LIVRE II, CHAPITRE III
mée alliée élait debout; les chefs de corps avaient reçu leur ordre de marche et d'attaque.— Déjà les tentes sont dépliées. — Les soldats ont pris le café. — Le signal du départ est donné; il est cinq heures et demie du matin.
Le général de Montauban, passant en avant de l'armée anglaise pour prendre la position où l'appelait son tour de marche, laissa ses bagages sous la protection de deux compagnies d'infanterie, dans un petit village situé à une lieue en avant de Tchang-kia-ouang. — La colonne française s'était avancée à dix kilomètres environ au delà de Khaouat-tsun , et n'était plus séparée de Pa-li*kiao que par une distance de trois kilomètres au plus , lorsqu'elle aperçut les premières vedettes tartares.
Les terrains , presque complètement boisés , interceptaient la vue de distance en distance. Des groupes de maisons assez considérables , reliées entre elles par des massifs épais où s'élevait un grand nombre de tombeaux , contribuaient encore à nous dérober les mouvements de l'ennemi.
XLIV. — Des cavaliers sont lancés en avant pour éclairer la route. La cavalerie lartare, que Ton ne pouvait encore apercevoir, déployée dans une immense plaine, formait un grand arc de cercle au centre duquel se trouvait Oua-koua-yé,' aux alentours et derrière ce village étaient échelonnées de grandes masses d'infanterie avec du canon. Le demi- cercle que formait cette cavalerie, évaluée à 20 000 ou 2500O hommes envi-
ron(l), était puissamment renforcé aux deux ailes. — Le terrain avait été habilement choisi pour livrer bataille. — Le village de Oua-koua-yé était un solide point d'appui qui pouvait, au besoin, couvrir la retraite de la cavalerie, si celle-ci était forcée de se replier, et défendre les approches du grand pont de Pa-U-kiao, où l'ennemi avait concentré, en arrière du canal, des forces d'infanterie considérables.
Le général de Montauban, qui tenait, nous l'avons dit, la droite de l'armée alliée, a pris les premières dispositions de combat.
Le général CoUineau reçoit l'ordre de se porter en avant. Cette petite colonne d'avant-garde se compose d'une compagnie du génie, de deux compagnies de chasseurs à pied, d'un détachement de pontonniers, d'une batterie de quatre et de deux pelotons d'artilleurs à cheval. Le général CoUineau doit appuyer un peu à gauche pour se tenir à bonne distance de l'aile droite des Anglais. — Le commandant en chef suivait le mouvement avec le général Jamin, en se maintenant sur la droite ; il avait conservé le reste du bataillon de chasseurs à pied, les fuséens, la batterie de 12 et le 101* de ligne.
XLV. — Menacée dans le centre de sa ligne, la cavalerie tartare, dont les massifs ^d'arbres nous dérobaient les mouvements, s'ébranla tout à coup, et s'avança
1. Correspondance du général de Montauban au ministre de la guerre, 22 septembre 1860.