‹ Les expéditions de Chine et de Cochinchine d'après les documents officielsChapitre 103 sur 170 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

pire. A leur tête, au milieu du pont, exposé aux balles et aux boulets qui pleuvent de toutes parts, un de leurs chefs à cheval agile, en signe de défi, une bannière jaune, et pousse des cris gutturaux qui se perdent dans le bruit de la canonnade. — Autour de ce chef intrépide le marbre des parapets vole en éclats, et nos obus abattent des rangs entiers. — La mort qui frappe sans relâche n'épouvante pas ces inhabiles mais hardis combattants; pas un ne bouge. — Déjà les bords du canal et le pont lui-même sont couverts de morts mutilés par d'affreuses blessures.

« En ce moment (écrit le général de Montauban), le pont de Pa-li-kiao offrait un spectacle qui est certes un des épisodes les plus saisissants de la journée. Tous les cavaliers, si ardents le matin, avaient disparu. — Sur la chaussée du pont, monument grandiose d'une civilisation vieillie, des fantassins richement vêtus agitaient des étendards et répondaient à découvert par un feu heureusement impuissant à celui de nos pièces et à notre mousqueterie. « C'était l'élite de l'armée qui se dévouait pour couvrir la retraite. »

Depuis près d'une demi-heure, le feu ne cessait pas de part et d'autre. Cependant celui de l'ennemi faiblissait sensiblement. Nos boulets avaient tué presque tous les canonniers sur leurs pièces.

Le général Collineau a formé une colonne d'attaque à laquelle se joint la compagnie du lOl* du capitaine de Moncets, officier plein de bravoure, qui déjà avait voulu se jeter en avant. — * Le général n pris la tête de la co-

lonne et s'élance à cheval vers le pont; derrière lui, guidées par leurs chefs, accourt le reste de ses troupes, aux cris de : Vive V Empereur! — Ils envahissent le pont, qu'encombrent les morts et les blessés, et dont rentrée est obstruée par des pièces de canon renversées de leurs affûts, — L'ennemi n'essaye plus de résister; ces masses si compactes tout à l'heure, maintenant confuses, désorganisées, privées de leurs chefs, dont le plus grand nombre a été tué en s' exposant vaillamment à nos coups, se retirent en désordre dans la direction de Pé-King. — Le général Collineau culbute avec son avant-garde quelques groupes de Tartares qui tentent encore un dernier effort, et s'engage sur la droite de la route à la poursuite des fuyards. — Mais des maisons qui bordent la rive opposée à l'armée alliée et des berges couvertes, de hautes herbes, part encore un feu assez suivi de tirailleurs. — Ces derniers défenseurs du pont sont presque tous tués surplace, et le général en chef marche avec la colonne Jamin sur les traces du général Collineau. L'ennemi avait disparu, laissant le champ de bataille couvert de ses morts. — Il était midi, et depuis sept heures du matin le combat durait. — Le général de Montauban fait sonner la halte, et, deux heures après, toutes les troupes étaient établies dans le camp et sous les tentes mêmes des Tartares.

L. — Mais qu'avaient fait de leur côté nos alliés depuis le matin? quelle marche avaient-ils suivie ? quels combats avaient-ils livrés? — Le droit que nous avions

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