LA MORT DE L'AMOUR
Une nuit , fai rêvé que V Amour était mort. Au penchant de VŒta, que Vdpre bise mord , Les Vierges dont le vent meurtrit de ses caresses Les seins nus et les pieds de lys, les chasseresses Qid révent sous la lune aux plaisirs de V Enfer, L'avaient toutes percé de leurs flèches de fer.
Le jeune dieu tomba, meurtri de cent blessures,
Et le sang jaillissait sur ses belles chaussures.
Il expira. Parmi les bois qu'ils parcouraient
Les loups criaient de peur. Les grands lions pleuraient .
La terre frissonnait et se sentait perdue.
Folle, expirante aus'ii , la Nature, éperdue
De voir le divin sarig couler en flot vermeil ,
Enveloppa de nuit et d^ombre le soleil ,
Comme pour étouffer sous V horreur de ces voiles
L'' épouvantable cri qui tombait des étoiles.
Laissant pendre sa main qui dompte les taureaux,
Il gisait, Vadorable archer, V enfant Eros,
Comme un pin abattu vivant par la cognée.
Alors Psyché vint, blanche et de ses pleurs baignée ;
Elle s^agenouilla près du bel enfant-dieu,
Et sans repos baisa ses blessures en feu,
Béantes, comme elle eut baisé de belles bouches ,
Puis se roula dans V herbe, et dit : « O dieux farouches !
C^est votre œuvre, et de vous je n'' attendais pas moins.
Je connais là vos coups. Mais vous êtes témoins
Tous que je donne ici mon souffle à ce cadavre,
Pour qu'Eros, délivré de la mort qui le navre.
Renaisse, et dans le vol des astres , d'un pied sûr,
Remonte en bondissant les escaliers d^a^ur! »
Puis, comprimant son cœur que brûlaient mille fièvres ,
Dans un baiser immense elle colla ses lèvres
Sur la lèvre glacée, hélas ! de son époux ,
Et, tandis que la voix gémissante des loups
Se mêlait aux sanglots lointains du cerf qui brame.
Elle baisa le mort, et lui souffla son âme.