LIVRE III, CHAPITRE I
dus. On ouvrait ces cercueils, et c'est ainsi que l'on constatait l'identité des cadavres que les Chinois nous renvoyaient (1).
Sur treize prisonniers français, sept étaient morts et six avaient été rendus vivants. — Les Anglais sur vingtsix prisonniers comptaient treize morts.
Voilà donc le résultat des assurances du prince Kong. — Ce n'était plus seulement d'un acte de déloyauté dont on avait à demander compte, mais de la plus sauvage barbarie. L'exaspération des Anglais surtout ne coa*naissait point de bornes^
XXVL — Lord Elgin, sous la pression de l'indignar tion publique qui ne pouvait manquer de se manifester en Angleterre avec une extrême violence, voulait une vengeance éclatante que ne pouvait satis&ire l'indemnité de 900000 taëls déjà demandée, et il communiqua, le 15 octobre, un projet de note au prince Kong, dans laquelle il exigeait que des ofûciers chinois fussent enrvoyés de Pé-king pour accompagner à Tien-tsin les restes des victimes de cette odieuse trahison, et que l'on élevât dans cette ville, aux frais du gouvernement chinois, un monument expiatoire ; il voulait en outre que l'on s'emparât du palais impérial à Pé-king, avant l'époque fixée
(1) Ces morts étaient, pour les Français, le colonel Foullon <Jrandchamps, le sous-intendant Dubut, le comptable Ader, les soldats Gadichot, Blanquet «t le chasseur à pied Ousouf. Quant à l'abbé Dniue , dont on ne retrouvait aucune trace , il paraît certain qu'il avait été décapité avec un Anglais, le jour même de la bataille de Pa-li-kiao: leurs corps avalent été jetés dans le canal.
par la communication au prince Kong et que Ton détruisit de fond en comble le palais de Yuen-mun-yuen où avait péri le plus grand nombre de victimes.
« Mon cher lord (lui répondit le baron Gros, en lui accusant réception de cette dépêche), votre lettre exprime assurément dans les termes les plus nobles la plus vive indignation, mais elle exige du gouvernement chinois, ce que dans mon intime conviction il ne pourra ni ne voudra jamais donner; il aimera mieux mille fois tout abandonner, tout perdre que de consacrer par un monument expiatoire sa félonie, sa honte et sa faiblesse. Quant à la destruction du palais d'été, site de campagne sans défense, elle aurait, à mon avis du moins, un tel caractère de vengeance inutile, puisque malheureusement elle ne pourrait remédier à aucune des cruelles infortunes que nous déplorons, que nous devrions ne pas y songer. Il me semble qu'aux yeux de l'Europe comme pour les peuples de la Chine, la destruction du palais de Pé-king, après en avoir enlevé les archives, palais qui, dans la capitale, est le siège de la puissance souveraine, serait un acte expiatoire plus saisissant que Tincendie d'une maison de plaisance. Ce serait là ce que je conseillerais aux commandants en chef de faire inâmédiatement si j'étais consulté par eux, et si contre toute probabilité maintenant nous devions quitter Pé-king sans atteindre le but qui nous a été signalé par nos gouvernements. Je suis convaincu que nous pouvons finir en peu de jours. Si vous ne parlez pas dans votre lettre à