LA ROSE
Comme un prince jaloux qui marque son trésor,
Le soleil éperdu lançait des flèclies d'or
Sur son sein éclatant dhine candeur insigne ,
Et sa poitrine était de neige comme un cygne ,
Et pareille aux brebis errantes dhin troupeau.
Sur sa crinière fauve et sur sa blanche peau
De tremblantes lueurs couraient, surnaturelles.
Entre ses pieds ouverts dormaient deux tourterelles.
Le radieux sourire en pleurs du jour naissant
Folâtrait sur son corps de vierge éblouissant,
Et la nuit du feuillage et l'ombre des érables
Y caressait, depuis les masses adorables
De la blonde toison jusqu'aux divins orteils,
Les touffes d'or, les lys vivants, les feux vermeils.
Eros la vit. Il vit ces bras que tout adore ,
Et ces rougeurs de braise et ces clartés d'aurore ;
Il contempla Cypris endormie, à loisir.
Alors de son désir, faite de son désir,
Toute pareille à son désir, naquit dans l'herbe
Une fleur tendre, émue, ineffable, superbe,
Rougissante, splendide, et sous son fier dessin
Flamboyante, et gardant la fraîcheur d'un beau sein.
Et c^est la Rose! c'est la fleur tendre et farouche
LES EXILKS.
Qiii présente à Cy pris V image de sa bouche,
Et semble avoir un sang de pourpre sous sa chair.
Fleur-femme, elle contient tout ce qui nous est cher
Jour, triomphe, caresse, embrassement, sourire :
Voir la Rose, c^est comme écouter une Lyre !
Notre regard ému suit le frémissement
De son délicieux épanouissement ;
Sa chevelure verte avec orgueil la couvre.
Qiiand nous la respirons, elle est pâmée, et s'ouvre :
Son parfum d^ambroisie est un souffle. On dirait
Qiie, par je ne sais quel ravissement secret.
Elle prend en pitié notre amour et nos fièvres,
Et son calice ouvert nous baise avec des lèvres.
Mars 1865.