X..., lieutenant de vaisseau, second
( Âiguier, capitaine de frégate, comman-
Rhin .,} dant.
( Guys, lieutenant de vaisseau, second.
! Picard (Esp.), capitaine de frégate, commandant.
Prouhet, lieutenant de vaisseau, second.
/Massillon, capitaine de frégate, comman- 1 dant.
Venaeanc < Po^^^^^-Leroy, lieutenant de vaisseau.
^ j second,
f Lamothe-Tenet, —
V Sanglier. —
yy I Gleret-Langavant, capitaine de frégate.
***** (Roux, lieutenant de vaisseau, second.
Saône.,, Alarme.
Andromaque.
Avalanche. . .
Dragonne. . .
Fi/rte,
Fusée. . . .
Mitraille.
Liscoat, capitaine de frégate, comman- ' dent.
Fournier, lieutenant de vaisseau, second.
Sauze, lieutenant de vaisseau, commandant.
Tourneur, enseigne de vaisseau, second.
Garagnon, lieutenant de vaisseau, commandant.
Hulot d'Ozery, lieutenant de vaisseau, commandant.
( Galey, lieutenant de vaisseau, commandant.
iButel, lieutenant de vaisseau, commandant.
Mac-Dermott, lieutenant de vaisseau.
Obry. —
Bailly, lieutenant de vaisseau, commandant.
Duval, lieutenant de vaisseau, commandant.
p j ^^ (Aubaret, lieutenant de vaisseau, com-
^ \ mandant.
£^,J^Q \ De Vautré, lieutenant de vaisseau, com-
( mandant.
CANONNIÈRE 12 De Saisset, lient, de vaisseau, comm.
— 13 Des Varannes — —
— 15 Kenny, — —
— 16 Béhie, — —
— 18 Peron, — ■ —
— 22 Salmon, — —
— 26 Turin, — —
— 27 Dol, - -
— 31 Monduit-Duplessis, — —
Norzaaarave. .. .(^«spès, lieutenant de vaisseau, com-
^ ^ ' '" ( mandant.
l^^ly JFranquet, lieutenant de vaisseau, com-
^ j mandant.
p^. , ( Riennier, lieutenant de vaisseau, com-
( mandant.
Saigon \^^ Vautré, lieutenant de vaisseau, com-
I mandant.
îî 23
354 PIÈGES JUSTIFIGATIYfiS.
^. , \ Nielly, lieutenant de vaisseau, comman-
T*en.Bhau j ^^^^
AHom-Prah. Noël, enseigne de vaisseau , commandant.
n , .j l Baux, lieutenant de vaisseau, comman-
I>^oulede j ^^;^
^, ,. ÎDe la Motte-Rouge, enseigne de vais-
^^^^ • • ' j seau, commandant.
( De la Motte-Rouge, enseigne de vais-
^ ^^^^ ( seau, commandant.
... i Car vès, enseigne de vaisseau, comman-
Shang^hGi j ^^^[
Contest X..., enseigne de vaisseau, commandant.
p .. (De Montebello, enseigne de vaisseau,
^^ ^ ( commandant.
„ rr (^e Montpézat, enseigne de vaisseau,
Bo'^Kong ( commandant.
Rapport du ipénéral de Hontaaban, connnasdaiit «n chef les troupes françaises- en Chine» à S. Exe. le Ministre de la guerre.
Quartier général de Sin-ho, 18 août 1860.
Monsieur le maréchal,
Tai l'honneur de vous adresser le compte rendu suivant des opérations de la journée du 14 août :
L'armée alliée, sortie de Peh-lang le 12, après avoir repoussé devant elle la cavalerie de l'ennemi et chassé son infanterie des positions retranchées qu'elle occupait autour de Sin-ho, s'était installée le même soir autour de ce village situé en amont de toutes les défenses de la rive gauche du Peï-ho.
PlftCES JUSTIPICATIYKS; 355
h9 même jotir, une i^êoimaîssance faite sur une chaus^ séa qui partait de Sin-bo« m'avait appris rexistenee, à environ 5 kilomètres en aval^ d'un camp retranché considérable, situé autour du village de Tang-kou, et défendu d'une façon sérieuse tant par des obstacles naturels que par des forces d'infanterie et d'artillerie.
