LA SOURCE. I
Et les grandes cités bruyantes de la Grèce, Qiie parent les héros issus d''une déesse, Les tueurs de lions, qui sur leur large flanc Tourmentent de la main des glaives teints de sang?
O Source, dans les champs de la fertile Epire, VAchéron se courrouce et VAréthon soupire; Le Pénée, aux baisers des nymphes échappé, Court, ivre de désir, vers le riant Tempe ; L^Etolie a des bois odorants oit circule L'Achéloûs meurtri par le divin Hercule; Près du doux Ilissus qui reflète le ciel. Sur les coteaux penchants Vabeille fait son miel. Et le Strymon, qui pousse une plainte étouffée. Roule avec des sanglots un dernier chant d^Orphée. Tous ces fleuves sont beaux, et dans leur libre essor Apportent à la mer des ruisseaux brodés d''or : Un chœur dansant bondit sur les bords du Céphise, ^harmonieux Pénée a vu Daphné surprise Se changer en laurier verdoyant sur ses bords ; Le Sperchius entend mourir le bruit des cors; Le long de l'Axius passent des hécatombes. Et le doux Thyamis a des vols de colombes Qiti vont en secouant leurs ailes vers les deux. Tous ces fleuves d'azur au cours délicieux
Ont de leurs noms vivants charmé la grande lyre,
O Source enfant, mais nul d'entre eux n'a ton sourire.'
Oh ! je te reconnais, Source enfant, tu seras Le limpide Eurotas, oîi, levant leurs beaux bras, Les guerrières de Sparte aux âmes ingénues Dans la nappe d'argent se baignent toutes nues ; L'' Eurotas, tout glacé de suaves pâleurs, Oii croît le laurier-rose au front chargé de fleurs.' C'est dans ton flot riant, à Vombre de la vigne, Que Léda frémira sous le baiser du cygne, Pâle d''horreur, serrant les ailes de l'oiseau Sur sa poitrine folle oii Vombre d'un roseau Se joue, et sur le lit de fleurs que l'onde arrose Mordant un col de neige avec sa lèvre rose! Le fleuve ému la berce en un riant bassin, Et des soupirs brûlants s'échappent de son sein Mollement caressé par les eaux fugitives. Ah ! toujours V Eurotas gardera sur ses rives, Que les enchantements choisissent pour séjour. L'écho tumultueux de ses grands cris d'amour, O Source ! et c''est aussi près de ton onde claire Qu'Hélène aux cheveux d'or, tremblante de colère, Passera, saluant d'un rire méprisant Le palais délaissé de Tyndare, et baisant