LIVRE II, CHAPITRE III
que conduit toujours au feu son colonel , entre par la droite, renversant tout ce qui s'oppose à son passage, pendant que les chasseurs à pied envahissent la gauche et prennent ainsi, dans un cercle de feu, les masses éperdues qui se font tuer en essayant encore une défense inutile.
Alors, au milieu de ces colonnes, brisées à la fois par les balles et par les baïonnettes, on vit des chefs tartares s'avancer au milieu du feu, agitant des drapeaux pour rallier leurs combattants et les ramener vers le pont où Sang-ko-lin-sin a déployé sa bannière ; c'est là que ce général a organisé sa principale défense. — C'est là le dernier rempart qu'il faut franchir pour marcher victorieusement sur la capitale.
XLVIII. — De son côté, le général CoUineau a rencontré sur sa route un ensemble de bois touffus, remplis de tombeaux. — Les Chinois ont disséminé derrière ces abris naturels un grand nombre de tirailleurs qui tentent de barrer le passage à cette colonne. Le général les a bientôt refoulés, et continue rapidement sa marche pour atteindre le canal. — Les deux brigades marchaient donc à la même hauteur, refoulant les fuyards devant elles.
Déjà toutes deux apercevaient le beau pont de Pa-likiao, surmonté d'énormes statues et que l'infonterie, disposée en arrière en masses profondes, s'apprête à défendre vigoureusement. — Tout le long du canal, sur les berges opposées, couvertes de joncs élevés, sont em-
busqués des tirailleurs armés d*arcs et de gingalls ; d'autres se sont logés dans les pagodes et dans les malsons éparpillées sur le bord. — Pendant que notre infanterie s'approche, en s'abritant, elle aussi, derrière les con-. structions qu'elle rencontre, l'artillerie du général Collineau s'est mise en position et prend le pont d'écharpe ; de son côté le colonel de Bentzmann, avec la batterie de 12 et les fuséens, le prend d'enfilade et dirige spécialement son feu sur les pièces de gros calibre qui en protègent les abords.
L'ennemi, déjà repoussé deux fois, ne s'avoue cependant pas encore vaincu et s'apprête à disputer résolument le passage.
XLIX. — On ne peut réellement expliquer que par l'infériorité de l'armement des Chinois les pertes peu considérables que nous avons subies, malgré la ténacilé de leur résistance (1). On eût dit, en effet, que nos soldats étaient protégés par une main invisible qui écartait d'eux les balles et les boulets que l'ennemi lançait avec une profiisîon sans égale. — Le pont semblait en feu et tremblait dans sa base sous les volées retentissantes des canons lartares. — Ce n'était plus derrière des remparts ou abrités par des ouvrages de campagne que combattaient les Chinois, c'était à poitrine découverte. — Là sont réunis, aux portes mêmes de la capitale, les Tartares de la bannière impériale, l'élite des troupes de l'Em-
(1) Rapport du général de Monlauban.