Ce camp, qui s'appuyait au Peï^ho, n'était accessible pour nous que par deux débouchés : l'un d'eux était cette chaussée suivie le lâ| et dont les deux efttéSy noyés par dea lagunes^ ne permettaient aucun déploiement d'artillerie ou d'infanterie ; l'autre débouché^ qui fut adopté par le général en chef anglais et par moi pour notre ligne principale et commune d'opérations, était la rive gauche même du Peï-ho. Ce terrain était coupé par de nombreux eanâtix préëentant^ë notre marche des difficultés qui fuirent vaincues, grâce au concours toujours zélé et inteU ligent du génie, de l'artillerie et des pontonniers.
Il devenait ainsi possible de se rapprocher assez des retranchements pour développer les batteries des deux armées, ouvrir un feu efficace, détruire en grande partie les défenses de l'ennemi et lancer ensuite des colonnes d'assaut qui, soutenues par le gros de nos forces, devaient enlever les ouvrages.
Tel fut le plan adopté, et, le 14 au matin» les deux armées a' ébranlaient dans l'ordre suivant :
L'armée anglaise, appuyant sa droite au PenhO, deecen* dait parallèlement au fleuve, tandis que les deux brigades Jamin et GoUineau^ en colonnes serrée» à demi-^distance de déploiement, marchaient à sa gauche et à la même hauteur. Teste la ligne d'infanterie était précédée par rartillerie, qui avait dans cette journée k entrer la pre* mière en action ; celle«ei était elle-même couverte et ap« puyée, surtout ii gauche, par une av^ant>garde d'infanterie ainsi composée : une compagnie de génie, 200 hommes des marins de débarquement, deux compagnie» d« cba»seurs à jneà^
Le terrain que ngu» avion» à parcourir était moins
ferme que celui qui était assigné à nos alliés; la marche de l'armée n'en éprouva néanmoins aucun retard. Vers huit heures, les deux batteries de 4 et la section de fu* séenï, se déployant à la gauche des pièces anglaises, ouvrirent le feu avec elles, à environ 1500 mètres des retranchements. La précision de leur tir, malgré la riposte très- vive mais heureusement mal dirigée de l'ennemi, eut bientôt pour effet de permettre au colonel Bentzman de rapprocher sa ligne par un mouvement de feu en avant par demi-batteries. La batterie d'obusiers de montagne entra en ligne dès que la distance diminuée rendit son feu efficace.
Pendant ce temps, nos masses d'infanterie étaient tenues k distance, et je faisais exécuter à notre extrême gauche, sur la chaussée indiquée plus haut, une diversion par deux pièces de 4, soutenues par le 2" bataillon d'infanterie de marine. Ces deux pièces devaient se maintenir à hauteur de la gauche de l'armée et détruire les défenses situées à l'extrémité de la chaussée qu'elle suivait, ce point ayant été reconnu comme celui sur lequel devait se diriger la colonne d'assaut.
L'artillerie se rapprocha jusqu'à 400 mètres, sous un feu qui diminuait par degrés. La plupart des projectiles ennemis passaient au-dessus d'elle et tombaient dans l'espace vide, en avant de notre infanterie déployée alors par bataillons en masse.
Vers neuf heures, le feu des Chinois était presque éteint, sauf celui de quelques embrasures à leur extrême droite, qui tiraient sur notre gauche.
Le moment était venu ; après m'être entendu avec le général Grant, rapprochant toute mon infanterie par un mouvement en avant, je donnai l'ordre au lieutenant-colonel Schmitz, mon chef d'état-major général, de former les , troupes d'avant-garde en colonnes d'assaut et d'enlever à leur tête les retranchements ennemis.
Cet officier supérieur, quoiqu'il fût alors assez gravement malade, s'acquitta de sa mission avec une rare éner-
gie. La compagnie du génie, suivie de coulis portant les échelles, les deu^ compagnies de débarquement, commandant Jauréguiberry, les V et 8* compagnies du 2*" bataillon de chasseurs, commandant de la Poterie, arrivèrent à la suite sur les bords de la contrescarpe, après avoir subi un feu de mousqueterie assez vif.
Le lieutenant-colonel Schmitz se précipita dans le fossé plein d'eau, suivi par les capitaines Chanoine et Guerrier, de l'état-major général, et les capitaines Paillot et Etienne, du 2' bataillon de chasseurs à pied. Il arriva le premier sur le haut du parapet et y planta le drapeau national k la vue de toute Farmée. Il appela à lui les troupes; elles s'élancèrent de là dans l'intérieur de l'ouvrage à la poursuite des défenseurs qui s'enfuyaient en désordre.
