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AU LAURIER DE LA TURBIE. III

Qiie Vâpre vent du soir f arrache avec effroi , Brille, chimère folle, et glisse autour de moi.

Et pourtant, Laurier vert, gloire de la campagne,

Je n'ai souhaité, moi, ni la douce compagne

Dont les regards nous font un ciel dans la maison,

Ni les petits enfants à la blonde toison.

Ni la richesse aux doigts parfumés d'ambroisie.

Et tout ce dont V esprit jaloux se rassasie,

Ni le repos, si cher à des bohémiens ;

Et ces enchantements sans nombre, et tous ces biens

Que notre solitude avidement réclame.

Arbre mouvant! Laurier! tu le sais, moi dont l'âme

Bondissait jusqu'aux deux d'un vol démesuré,

Je n'en ai rien connu, je n'ai rien désiré!

J'ai vécu seul, penché sur le monde physique. Toujours étudiant le grand art, la Musique, Dans le cri de la pourpre et dans le chant des fleurs Oii dort la symphonie immense des couleurs , Dans les flots que la mer jette de ses amphores. Dans le balancement des étoiles sonores, Dans l'orgue des grands bois éperdus sous le vent ! J'ai mis tout mon orgueil à devenir savant.

Pâle et muet, j'entends le murmure des roses : Et de tous les trésors et de toutes les choses Qui plantent dans nos cœurs un regret meurtrier, Tu le sais bien, je n'ai voulu que toi, Laurier!

Nice, février 1860.

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