LA SOURCE. I
L'atmosphère s'éclaire autour du jeune torse
De la Naïade, et, comme un dieu sous une écorce,
Tandis que sa poitrine et son ventre poli
Reflètent un rayon par la vie embelli.
Une âme se trahit sous cette chair divine.
La prunelle , où V abîme étoile se devine,
Prend des lueurs de ciel et de myosotis ;
Ses cheveux vaporeux que baisera Thétis
Etonnent le ^éphir ailé par leur finesse ;
Elle est rêve, candeur, innocence, jeunesse ;
Sa bouche, fleur encor, laisse voir en s'ouvrant
Des perles ; son oreille a V éclat transparent
Et les tendres couleurs des coquilles marines.
Et la lumière teint de rose ses narines.
La nature s'éprend de ce matin vermeil
De la vie, aux clartés d'aurore. Le soleil
Du printemps, qui de loin dans sa grotte l'admire.
Met un éclair de nacre en son vague sourire.
La vierge, la Naïade argentine est debout Contre le roc; pensive, amoureuse de tout. Et son bras droit soulève au-dessus de sa tête L'urne d'argile, chère au luth d'or du poète. Qui dans ses vers, oit gronde un bruit mélodieux. Décrit fidèlement les attributs des dieux
I04 LESEXILES.
Son corps éthéréen se déroule avec grâce Courbé sur une hanche, et dessine sa trace Dans Vair, comme un oiseau qui va prendre son vol. Seul, un de ses pieds blancs pose en plein sur le sol. Le vase dont ses doigts ont dû pétrir Vébauche S^appuie à son épaule, o charme .' et sa main gauche Supporte le goulot ^ d'oîi tombe unjlot d^ argent. Les perles en fusée et le cristal changeant Ruissellent, et déjà leur écume s'efface Dans Vombre du bassin luisant, dont la surface Répète dans son clair miroir de flots tremblants Les jambes de Venfant naïve et ses pieds blancs.
Oh ! parmi les lotus ouverts et les narcisses, Oii vont' tes pieds glacés, Source aux fraîches délices? Oîi tes flots, à présent dans la mousse tapis, Baigneront-ils au loin des champs mouvants d'épis? Oit verras-tu frémir aussi dans tes opales Les pins au noir feuillage et les oliviers pales? T'cnfuis-tu dans la nuit vers le vallon désert. Vers le sentier rougeâtre oit croit Veuphorbe vert, Oîi Von voit se flétrir sous les pieds des bacchantes La violette aux veux mourants et les acanthes? Oîi vas~tu, bleue et froide en tes sombres chemins, Clarté? Chercheras-tu les buissons de jasmins