Au même moment, une colonne anglaise avait pénétré sur un autre point; le camp retranché était à nous. Un pont établi sur le fossé permit bientôt au reste de nos troupes d'en achever l'occupajtion, et la poursuite, quoique ralentie par les nombreux canaux qui coupent dans tous les sens l'intérieur du camp retranché , continua jusqu'au delà de la face opposée. A ce moment, et à la suite d'une conférence que je tins avec le général Grant, nous résolûmes de nous arrêter.
Bon nombre de cadavres abandonnés sur le point où ils avaient été atteints, environ cent autres trouvés dans les maisons abandonnées du village, les corps de quelques mandarins d'un rang élevé qui s'étaient ouvert la gorge au moment de la fuite de leurs troupes, attestaient que les pertes de l'ennemi avaient été sensibles, et témoignaient des ravages produits par notre artillerie rayée. Quant aux nôtres, l'état joint à ce rapport fera voir à Votre Excellence que, grâce à la supériorité de notre feu et à l'élan de nos troupes, ce succès important n'a pas été acheté trop cher.
Quinze pièces en bronze, sans compter un assez grand nombre de bouches à feu d'un très-petit calibre, sont tombées entre nos mains. L'ennemi, dans sa fuite, a aban-
358 NËCES JirSTIFiCATlYES»
donné augti un nombre si eonsidërable 4# drapeaux, que je me «uis contenté de jes faire abattre aane croire devoir les rapporter k mon eamp. J'ai l'honneur de vous adresser par ce eourrierune copie de l'ordre général n« 85. Votre Excellence y verra le nom des officiers et soldats qui se sont distingués sous mes yeux dans cette action brillante, et que j'ai eru devoir citer k Tordre de l'armée. Le colonel de Bentzman, commandant l'artillerie, secondé par le colonel Foullon-Granchamp, a dirigé ses batteries avec une vi^ gueur et une précision au-dessus dé tout éloge« Veuillez agréer, monsieur le maréchal, etc.
Le général commmdant en chef V expédition de Chine,
G. DE MONTÂUBAN.
Rapport du vlee-amiral Ckarser* eommandavt em ckef les forées navales fran^fsea en Çliiae* ft H. le Ministre 4e la marine»
À bord d« VMaarme, dans le Peï-bo, 23 »oût 18^0.
Monsieur le ministre, Ainsi que j'ai eu l'honneur de le faire connaître à Votre Excellence, dans un rapport précédent, la marche de l'expédition partie le 12 des bords du Pétang n'a été qu'une suite de succès. Après avoir repoussé partout l'ennemi, elle arrivait le 18 sous les murs des forts établis sur la rive nord du Peï-ho; je reçus alors l'avis que les armées alliées atta^ queraient, dans la matinée du fil aoftt, ces positions for-
PIÈGES lUSTIFiCATlYSS. 359
midables, où les Chinois avaient depuia longtemps réuni tous les moyens de défense.
Certain que la marine, au moment décisif, pourrait concourir efficacement à cette attaque, j'avais depuis plusieurs jours recherché sur les lieux la meilleure position à donner à nos canonnières pour battre les forts, sans inquiéter dans leurs mouvements les colonnes assaillantes. Le point qui me parut le mieux satisfaire à ces conditions se trouvait situé sur la rive gauche du Peï-ho; mais il n'était accessible qu'aux bâtiments d'un faible tirant d'eau, tel que nos petites canonnières en fer.
J'avais alors quatre de ces bâtiments à ma disposition ; et, le 20 août, à deux heures de l'après-midi, je leur donnai l'ordre d'aller mouiller sur les bancs de vase molle situés' au point que j'avais été reconnaître les jours précédents et que j'avais fait baliser. Le contre-amiral Page prit le commandement de ce groupe. Je fis route à la même heure vers l'embouchure du Peï-ho avec les grandes canonnières qui mouillèrent à six heures du soir en dedans de la barre du fleuve, à environ 1 mille des forts du sud.
Nous n'avons point été inquiétés dans ces divers mouvements par les batteries des forts; mais dans la soirée, vers neuf heures et demie, les Chinois lancèrent sur nos bâtiments des machines incendiaires qui firent explosion à nne petite distance sans les atteindre.
