AMÉTHYSTES. I
Et parmi nous tu n'as pas (Vautres sœurs Qiie la neige et Vaurore.
Pareille aux dieux dont le généreux flanc ■
Qirun parfum rassasie, Sentait courir sous la chair, non du sang,
Mais un flot d'' ambroisie ,
On voit frémir un rayon embaume
Sur ton sein d'hérohie.
Et l'on sent bien que ton corps est formé
D'une essence divine.
Comme Cypris, qui porte un ciel d'amour
Dans une âme étoilée , Et qui, malgré ses délires d'un jour.
Demeure inviolée ,
Cruelle et rose et répandant l'effroi , Femme au front de déesse.
Tu sais que rien ne peut faner en toi L'immortelle jeunesse .
Tu vois )ios maux d'un œil indifférent . Car tes attraits insignes
lyS LES EXILÉS.
Sont invaincus plus que Veau du torrent Et la plume des cygnes ;
Et tant d^amours , hélas! faits pour flétrir Leur fraîcheur matinale ,
O mon trésor, n'ont pas pu défleurir Ta grâce virginale.
AMETHYSTES. I79
En silence
Oui lève encor ton sourcil noir!
Oui, puisque tu le veux , f oublie Ce vin amer du désespoir, Ce vin noir dont f ai bu la lie.
Et tu parfumeras mon âme De ta myrrhe et de ton cinname
Mon cœur, brûlé dhin long souci, Tu le veux , s^emplira de joie.
Laisse-moi me coucher ainsi A côté du coussin de soie A fleurs d''or, oit ton pied se pose Fier, avec ce talon de rose !
Laisse-moi regarder longtemps En silence, comme un avare,
lOO LtS EXILES.
Tes grands cheveux, d'or éclatants, Ta prunelle, ce joyau rare Qu'une frange noire protège , Et ton sein! et ton sein de neige!
AMÉTHYSTES. l8l
Nuit d'étoiles
La nuit jette sur la dune Ses diamants , comme un roi.
Elle est blanche comme toi , Sous les doux rayons de hnie.
Tes yeux, 6 magicienne , Confondent leur ciel obscur Avec Vimplacable a^ur De la mer Tyrrhénienne.
Mille fleurs s'' épanouissent Près de son riant bassin , De même que sur ton sein De folles roses fleurissent.
Elle sait, la Nuit sacrée, Mère des encliantcmcnls,
l82 LKS EXILÉS.
Nice.
De quels époitvantcments J'ai rdme encor déchirée.
O saphir! a:^ur sans voiles!
O calme délicieux!
La mer est comme les deux Resplendissante d'étoiles.
Mais de ta bouche fleurie , Pour calmer ce mal cuisant , Tu me baises en disant Que ma blessure est guérie.