LIVRE III, CHAPITRE I
leur côté la reprise du commerce avec les Européens, et un fait important à constater, c'est que le gouverneur Pee-Kwee insistait lui-môme dans les termes les plus pressants pour la reprise des transactions commerciales extérieures; et il ajoutait, en s'adressant aux ministres plénipotentiaires : « Chaque jour que Ton gagnera pour rouvrir le port, accélérera d'autant le rétablissement delà confiance publique, non-seulement dans l'esprit des Chinois, naais dans l'esprit des négociants du monde entier. » « La reprise du commerce, disait-il encore, ne peut manquer d'augmenter dans des proportions considérables la bonne intelligence avec les nations alliées. j>
Cette démarche du mandarin chinois est curieuse à comparer avec l'arrogance habituelle des autorités de ce pays, et surtout avec leur profond mépris si nettement exprimé pour les commerçants étrangers.
XL— Des cargaisons considérables étaient déjà toutes prêtes et en réserve pour l'exportation.
La levée du blocus devait surtout réagir activement sur le commerce de détail, qui commençait déjà à rouvrir ses établissements dans la plupart des quartiers de la ville. — Le faubourg de l'ouest, le plus riche de Canton, avait repris sa physionomie habituelle d'activité et de circulation. Les destructions n'avaient, du reste, aucunement atteint ce quartier populeux.
Aussi toutes les boutiques s'étaient ouvertes les unes après les autres; et les marchands chinois se livraient à leur trafic, avec des visages souriants, fort heu-
reux de voiries barbares étrangers apprécier si grandement leurs marchandises.
Les Chinois onl l'inslinct du commerce. Quelques jours s'étaient à peine écoulés, qu'ils savaient quels étaient nos objets de prédilection, et en encombraient leurs boutiques. D'un autre côté, le commerce habituel, sorte de marché en plein vent, reprenait son cours, étalant le long des rues déjà si étroites des paniers* de légumes, de volailles, de, châtaignes de mer, de graines et de racines de bambous. — Les pêcheurs de la rivière apportaient aussi leur part, et c'était un tumulte, un mouvement que n'arrêtait en rien l'approche des étrangers.— Canton revivait bien de sa vraie vie, et l'on eût pu complètement oublier le souvenir des jours qui avaient précédé, si des quartiers entiers détruits par le bombardement n'attestaient le triste passage de la guerre.
Quelques émigrations continuaient cependant par la porte de l'ouest, résultat des bruits de diverse nature qui se répandaient sur les intentions hostiles des districts environnants.
XIL — La levée du blocus rendait la position évidemment anormale. — Continuer à tenir sous les lois de l'état de siège un port de commerce ouvert aux transactions commerciales de toutes les nations et l'occuper militairement, pouvait, à un moment donné, susciter des embarras internationaux qui seraient venus compliquer une situation déjà bien tendue.