Le lendemain, 21 août, à cinq heures du matin, les ar«mées alliées commençant leur mouvement vers le fort intérieur du nord, les canonnières sous les ordres de l'amiral Page ouvrirent leur fçu contre le fort du littoral et le dirigèrent avec succès pendant toute l'action, qui dura près de six heures ; au moment de la marée basse, elles furent complètement à sec, et leur tir, loin d'être désavantageux, gagna alors beaucoup en précision. Le feu de leur artillerie contribua au succès de la journée, non-seulement par une attaque directe des forts, mais en rendant libres plusieurs points de la plaine dans laquelle s'avançaient les armées.
Leurs pièces rayées causaient de terribles ravages dans
les ouvrages de fortifications des Chinois. Quatre canonnières anglaises, de leur côté, joignaient leur feu au nôtre.
A sept heures, une forte explosion se fit entendre, et l'épaisse fumée qui la suivit indiqua qu'un des principaux forts du c6té de la plaine venait de sauter. Cette explosion fut suivie d'une autre, qui eut lieu vers neuf heures et qui . amena la destruction d'un des points fortifiés de la c6te; elle était causée par un des boulets rayés partis de nos canonnières.
Épouvanté par ces deux explosions successives, pressé du côté de la terre par les armées alliées qui entouraient toutes les positions, placé enfin sous le feu incessant de Tartillerie des canonnières, l'ennemi ne chercha pas plus longtemps à prolonger sa défense. Le pavillon parlementaire fut arboré vers onze heures sur tous les forts, où quelques instants auparavant flottaient de nombreux étendards, et les Chinois demandaient à capituler, offrant de remettre leurs positions entre les mains des commandants en chef.
Dans cette journée, nos troupes et nos équipages ont été pleins d'ardeur et d'entrain ; celles de nos dignes alliés et leur marine ont rivalisé avec les nôtres, et l'accord le plus parfait n'a cessé de régner entre les forces de deux nations anies pour la même cause.
Dans la soirée du même jour, on a commencé à détruire les estacades et tous les obstacles qui s'opposaient à la navigation, et le lendemain, 22 août, à neuf heures du matin, une passe assez large était pratiquée pour permettre aux petits bâtiments de le remonter. La canonnière n* 27, commandée par M. Dol, y entra la première, et alla se mettre en communication avec le quartier général de Sin- Kho.
Les estacades construites par les Chinois à l'embouchure du Peï-ho méritent d'être décrites. On en comptait six : c'était d'abord une rangée de forts pieux en bois alignés à l'extérieur des forts, puis un double barrage de piquets en fer, dont chaque pièce d'un poids énorme, profondément enfoncée dans le sol, ne laissait paraître que
sa pointe aiguë au moment de la basse mer; quelquesunes de ces pièces, de la grosseur d'une forte tige d'ancre, sont estimées être d'un poids de 15 à 20 tonneaux; une troisième estacade était formée de cylindres flottants reliés entre eux et fixés aux rives par de fortes chaînes; la quatrième était en tous points semblable, pour la forme, à la seconde, mais composée de pièces moins fortes; enfin, les deux dernières étaient composées d'un assemblage de bateaux ou de madriers rattachés par des chaînes ou des câbles aboutissant aux deux bords du fleuve, où les extrémités étaient solidement établies.
Veuillez agréer, etc.
Le vice-amiral commandant en chef les forces navales françaises dans les mers de Chine,
Charner.
Rapport du ipénéral de Montaoban au Mlalstre de la guerre*
Camp de Sin-ho, le 24 août 1860.
Monsieur le maréchal.
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence le rapport sur l'occupalion de la rive droite du Peï-ho, effectuée le 18 août par les troupes de la !'• brigade (2« bataillon de chasseurs k pied et 1""^ bataillon du 101* de ligne).
Le 20, le général Jamin fit, par mes ordres, une reconnaissance destinée à éclairer les débouchés en avant de son front. Il rencontra bientôt des ouvrages occupés fortement
et dut ft*arrét6r devant un feu d'artillerie de gros calibre. Il me fut alora démontré que, sur cette rive comme sur la rive gauche, il était impossible d'aborder les forts sans avoir enlevé un grand camp retranché semblable à celui de Tang-kou, pris par nous le 14.
