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les travaux de cette commission et de la voir chaque jour s'incruster davantage an sein de la ville conquise, mais nous ne pouvons en esquisser ici que les principaux traits. — Sa tâche était à la fois délicate et difficile, car s'il lui fallait se montrer énergique et investigatrice, il lui fallait aussi , en ménageant les justes susceptibilités du gouverneur, l'amener à apposer son nom sur des pièces très-significatives qui devaient le perdre dans l'esprit de cette partie de la population toujours prêle à tramer contre nous des projets hostiles.
Aussi les actes publics et les décisions importantes étaient toutes revêtues de sa signature.
Les commissaires, après avoir consacré les premiers jours à rétablir la tranquillité dans la ville, afin d'y ramener peu à peu les habitants qui s'en étaient éloignés, voulurent visiter les prisons de Nan-hao et de Pwan-yu, dans la crainte qu'il y eût au fond des cachots des prisonniers européens et des Chinois retenus dans les fers pour être entrés au service des étrangers.
Cette visite montra à quelles cruelles tortures ces mallieoreax étaient exposés.
TI. — Nous extrayons le passage suivant du journal émtdiaque jour parle lieutenant de vaisseau Ribourt, aide 4e camp du contre-amiral Rigault de Genouiily :
« Dans la prison de Pwan-yu on a trouvé des Chinois qui y avaient été renfermés pour avoir servi des étrangers. On a vu là l'horrible spectacle de la barbarie la plus épouvantable. Dans l'un des bouges de cette prison
gisaient des honunes qui aYaient tenté de s'échapper, «t qui avaient été tdlement frappés, qu'aucun d'eux n'avait plus l'usage de ses membres. Plusieurs étaient à l'agonie, et, au milieu d'eux, était étendu, convulsive^ ment rigide, le cadavre d'un malheureux. Là aussi, se trouvaient des enfants de quatorze à quinze ans. Aux reproches qu'on lui fait, Pee-Rwee répond qu'il trouve mauvais que les commissaires se soient rendus dans les prisons, sans l'avertir.
« Quant aux étrangers prisonniers depuis le commencement des hostilités, pouvait-il en rendre compte, puisqu'il n'est arrivé à Canton que vers le milieu de 1857 ? €'est à Yeh qu'il faut se plaindre. —Si on lui parle de cette barbarie atroce des prisons de Poon-ju. « De quoi se «mêlent les commissaires? dit-il. Ce n'était pas leur c affaire.
« Il est signifié au gouverneur qu'il se trompe, et que tant que les pavillons alliés flotteront sur la ville , on ne saurait souffrir de pareilles atrocités.
« A.la suite de ces visites, on acquit la presque conviction que, dans une des prisons, des Anglais et des Français avaient été retenus, et que plusieurs d'entre eux avaient été assassinés dans leur cachot. »
Vn. — De temps à autre certaines tentatives venaient <iémontrer que la révolte n'était qu'endormie, et qu'il fallait exercer la plus sérieuse surveillance.
Ainsi, le 5 février, cinq ou six cents «oldats chinois, armés d'arcs et de flèches, parcourent Jes rues avec une at-
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titude moitié tranquille, moitié agressive, sous le prétexte d'une rerue ordonnée parle général tartare; les commissaires, prévenus, 'envoient en toute hâte une garde devant le yamoun du général. Les soldats chi- Bois sont aussitôt arrêtés daitë leur marche, et reçoivent Tordre de déposer les armes. — Le lendemain plusieurs milliers de flèches et douze cents arcs environ étaient apportés au yamoun du général. Celui-ci est «urveillé de près : on le soupçonne d'être en rapports secrets avec les chefs qui organisent des levées d'hommes à l'extérieur. D'autres armes doivent encore être cachées dans quelque dépôt secret, car les rapports parvenus au quartier général en ont signalé un bien plus grand nombre ; aussi le gouverneur est averti que l'ordre est donné de tirer sur tout Chinois que l'on rencontrera armé, soit dans les rues, soit dans les faubourgs de Canton.
Grâce à cette vigilance énergique, les agitateurs perdent peu à peu tout eepoir de nous surprendre ; mais la trahison veille pour remplacer la force et le courage qui manquent à nos ennemis. — Un Chinois, qui a embrassé le christianisme, avertit le R. P. Deluc que l'on tentera, selon toute probabihté, d'empoisonner le corps d'occupation.
YIIL— Il serait trop long d'entrer dans les détails des incidents de tout genre qui surgissaient chaque jour à l'improviste, et devaient grandement préoccuper ceux auxquels était confiée Ja lourde responsabilité du gouvernement militaire de la ville.
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Un colonel anglais, accompagné de quelques hommes, est attaqué, eu traversant un village de la municipalité de Sfaeet-sing. Cette municipalité très-importante contient treDte-six grands villages» et il y régne depuis ce temps une grande agpitation ; des hommes armés sont sur pied et toujours sur le car. ord.
