LIVRE II, CHAPITRE III
résolûmenl en deux masses compactes, jusqu'à cinquante mètres environ de la ligne des tirailleurs. — Les cavaliers sont armés de lances et d'arcs. — Reçus par un feu très-vif qui abat dès la première décharge un grand nombre d'hommes et de chevaux , ils ne s'arrêtent pas ; de nouveaux escadrons accourent se joindre à eux, et cette nuée de cavaliers, pleine d'une confiance redoutable qu'augmente encore la supériorité si considérable du nombre , cherche à écraser la faible avantgarde que commande le général Gollineau ; mais déjà celui-ci a mis ses pièces en batterie et préparé ses faibles troupes à recevoir fièrement l'ennemi. — Le colonel Pouget est accouru et a rallié aussitôt les deux compagnies de chasseurs détachées en tirailleurs, puis* il a rejoint au galop son régiment qui tient la droite.
La situation est grave et le danger imminent. —Cet ouragan humain augmente et se décuple de minute en minute ; il déborde en un instant toute notre ligne de bataille avec des cris sauvages. A voir hommes et chevaux s'élancer ainsi, soulevant autour d'eux des nuages de poussière, on eût dit qu'ils vont, sans s'arrêter, passer sur le corps de ces quelques combattants qu'ils menacent d'envelopper de toutes parts; mais l'arlillerie tonne, et les boulets tracent de sanglants sillons dans ces masses amoncelées et tumultueuses. — Les balles de carabines renversent les premiers rangs, les baïonnettes étincelantes touchent presque les poitrails des chevaux. Devant cetle résistance inattendue, les Tartares s'arrêtent, hésitent, et, se répandant sur leur droite, n 15
comme un torrent subitement débordé, vont tourner par la gauche le corps si réduit du général Collineau. Car le vide qui existait entre lui et les Anglais n'est pas comblé, et le général Grant, au lieu de suivre sa marche en avant, s'est jeté entièrement à gauche avec sa cavalerie et son artillerie , nous laissant ainsi entièrement & découvert.
Ce changement au plan combiné entre les généraux aUiés faillit être fatal, car le général Collineau ne trouvant plus de point d'appui, pouvait être écrasé.
XL VI. — Un violent feu d'artillerie s'est en même temps ouvert contre notre droite, au moment où le com- \nandant en chef allait soutenir le général Collineau avec le reste de ses troupes; forcé de se défendre aussi, il donne Tordre au général Jamin de faire, de ce côté, face au canon. — Pendant qu'il déploiera le bataillon de chasseurs et placera les fuséens et le bataillon d'artilherie, le 101« avancera le plus promptement possible pour renforcer la droite.
Mais le général Collineau est menacé de plus en plus; la cavalerie tarlare, qui s'est aperçue des vides qui séparent les deux corps alliés, glissant sur le front de bataille qu'elle voulait d'abord traverser, se développe, par une manœuvre soudaine , sur ses deux ailes et s'élance avec un redoublement d'énergie pour nous entourer de toutes parts. — Enhardis par notre infériorité numérique, les cavaliers poussent des cris sauvages pour s'animer au combat, et brandissent leurs armes^ en se