Dès ce moment, la disposition de l'ensemble des ouvrages chinois m'était clairement connue.
Sur chaque rive à l'embouchure du Peï-ho,.un fort énorme battant la mer et les approches des estacades, en amont, un autre fort couvrant de feux les premiers et enfilant le fleuve; enfin, pour protéger tout le système du côté de la terre, un vaste camp retranché situé à la limite de la terre ferme et des lagunes.
La position de la brigade Jamin couvrait mon point de passage et avait pour effet de menacer la seule ligne qui restât à Fennemi.
D'accord avec le général en chef sir Hope Grant j'ordonnai de pousser aussi rapidement que possible les travaux du pont que nous reconstruisions en commun. Mais, en raison de la largeur du fleuve qui est en ce point de 260 mètres, quelques jours étaient nécessaires à l'achèvement du pont, et il fut décidé qu'on profiterait de ce délai pour attaquer le fort le plus rapproché de Tang-kou sur la rive gauche.
. Les canonnières des deux flottes devaient en même temps couvrir de feux, avec leurs pièces k longue portée,le fort de la rive gauche situé en aval de celui que nous attaquions.
La brigade anglaise de sir Robert Napier et la brigade du général Collineau furent désignées pour cette opération qui fut fixée au 21.
Le général Collineau alla bivaquer au camp de Tangkou, le 20 au soir, avec une compagnie du génie, le 1'" ba* taillon du 102* de ligne et deux bataillons d'infanterie de marine. Une batterie de 12 rayée, un détachement de pontonniers sous le commandement du colonel Grandchamp el une section d'ambulance devaient le rejoindre au point du jour.
PljEiGSS JUSTIFICATIVES. 363
G«t ûfficiôr général se mit immédiatement en rapport avec le général Napier qui avait pris position en avant de Tang'-kou, et avait abrité derrière un épaulement $on matériel de siège.
Il fut décidé entre eux que, dans Tattaque du lendemain, les troupes françaises pceuperaient la droite des troupes anglaises.
Le 21 au matin, la brigade Collineau déboucha sur le terrain des opérations par deux chaussées qui traversent les terrains noyés s'étendant en ayant de Tang-^kou. La compagnie de génie avait préparé cette marche en comblant pendant la nuit une coupure située sur la chaussée de droite.
Dès le point du jour, les forts ennemis avaient ouvert le feu contre Tartillerie anglaise.
Le général Collineau prit les dispositions suivantes : 8 pièces, joignant leur feu à celui des pièces de siège anglaises» furent dirigées contre le fort attaqué ; les 4 autres pièces, placées sur la rive môme du fleuve, commencèrent à contrc'-battre les batteries du fort de la riva droite dont les feux nous prenaient d*écharpe.
Le l*' bataillon du 102" (colonel O'Malley), le 1" bataillon d'infanterie de marine (colonel de Vassoigne) étaient déployés en arrière et abrités par un pli de terrain. Le 2' bataillon d'infanterie de marine (commandant Dome^ nech-Diégo) était resté en réserve à Tang-kou.
Vers sept heures, une explosion formidable se produisit dans le fort que nous attaquions; le général Collineau fit avancer immédiatement trois compagnies du 102% qui prirent position derrière un petit épaulement h environ 300 mètres de la contrescarpe. Le feu de notre artillerie redoubla de force.
Vers sept heures et demie, une explosion plus terrible que la première bouleversa le deuxième fort de la rive gauxhe« Cependant le feu des forts de droite nous gênait beau< coup; deux pièces de 12 et deux obusiers anglais furent amenés sur Talignement des troupes les plus avancées et dirigées contre eux.
Le moment décisif approchait. Le capitaine Lesergeant d'Hendecourt, aide de camp du général Gollineau, fut envoyé par lui pour reconnaître les obstacles : ils consistaient en trois fossés pleins d*eau traversant un terrain fangeux, et abordables par deux chaussées glissantes ayant à peine 2 mètres de largeur. L'intervalle entre les deux derniers fossés et le pied des remparts où le feu de notre artillerie n'avait pu parvenir à faire brèche était couvert de défenses accessoires de toute nature.
D'un commun accord, les généraux Collineau et Napier lancèrent leurs colonnes d'assaut.
La compagnie de voltigeurs du 102* fut jetée en avant, tandis que les coulis porteurs d'échelles, sous la direction d'une section du génie commandée par le capitaine Bovet, marchaient vers la contrescarpe.