Dans le district de Loorpoon-se, jusqu'à la distance de dix lieues de G.mton, plusieurs corps occupent divers campements; ils sont destinés, en apparence, à la garde du pays contre les voleurs, mais ils pourraient, à un moment donné, se réunir aux levées partielles signalées sur plusieurs points. --Un autre jour, des émissaires, qui parcourent le pays, apportent la nouvelle qu'à deux Ueues et demie environ de Canton, il existe un camp de Tar« tares dont le chiffre est incertain. Envoyés contre des bandes de pillards qui dévastaient des districts voisins , ils avaient été, disait-on, repoussés par ceux qu'ils devaient chasser , et avaient regagné leur première position.
Les commandants en chef attendaient impatiemment que le gouvernement impérial mît fin à cet état de choses par une réponse catégorique (1).
(1) Par suite des rapports parvenus tant aux plénipotentiaires qu'aux amiraux , tout portait à croire que la présence de Vex-commissaire impéri^ et vice-roi Yeh dans le voisinage de Canton, arrêtait la soumission de certains mandarins et d'un grand nombre de notables. Bu reste, il avait été constaté que Teh avait fait à bord de l'Inflexible dfts tentatives de séduction pour l'envoi de messages clandestins , et il fut résolu d'un avis unanime que ce personnage , dont la présence dans ces parages pouvait augmenter les difficultés de la situation, serait prochainement envoyé soit à Calcutta, soit à Maurice, soit au cap de Bonne -Espérance.
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IX. — « Si la physionomie de Canton elle-même n'a rien d'alarmant (écrivait l'amiral R. de Genouilly au ministre), nous sommes dans des conditions telles qu'ilfaut exercer la plus grande et la plus rigoureuse surveillance; des bruits venant de divers côtés ont annoncé que tous* les districts des environs s'arment et se préparent à attaquer la ville. Des émissaires envoyés par nous dans diverses directions ont confirmé en effet que des levées d'hommes s'effectuaient sur plusieurs points. La ville de Falshan, dans laquelle se sont réfugiés plusieurs fonctionnaires de la province de Canton, créatures connues de l'ex- vice-roi Yeh, est le centre de toutes ces menées.»
Fort heureusement, au milieu des inquiétudes d'une, position aussi difficile, la sanlé du corps expéditionnaire et de la division navale était bonne, malgré les fatigues excessives que chacun avait dû supporter. — Car le corps de débarquement français, d'un effectif si restreint, devait servir des postes très-multipliés, pourvoir aux patrouilles de nuit, et fournir son contingent de travailleurs pour la ligne de retranchement et la construction des batteries. — Le climat de Canton est très-sain en cette saison, le vent du nord, qui amène un froid assez vif, chasse tous les miasmes pestilentiels, et il était à espérer que celte température favorable durerait jusqu'au mois d'avril, époque habituelle des premières chaleurs. D'ailleurs, dès les premiers temps, des ambulances et des hôpitaux avaient été organisés.
La levée du blocus était un point très-important; c'était le moyen de ramener le commerce arrêté de ce
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càié depuis longtemps; cette question déjà traitée, avait été ajournée, parce que la position n'offrait pas eu-* core assez de stabilité pour prendre une aussi graye décision.
' X— Le 25 janvier ia58, une nouvelle conférence eut Ueu entre les plénipotentiaires et les commandants en chef, et la levée du blocus de la rivière et du port de Canton, ainsi que la reprise des relations commerciales avec les Européens fut fixée au 10 février, mais l'état de siège dans la ville et dans ses dépendances, devait être maintenu par les forces alliées, pendant* toute la durée de leur occupation militaire (I).
Un autre point devait appeler l'attention, c'était le règlement auquel les étrangers de toute nationalité seraient soumis. — La levée du blocus devant nécessairement amener de fiong-kong et de Macao un grand nombre d'individus de tout pays, très-mal famés, qu'il fallait surveiller strictement et pouvoir expulser au moindre symptôme de désordre.
Les Chinois, du reste, attendaient impatiemment de
(1) Déclaration du contre-amiral ILigault de Genouilly et du contre-amiral sir M. Seymour,
Nous soussignés contre-amiral Michaêl Seymour, chevalier commandeur de Tordre du Bain, commandant en chef les forces navales de Sattajesté Britannique, et nous contre-amiral C. Rigault deGenouilly, commandant en chef les forces navales de Sa Majesté l'Empereur des Français dans l'Inde et en Chine , déclarons que le blocus du port et de la d^ière de Canton établi par nos déclarations respectives du 3 du mois d'août et du 10 décembre 1857 , sera levé le mercredi 10 février
A Canton , le 25 janvier 1858.
.IL SGTMODA. C. BiGAULT SE 'GBNODlLLr.