‹ Les expéditions de Chine et de CochinchineChapitre 134 sur 187 · LIVRE IV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE I

péens près du territoire anamite suffirait pour inspirer au gouvernement de ce pays une salutaire terreur.

Par suite de renseignements inexacts ou incomplets, on ne s'était pas fait en France une idée exacte des difficultés de l'entreprise que le ministre de la marine avait, au nom de l'Empereur, ordonné au vice-amiral Rigault de Genouilly de tenter dans ces parages. C'était donc sur le commandant en chef que retombait tout entière cette grave responsabilité inexorablement assumée sur tout homme qui, à six mille lieues de son pays, doit mener à la victoire le drapeau qui lui a été confié.

Aussi l'amiral, avec ses ressources si restreintes, ne dissimulait pas au ministre les inquiétudes et les impossibilités qui se dressaient devant lui.

XXVIII. — « Il mefaudra forcément (écrivait-il le 29 janvier 1859) m'abstenir de toute opération difficile; l'honneur de nos armes ne sera pas compromis, mais le ministre sera-t-il satisfait par une inaction restreinte qui éternisera la guerre ? — Le gouvernement a été trompé sur la nature de cette entreprise en Cochinchine; elle lui a été représentée comme modeste : elle n'a point ce caractère;— on lui a annoncé des ressources qui n'existent pas, des dispositions chez les habitants qui sont tout autres que celles prédites, — un pouvoir énervé et affaibli chez les mandarins : ce pouvoir est fort et vigoureux; — l'absence de troupes et d'armée : l'armée régulière est très-nombreuse et la milice comprend tous les hommes valides de la population. — On a vanté la salubrité du

iM GAMPAGHE W GOCHINCHINE.

climat : le climat est insalubre ; il n'y a qu'à regarder k figure hâve et décharnée des missionnaires qui se sont montrés parmi nous, venant des différentes parties de l'empire. Tourane ne vaut pas mieux que Honç-kong, et Hong-kong est réputé à bon droit pour un pays trèsmalsain. En relisant les rapports envoyés de Paris, et en présence des faits qui se sont produits et qui se produisent chaque jour, on reste convaincu que la question est entourée d'assertions erronées.

K Aucune expédition sérieuse par terre n'est possible, si courtes que soient les marches : les troupes les plus valides ne les supporteraient pas, à moins de se résigner à ces consommations d'hommes que les Anglais éprouvent dans l'Inde. C'est pour moi un fait acquis par les simples promenades militaires de courte durée que nous avons faites sur la presqu'île. — Le pays n'a pas de routes ; il est coupé par d'iimombrablès rizières , et j'ai la certitude qu'il en est particulièrement ainsi des environs de Hué. Nous n'avons pas d'ailleurs d'équipages de campagne.— Devant Hué, comme partout, il faut arriver par eau, par des fleuves, sauf celui de Saigon, peu profond; et s'il est à peu près certain, d'après le dire des pilotes chinois , que nos canonnières pourront franchir la barre de Hué, il est au moins douteux qu'elles puissent remonter le fleuve pour battre la place avec leurs canons rayés.

« Pour qu'une expédition contre Hué présentât des garanties de succès, des canonnières à petit tirant d'eau, telles que celles qui avaient été envoyées dans la Balti-

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que, seraient nécessaires ; ces canonnières trouveraieiit également un emploi utile dans les fleuyes de Tonquin. Une opération sur Hué est la répétition de l'opération sur Tien-tsîn, avec cette différence que les eaux à traverser sont moins profondes, et qu*à la place de Tientsin, fortifié à la chinoise, on se trouvera au bout de la course devant une place fortifiée à Teuropéenne, fortement armée d'artillerie et entourée d'une armée. »

XXIX. — A ces appréciations sur les difficultés probables d'une entreprise contre la capitale de l'empire anamite, le commandant en chef joignait l'énuméralion des forces qui lui semblaient nécessaires pour accomplir celle expédition (1).

« On doit partir de ce point (ajoutait-il dans la môme dépêche), qu'en ces pays lointains, pour l'honneur de nos armes et pour satisfaire l'opinion de l'Europe, celle de la France, et aussi pour raccomplissement de l'œuvre elle-même, il faut des succès, toujours des succès, et

(1) Dépé4^ adressée à S. Exe. le minisire de la marine , par h vice-amiral Rigault de Genouilly,

Quartier général de Tourane, 29 janvier 1859.

Je n*estime pas à moins de 3000 hommes le nombre de troupes nécessaires. Nous étions 5600 hommes, tous Européens, devant Canton. Dans les 3000 hommes employés à l'attaque de Hué, je compte 1000 hommes de troupes des Philippines. — Le corps français se composerait de 2000 hommes : 1200 hommes dlnfanterie de marine, 600 hommes de compagnies de débarquement, lôO canonniers,50 hommes du génie, ^'excédant des troupes de toutes armes , françaises et espagnoles , serait affecté à la garde et à la défense de Tourane.

300 CAMPAGNE DE COGHINCHINE.

jamais un échec. Celte obligation de succès , un commandant en chef ne doit jamais la perdre de vue dans ses entreprises, et c'est parce que je crois fermement au succès d*une expédition sur Saigon, que je vais me porter sur cette ville. »

Il était en outre à redouter que les forces britanniques ne nous précédassent sur ce point, qui était bien réellement dans notre rayon d'action , obéissant ainsi aux pressantes et perpétuelles sollicitations des négociants de Hong-kong et de Singapour auprès des autorités anglaises.

Les préparatifs de départ , relardés par les mauvais temps, étaient enfin terminés, et l'amiral Rigault de Genouilly comptait mettre très-prochainement sous vapeur pour attaquer Saigon. — En quittant Tourane, il laissait cette position grandement approvisionnée et solidement garantie sous le point de vue militaire.

XXX. — Comme l'ennemi avait beaucoup accru les forces qu'il entretenait en rivière et sur la route de Hué, forces que les rapports des espions portaient au nçmbre de 15,000 hommes, l'amiral, en raison de l'éloignement des bâtiments de la flottille en station sur ce point, avait jugé nécessaire de leur donner un point d'appui solide en réarmant, avec quelques canons de gros calibre, le fort situé du côté de l'est et à l'entrée de la rivière. Ce fort, du reste, n'avait été ruiné que sur une seule de ses faces et il put facilement être remis en bon état de dé-

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