‹ Les ExilésChapitre 46 sur 65 · A MADAME ANNA LUTHER · texte numérisé non relu

A MADAME ANNA LUTHER

dieu, bras de neige, adieu, front de rose! Adieu, lèvre hier déclose!

Amédine, hélas! notre cher trésor!

Blanche, douce, enfant encor!

Elle était rieuse, elle était vermeille, Plus légère que Vabeille!

Ses cheveux tombaient en flots triomphants, Blonds comme ceux des enfants.

AMKDINE LUTHKK. l63

Et resplendissaient, fiers de leur finesse, Sur ce front pur de déesse.

Ils prenaient dans Vombre, et comme par jeu, Des ruissellements de feu,

Et Vair se jouait parmi la dorure De cette noble parure.

() pâle ornement d'un front sidéral, Vapeur dhtn or idéal!

Nulle n'aura plus, nulle enfant au monde, L'or sacré, la toison blonde

Qu'on voyait frémir autour de ton front! Jamais ils ne renaîtront

Ces rayons riants qui dans les ravines Jetaient des lueurs divines,

Lorsque tu courais, avec tes sei^e ans ! O mort farouche ! O présents

QiCici-bas Vexil ne garde quhine heure!

Muse, gémis! lyre, pleure !

N'est-ce pas hier qiCen sa voix passait La tendresse de Musset,

Et qiCelle parut, foulant le théâtre De son petit pied folâtre^

Si jeune, oh! si jeune, espoirs adorés! Avec ses cheveux dorés

Et sa voix naive, et sont front qui penche! Sa petite robe blanche,

Hélas! je la vois encor. Nous disions : « L''Ange des illusions.

C'est elle! Jamais lèvre plus choisie Ne versa la poésie.

Celle-ci n'est pas jeune pour un jour ! Mais éclatante d'amour.

Pour jamais la grâce en Jlcur la décore Comme le lys et V aurore! »

Et déjà, déjà pauvre ange mortel,

Tu fuis dans Vhorreur du ciel.

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