

LE JUSTE (se penchant sur le devant de la scène). Je regarde.

l'injuste.

Où vois-lu qu'est la part la plus forte!

le juste.

Ah ! la majorité des infâmes l'emporte !

(Désignant tour-à-tour plusieurs spectateurs.) Lh, j'en reconnais un, deux, trois à l'avenant, Un autre aux longs cheveuxi

L*INJUSTE

Que dis-lu maintenant?

Je guis vaincu, je passe en votre compagnie. Infâmes, recevez mon manteau, je vous prie !

(Il jette son manleau sur le théâtre.)

SJN.

«-i-îSg; î ÇJiSÏCl.

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