‹ Les ExilésChapitre 56 sur 65 · AME DE CELIO. 20t · texte numérisé non relu

AME DE CELIO. 20t

<< OJi! disaient-ils, songeur caressé par les Jlammes , La beauté resplendit sur ton visage altier Qjie baignent des cheveux doux comme ceux des femmes Et ta lèvre est pareille aux fleurs de V églantier.

Quand tu lèves les yeux à la clarté fidèles ,

Dans tes prunelles d^or V éclair semble jaillir ;

Les vierges de sei^e ans, quand tu passes près d'' elles,

Sentent leur voix s'' éteindre et leur sang tressaillir.

La vertu dédaigneuse et la pudeur farouche Se changent pour toi seul en désirs embrasés ; Tu charmes Vinnocence elle-même , et ta bouche Est comme un seuil divin meurtri par les baisers.

Comme un dieu triomphant tu parus dans la vie. Dont ta pensée agile a déjà fait le tour; Mais qui pourrait remplir ton dme inassouvie , Sinon le flot immense et clair d'un seul amour?

Ah! sans doute , bel ange effrayé de ton rêve, Tu chercheras bientôt la fraîcheur du matin. Et tu te guériras des voluptés sans trêve Près d'une blonde épouse au regard enfanti)i.

202 LES F.XILKS.

Ainsi qu'un matelot fatigué des tourmentes, Et las de voir toujours le gouffre tournoyer, Tu renaîtras alors, et loin de tes amantes Tu connaîtras enfin la douceur du foyer. »

Tels ils parlaient, mais lui, bercé par la musique Suave qu'il écoute au fond du ciel obscur. Répondait lentement de sa voix héroïque, Dont la sérénité fait songer à Va-{ur :

(< Oui, le calme plairait à ma fierté jalouse, Et j'aspire en silence à Voubli des combats. Oui, mon cœur tout sanglant appelle son épouse ; Mais que me parle^-vuus de bonheur ici-bas?

Croj-e^-vous que je puisse en des routes fleuries Oublier les déserts d'épouvante peuplés , Quand mes frères tremblants , sous le fouet des furies Baissent avec horreur des fronts échevelés ?

Ah! donnez-leur aussi Vépouse blonde et fer e Qui tend sa lèvre en fleur plus douce que le vin, Et le vieux lit de chêne, et la pure lumière Du rajeunissement, sans lequel tout est vain !

l'amf. de cklto. 203

Mais s'ils doivent, sans cesse abreuvés d'amertume. Leur bâton dans la main poursuivre Vhori^on, Sans voir pendant les mois de frimas et de brume Une lampe fidèle éclairer leur maiso>i ;

S'il faut que chaque jour avive leur blessure, Et qu'à peine échangeant quelque parole entre cu.\\ Toujours ces voyageurs gardent sur leur chaussure La trace des cailloux et des chemins poudreux ;

Tant qu'il ne viendra pas une heure de délices Pour guérir tous les maux dont leur cœur est navré, Je refuse ma lèvre aux suprêmes calices Du bonheur ; et comme eux jusque-là je vivrai

Avec Vâpre douceur de l'oiseau solitaire

Qiti fuit d'un vol affreux les arbres et les nids,

Et qui plane toujours , altéré de mystère ,

Ou sur la foule en pleurs ou dans les deux bénis !

Car^ puisque nous parlons dans ce temps misérable' Où les Exilés seuls ont encor soif du beau, Et, daits leur piété pour la muse adorable, Gardent le Ijcs sans tache et le sacré flambeau ,

yoHfje ne saurais pas chanter aux pieds dhtne ange Et voir à mes côtés dormir de beaux enfants, Tandis que je les vois qui marchent dans la fange, Tristes, désespérés, maudits, mais triomphants.

Comme à présent la pourpre est une chose vile Que les passants haineux peuvent injurier , Je montrerai la mienne à ce troupeau servile : Je veux ma part de honte et ma part de laurier.

Ma place est près de ceux qui sur leur sein d'ivoire Etalent, sans souci du railleur odieux.

Ce lambeau d'écarlate auguste et dérisoire Qià désigne ici-bas les bouffons et les dieux.

Pour si peu qu'il leur reste un éclair de génie Dont les buveurs de flamme un jour s\'nivreront. Je veux, je veux ma part de leur ignomi)iie; Je veux porter comme eu.x de la boue à mon front.

Je ne suis pas celui qui peut goûter la gloire Loin des miens, et me plaire aux loisirs du vainqueur, Lorsque derrière moi, dans l'ombre épaisse et noire. On foulerait aux pieds ces nujrceaux de nmn cœur.

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Ainsi, ne teute^ pas mes heures de délire, Foyer, chaste bonheur qu^envierait ma raisu)i ! Je mêle mes fureurs aux sanglots de la lyre ; Je n'' ai pas de famille et n'' ai pas de maison.

Ma maison, c''est le roc aimé des tourterelles , La grotte dont le lierre a tapissé le mur, Oest le grand palais d'ombre aux colonnades frêles Dont le dôme est bdti de feuillage et d^aj[ur.

Oest Vabri sourcilleux que la nature enchaîne A la bouche des /lots tordus par les autans ; Oest la nuit du ravin; c^est le tronc noir du chêne Meurtri par le tonnerre et creusé par le temps.

Oest l'antre d^oîi Von voit courir les blanches voiles Dans les flocons d'écume et sur le gouffre amer; Oest la caverne au front baisé par les étoiles, D^oîi Von entend gronder et sangloter la mer!

Ma famille, ce sont tous ces pâles convives Qui, n''ayant pas eu faim du terrestre repas, Tremblent comme des lys au bord des sources vives, Et qui ne filent pas et ne travaillent pas!

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Oest vous, poètes forts que les épines blessent. Vous qui sur tous les maux tene^ vos fronts penchés. Et dont les mains, toujours vierges et blanches, laissent Une odeur d'ambroisie à ce que vous touche^ !

Oest vous che^ qui la grâce a conservé son culte. Statuaires, Vulcains obstinés et chercheurs, Fiers de vivre éperdus pour un art qu'on insulte, Dans l'éblouissement lumiiteux des blancheurs !

C'est vous tous dont le pied bondit sur les rivages, Et qui dans les buissons oî( rit ime clarté, Cueille^ en même temps que les mûres sauvages Ce fruit des grands chemins qu'on nomme liberté.

C'est le vieux mendiant farouche, qui s'enivre De la sierra vermeille et du ciel espagnol ; C'est toi dont le parfum nV encourageait à vivre. Rose de la montagne, et c'est toi, rossignol!

C'est vous, derniers ama>its de la lyre assassine. Pauvres comédiens, qui le long du coteau Emporie:^ au soleil Marivaux et Racine, Sous le manteau riant que vous donna W'atteau !

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