CELLE QUI CHANTAIT. ISQ
Pale, vouée à ta chimère, Tes dents mordaient la cendre am'ere T'en souvient-il, fen souvient-il A présent que tes yeux sans voiles S^emplissent de flamme et d'étoiles?
Tu n'acceptais pas ton exil!
Tu f écriais, inassouvie :
« Amour! je veux, dès cette vie.
Ton délire immatériel
Et tes voluptés immortelles :
Puisque Vdme a gardé ses ailes.
Il faut bien qu'on lui rende un ciel! »
Nom / tout désir qui nous déchire N'est qu'un avant-goût du martyre!
Non, l'univers déshérité.
Oit toute vertu saigne et pleure, Ne peut pas nous donner une heure, Fût-ce au prix de l'éternité.
Qii'importe! marchons vers le rêve.
L'Ange a beau secouer son glaive Sur le seuil que cherchent nos pas^ Rôdons aux portes entrouvertes !
l60 LES EXILÉS.
Cherchons sur les cimes désertes La rose qui n'y fleurit pas !
Allons-nous-en vers le mirage!
Écoutons à travers Forage
La voix qui nous a désignés
Pour la félicité sereine,
Et que r ombre à la fin nous prenne,
Vaincus, mais non pas résignés.
Vous le save^, brises fécondes, Torrents qui roule:^ dans vos ondes Une poussière d'astres clairs.
Cascades qui vole^ en poudre.
Sapins noirs brisés par la foudre, Rochers mordus par les éclairs !
Vous le save{ ; et toi, nuit noire.
Tu le vois, ce n'est pas la gloire Qiie suit le poète aux beaux yeux.
Ce n'est pas pour elle, ô nature!
Qu'il verse à la race future Un flot de chants mélodieux.
Ce n'est pas lui qu'on rassasie
CELLE QUI CHANTAIT. l6l
Avec cette vaine ambroisie ; Et, dédaigneux du laurier vert.
Au milieu de la multitude Il garde la morne attitude D^un sphinx regardant le désert.
Mais quand ses odes ingénues Sur le front immense des nues Devancent Vaigle et le vautour, Oest qu'il dit à Vantre sonore La briilure qui le dévore, Seulement altéré d'amour!
Octobre 1859.
AMEDINE LUTHER