LAME DE CELIO
Idoles aux beaux yeux , c'est vous! dont le poète Consolera pendant toute Paternité La beauté sculpturale et grandiose, faite Pour Vin/amie, ou bien pour la divinité.
Vous roule:^ au ruisseau, race éclatante et rose ! Dans les jours de cet âge aveugle et sans essor, Qid ne se hausse pas jusqu'à l'apothéose Et qui ne taille plus de simulacres d'or !
Il vous jette à l'enfer pleiti d'ombres sépulcrales , Parce qu'il ne saurait , dans son dédain jaloux. Allumer sur vos fronts les clartés sidérales I Venei, je vous le dis , ma famille c'est vous.
Victime aux longs cheveux , muse , beauté, génie! Grande vierge promise au supplice immortel , C'est toi que chaque jour, comme une Iphigénie, Le couteau du grand-prêtre égorge sur V autel !
Ah! peut-être qu'enfin, race pleine de joie! Qiiand les vautours de l'air acharnés sur Ion fane Seront las de te mordre et de manger ton foie , Et d'agrandir ta plaie , et de boire ton sang,
Nourrice de héros , sainte aristocratie , Tu régneras avec ton regard a\uré Sur ce monde qui rêve à peine et balbutie, Et certes, ce jour-là, je me reposerai! »
C'est ainsi que parlait aux passants de la terre Le divin Célio, que regrettent les fleurs. Il est mort sans avoir à son lit solitaire Une timide épouse, échevelée en pleurs.
Mais sur Vâpre montagne oîi, parmi V herbe haute , Frémit le bouton d^or, par la brise plié, La forêt, dont il fut le compagnon et Vhôte, Depuis quHl est parti, ne Va pas oublié!
Et les trembles d''argent, les chênes, les érables. Et la grotte où frissonne un luth éolien, Et l'eau vive, si douce au cœur des misérables. Et les grands sapins noirs se le rappellent bien !
Et la mer, et la mer plaintive, son amante , Et Vocéan houleux brisé par les récifs. Murmurent sans repos son nom dans la tourmente Et rapprennent encore aux matelots pensifs.
LAME DK CKLIO. 209
Et quand viennent les jours d'été, blancs et féeriques. Les sculpteurs amoureux des symboles anciens, Les peintres éblouis, les poètes lyriques , Les chanteurs vagabonds et les musiciens
Songent sans désespoir au marbre funéraire De ce martyr d^amour beau comme Alaciel, Et disent : « Parfume:^ l'dme de notre frère; Aime^-le,fleurisse:{ pour lui, roses du ciel! »
Et ce troupeau toujours blessé, les amoureuses, Qiii se donnent en rêve à cet homme indompté Et relisent ses vers dans leurs heures fiévreuses Avec les longs frissons de Vâcre volupté ,
Et le mendiant, fils de gueux, qui s'extasie De voir briller V Aurore en son riche appareil, Et qui sur ses haillons, comme un prince d^Asie, Porte joyeusement un habit de soleil,
Et ces divinités mornes sous leur dentelle
Dont les attraits, au lieu de durer deux mille ans,
S''effaceront demain faute dhin Praxitèle,
Et qui n'ont plus d'abri dans les temples croulants ,
Et les petits oiseaux donneurs de sérénades Avec le barde ailé des deux, le rossignol , Et les filles d'amour qui vont par les bourgades Jouer en corset d'or Chimène et dona Sol ;
Et tous ceux qui mourro)it pour l amante de pierre. Tous les pauvres, tous les rêveurs, tous les maudits Répètent chaque soir, en faisant leur prière : i< Accueille\-le, Seigneur, dans votre paradis!»
Nice, janvier 1860.