LIVRE IV, CHAPITRE III
Rester plus longtemps dans une semblable situation eût été exposer les troupes à des pertes très-sérieuses. — Le commandant Jauréguiberry change aussitôt son plan d'attaque : il évacue le fort, et, sous la protection de tirailleurs abrités à l'angle des embarcations, il fait entasser des monceaux de paille, auxquels on met le feu. Bientôt l'incendie se déclare avec intensité, et l'ennemi, frappé à mort parles balles des tirailleurs, essaye en vain de l'éteindre.
Le petit corps expéditionnaire s'est retiré vers le fort de l'extrême droite, car la chaleur est accablante et les hommes sont épuisés de fatigue. Deux heures se sont écoulées, et l'incendie a pratiqué dans le fort du centre deux larges brèches qui offrent un passage facile. Mais le commandant, satisfait des résultats obtenus, ne veut pas exposer en rase campagne, aux ardeurs étouffantes d'un soleil de feu, ses troupes assez éloignées encore du lieu de rembarquement.
LVIIL — Neuf canons, trop lourds pour être emportés, sont encloués ou brisés. « Les fusils (écrit le commandant Jauréguiberry au vice-amiral Rigault de Genouilly) les lances, les ustensiles de guerre, le fort, les cases voisines servant de magasins à riz ont été incendiés et ma petite armée s'est dirigée sur la pagode, traînant avec elle dix pierriers enlevés à l'ennemi. »
Quelques détachements ennemis se montrèrent plusieurs fois dans la plaine, mais les tirailleurs les maintinrent constamment à distance.
338 CAMPAGNE DE GOGHINGHINE.
Les Anamites, d'après les renseignements recueillis et énoncés dans le rapport du commandant supérieur, perdirent dans cette journée un grand mandarin (Ho» Doo), qui commandait le fort de droite, quarante mandarins subalternes et cinq cents soldats environ.
Ce coup de main vigoureusement mené imprimait une salutaire terreur à Tennemi, qui se croyait invulnérable loin des canons de nos navires. — Malheureusement ce nouveau succès nous coûtait quarantecinq hommes hors de combat, parmi lesquels quatorze tués.
Dans ce nombre étaient le sous-commissaire de Beaulieu, mortellement blessé par un biscaïen, ainsi que le sous-lieutenant Vannague.
Le sergent Martin Des Pallières, qui s'était si souvent distingué, depuis le commencement de la campagne, par son intrépidité, avait été frappé presqu'à bout portant par un boulet, qui lui avait brisé l'épaule et labouré la poitrine.
LIX. — Près de Toarane, les Cochinchinois poursuivaient les trayaux commencés pendant l'absence du corps expéditionnaire dirigé sur Saigon. Au moyen de réquisitions frappées sur les populations, les mandarins avaient fait d'énormes mouvements de terre et nous enserraient chaque jour davantage dans le cercle de leurs défenses. — Ils menaçaient ainsi sérieusement la flottille que nous entretenions en rivière et celle du fort de l'Est. — La possession de ce fort, jointe à l'accessibi-