‹ Les ExilésChapitre 8 sur 65 · HESIODE · texte numérisé non relu

HESIODE

.uand la terre encor jeune était à son aurore, Par delà ces amas de siècles que dévore Dans Vespace infini le temps, ce noir vautour, A l'époque oîi j'étais rhapsode en Grèce, un jour Je quittais, plein de joie, un bourg de Thessalie. Là, jeune homme frivole en proie à ma folie, Ayant cherché Vabri verdoyant d'un laurier, J'avais célébré Cypre et V Amour meurtrie)- Qiie Zeus devant son trône un jour vit apparaitre Triomphant. Mais, au lieu de montrer que ce maître Des hommes exista dès le commencement, Après le noir Chaos, le Tartare fumant Et la Terre profonde à la large poitrine. Même ava)it Vétlier vaste et la vague marine.

J'avais feint, pour mieux plaire aux laboureurs grossiers. Que, doux enfant, exempt (Vappétits carnassiers, Ignoré d'Echidna sanglante et des Furies, Il fût né de Cypris en des îles fleuries.

Les vierges, les vieillards devant leur porte assis Étaient vite accourus en foule à mes récits, Et le pain et le vin ne m'avaient pas fait faute. Or, je partais chargé des présents de mon hôte. Et sous les oliviers, parmi les chemins verts. J'allais dhat pas rapide, orgueilleux de mes vers.

Comme fêtais entré dans la foret qui grimpe Mystérieusement au pied du mont Olympe, Je vis auprès de moi, debout sur un talus, Un homme fier, pareil aux géants chevelus Qiie la terre enfanta dans sa force première. Son visage était pâle et baigné de lumière. Il touchait delà tête aux chênes murmurants ; A Ventour, dans les rocs penchés sur les torrents, Les noirs rameaux touffus, en écoutant son ode Frissonnaient, et c''était le chanteur Hésiode.

Les âges à venir, pour nos regards voilés, Pensifs, se reflétaient dans ses yeux étoiles ;

l6 LES EXILÉS.

Les tigres lui léchaient les pieds dans leur délire, Et les aigles volaient près de sa grande lyre.

Le devin se dressa dans les feuillages roux. Il abaissa vers moi ses yeux pleins de courroux Où la nuit formidable avec Vaube naissante Se mêlait, et cria d''une voix menaçante Qui remplissait les bois devenus radieux : « Ne fais pas un jouet de V histoire des dieux! » Je m'inclinai, tremblant et pale de mon crime. Il ajouta : « Vois-tu la nature sublime Tressaillir? La forêt fume comme un encens. Les immortels sont là sur les monts blanchissants. Tais-toi. Laisse Va^ur célébrer leur louange, Passant, que ces vainqueurs ont pétri dans la fange. Et qui, faible et tremblant, sans te souvenir d'eux, Vas devant toi, soumis à des besoins hideux. Sorti de la douleur, né pour les funérailles. Et tout chargé du poids affreux de tes entrailles. »

Janvier 1S65.

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