‹ Les ExilésChapitre 9 sur 65 · L'ANTRE · texte numérisé non relu

L'ANTRE

Au milieu dUin monceau de roches accroupies Sur le chemin qui va de Leuctres à Thespies, Un antre affreux s''ouvrait, sinistre, horrible à voir. Des buissons monstrueux tombaient de son Jlanc noir, Hérissés et touffus comme une chevelure, Et dans la pierre en feu, quhtne rouge brûlure Dévore, étaient gravés sur son front ruiné Ces mots : « Ici gémit Véternel condamné. »

Rien n^obstruait le seuil de la sombre caverne. Hercule entra. Dans Vombre, auprès dUine citerne Dont le flot n^a jamais regardé le ciel bleu, Sur des ossements d^homme était assis un dieu. Or, il avait vécu plus d'ans que la mémoire N'en rêve; son vieux crâne était comme P ivoire ;

Lui-même d'une Jleche il déchirait son flanc ; A force de pleurer ses yeux n'' étaient que sang, Et sa barbe de neige avait, pour toucher Vâme , L'ineffable douceur des grands cheveux de fem))ic. Près de lui, devant lui, partout, des ossements Blanchissaient sur le sol ténébreux. Par moments , Un grand fleuve de pleurs débordait son œil terne, Et le beau vieillard-dicu pleurait dans la citerne.

Le fils d'Amphitryon fut saisi de pitié.

« Oh! dit-il, sombre a'icitl durement châtie ,

Que fais-tu loin du ciel dont notre œil est avide ?

Qiii te retient ainsi dans ce cachot livide ?

Ton désespoir est-il si vaste et si profond

Qite tes larmes aient pu remplir ce puits sans fond?

Viens dans la plaine, oii sont les ruisseau.v et les cliénes !

Sur tes bras affaiblis je ne vois pas de chaînes.

D'ailleurs , je suis celui qui les brise ; je puis.

Si tu le veux , jeter ce rocher dans ce puits :

Qitelque dieu qu'ait maudit ta bouche révoltée ,

Je te délivrerai , fusses-tu Prométhée ! »

Le vieillard exhalait des sanglots étouffants. Hercule dit : « Suis-moi, laisse aux petits enfants Cette lâche terreur et cette angoisse folle.

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