LIVRE IV, CHAWTUE
trée de la rivière, puisque les garnisons et les bàtimenls en rivière seront, sauf dans les circonstances exceptionnelles de beau temps, coupés de toute communication avec Textérieur.
« Le corps d'occupation devra être fortement constitué, solidement retranché , car l'occupation entière de la ville exigerait des forces considérables et largement approvisionnées. Quant aux moyens d'attaque, j'ai eu déjà rhonneur de faire connaître à Votre Excellence que le corps de troupes expéditionnaires ne devrait pas compter moins de 3000 hommes. Je maintiens, ce chiffre comme un minimum. Le corps expéditionnaire, une fois les opérations terminées, formerait la garnison de Hué et des forts,
« D'après les renseignements que j'ai recueillis à Saigon sur la nature des terrains qui environnent Hue, renseignements qui sont venus confirmer ce que j'avais appris précédemment, ces terrains sont coupés d'arroyos, de marais, de nombreux cours d'eau et cultivés en rizières. Il n'y a- point à songer à un siège par terre. C'est par eau que doivent arriver les batteries de brèche et sur l'eau qu'elles devront fonctionner : leurs éléments ne peuvent donc être fournis que par des canonnières de classe inférieure, de six à sept pieds de tirant d'eau ; car il paraît, d'après le dire des pilotes et des patrons de barques (et j'en ai trouvé un fort intelUgent à Saigon), que les canonnières de premier rang seraient forcées, par le manque d'eau, de s'arrêter à deux milles au-dessous de la ville. Ces canonnières auraient à maintenir
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ouvertes les communications entre la place et la mer, et il serait bon que leur nombre fût porté à sept. Quant aux canonnières de rang inférieur, leur nombre dépendra de Tartillerie qu'elles pourraient porter et du pouvoir destructif de cette artillerie. D'après les documents que j'ai réunis sur les moyens défensifs de la place, documents que je vous ai transmis, je n'estime pas qu'H faille moins de seize à vingt pièces de canon pour les contre-battre et les réduire. »
LV. — Sur la rivière de Saigon, les Anamites ne restaient pas plus inactifs qu'aux abords de Tourane, et le capitaine de frégate Jauréguiberry, commandant supérieur des forces qui y stationnaient, dut se préoccuper sérieusement des préparatifs d'attaque, qui lui étaient signalés de plusieurs côtés.
•c Les mandarins (écrit-il à l'amiral, en date du 23 avril 1859) commençaient à s'opposer efficacement à l'arrivée jusqu'à nous des vivres frais, ils construisaient dans la plaine, à l'ouest de Saigon, des forts reKés entre eux par de longues lignes de défense, et menaçaient par une série d'ouvrages semblables à ceux qu'ils ont employés à Tourane, d'atteindre la citadelle brûlée où ils veulent s'établir encore,, et la pointe nord du bras conduisant au bazar chinois. »
Le bâtiment français la Marne venait de paraître en rivière, le commandant Jauréguiberry résolut de mettre à profit la présence des troupes venant de France à bord de ce navire, pour attaquer Tarmée ennemie et raf-
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fermir ainsi, auprès des populations environnantes, son influence ébranlée par les menées secrètes des autorités cochinchinoises.
LVI. — Le 21 avril, à trois heures du rnalin, un petit corps de troupes, composé de 550 hommes d'infanterie de marine, de 90 hommes de la garnison, et de 154 marins, s'embarque sur les canots des bâtiments et sur des bateaux du pays conduits par des chrétiens indigènes. — Le lieutenant de vaisseau Trébuchel dirige le convoi.
A quatre heures et demie, l'expédition arrive au bazar chinois, et à cinq heures elle se met en marche pour aller à la rencontre de l'ennemi. Une grande pagode située sur un monticule au N. du quartier chinois est occupée sans coup férir parle commandant de laMarne^ et les colonnes d'attaque, privées par le mauvais état des routes de quelques pièces d'artillerie qu'elles avaient amenées avec elles, s'avancent dans une plaine semée de tombeaux, de broussailles épaisses et de nombreux accidents de terrain*
Pendant qu'une fraction, sous les ordres du chef de bataillon Delavau, appuie sur la gauche, pour attaquer à revers les ouvrages ennemis, l'autre, commandée par le capitaine de vaisseau de Preycinet, prend rapidement les devants. — Après une assez longue marche, M. de Preycinet se trouve avec les compagnies qu'il commande» à dix-huit cents mètres environ de ces ouvrages. Une armée nombreuse, rangée en bataille, attend de pied ferme ; les troupes avancent toujours, et lorsqu'elles ne
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sont plus qu'à une distance de cent mètres, le commandant Jauréguiberry donne Tordre de commencer le feu. L'ennemi répond vigoureusement pendant quelques instants, mais, bientôt chargé à la baïonnette et menacé d'être accule sur le revers même de ses lignes, il se débande, pour se reformer toutefois plus loin sur la gauche. — Serré de près, il est contraint de prendre la fuite, l'avant-, garde se lance résolument à Tassant du fort, qui s* élève sur l'extrême droite, et s'en empare, non sans résistance.
LVII. — C'est dans le fort du centre, que les Anamitc paraissent avoir surtout concentré leur résistance. Les troupes alliées arrivent devant cet ouvrage, dont les glacis, les fossés et le couronnement des parapets sont hérissés d'une quantité considérable de chevaux de frise et de bois épineux entassés en saillie au sommet de la crête extérieure.
De Tintérieur du fort part un feu serré de mousqueterie, d'artillerie et de fusées; c'est sous ce feu devenu très- violent, que les assaillants s'élancent en avant, le commandant Delavau fait enfoncer à coups de crosses et de baïonnettes une porte, près de laquelle il est parvenu. Le commandant Jauréguiberry fait de même sur une autre face, mais tout à coup les compagnies qui se sont jetées les premières dans Tenceinte, sont arrêtée par un ouvrage intérieur élevé à trois mètres de la porte. L'ennemi fait pleuvoir une grêle de pois à feu et d'artifices qui plongent bientôt les assaillants dans un chaos de flammes et de fumée.