La 4* compagnie du l" bataillon du 102« suivit de près les voltigeurs, et le colonel O'Malley prit le commandement de celte colonne. Cependant le feu de la mousqueterie nous faisait éprouver des pertes sensibles : les coulis, dont plusieurs avaient été frappés, hésitaient, et une nouvelle section du génie dut porter en avant les échelles abandonnées.
Grâce k l'intelligence et à l'activité du génie, grâce à l'intrépidité de nos soldats, les obstacles furent enfin franchis, quelques échelles s'appliquèrent au rempart. Aussitôt le général Collineau lança une colonne de soutien composée de trois compagnies d'infanterie de marine. Alors s'engagea une de ces luttes mémorables qu'il est bien difficile de décrire. D'un côté, quelques hommes du 102* et de l'infanterie de marine montant, un par un, sur les échelles, la baïonnette en avant; de l'autre, un ennemi acharné luttant avec la mousqueterie, les piques, les flèches, et roulant des boulets du rempart.
Le drapeau français est planté sur la crête par le tambour Fachard, de la 4* compagnie du 1" bataillon du 102«, arrivé Tun des premiers et qui soutient une lutte héroïque. Le colonel O'Malley, le chef de bataillon Testard, de
l'infanterie de marine, le chef d'escadron Campenon, envoyé par le général Gollineau, peu après le début de l'action, pour activer le mouvement, le lieutenant de vaisseau Rouvier, commandant les coulis, le lieutenant-colonel d'état-major Dupin, qui avait revendiqué l'honneur de marcher avec la colonne d'assaut, entraînent nos soldats à leur suite. L'énergie de nos irouJ)es l'emporte, elles pénètrent dans l'ouvrage, et là un nouveau combat recommence sur ce terrain que l'ennemi défend pied à pied avec un acharnement indicible.
Enfin le fort est conquis, les Anglais y pénètrent également de leur côté ; l'ennemi se précipite par toutes les issues, se jetant par les embrasures dans les fossés, et fuit dans la direction du deuxième fort, sous une grêle de balles qui jonche le terrain de ses morts et de ses blessés.
Mais nos pertes étaient sérieuses et cruelles. Le lieutenant Grandperrier, des voltigeurs du 102', le maréchal des logis Blanquet du Chayla, attaché au corps des coulis, ont été frappés mortellement; les lieutenants JBalme et Porte, l'adjudant sous-officier Lunet, du 102% sont grièvement blessés. Sur 8 officiers des deux compagnies du 102% 2 seulement ont été épargnés par le feu; la seule compagnie de voltigeurs compte 62 hommes tués ou blessés. Le commandant Testard n'est parvenu à entrer dans le fort que couvert de coups de lance et de contusions, et après avoir été renversé par un boulet qui lui a été jeté sur la tête.
Tout en laissant au général Gollineau le commandement que je lui avais confié, j'avais assisté à l'affaire et j'avais pu en suivre tous les détails.
La seule prise de ce premier fort était une victoire complète, mais il était à peine neuf heures du matin, et je dus me préoccuper de savoir s'il n'y aurait pas de grandes conséquences à tirer du succès que nous avions obtenu.
J'entrai donc dans le fort pour me concerter avec le général Grant. En ce moment, le feu de la rive droite qui nous avait tant inquiétés dans la matinée avait cessé com-
366 PIÈCES JUSÎIFIGATIVBS.
plétement, et des pavillons blancs étaient arborén sur tous les ouvrages ennemis.
Des parlementaires se présentèrent, demandèrent à communiquer avecles ambassadeurs. Le général Grant et moi leur répondîmes qu'à deux heures précises, à moins d'une soumission complète, les hostilités recommenceraient. Je profitai de ce délai pour donner du repos à nos troupes.
J'avais donné Tordre au colonel de Bentzman de faire venir de suite les deux batteries de 4, la seconde batterie de 12 et la section de fuséens.
Le 4 devait être dirigé sur le second fort de la rive gauche qui devenait le nouveau but de nos attaques ; le 12 et les fuséens déployés sur les bords du Peï-ho, de façon à contre-battre le grand fort de la rive droite, dont les bat* teries pouvaient prendre en flanc nos colonnes.
A deux reprises, le général Collineau se dirigea sur le second fort, laissant en réserve les troupes engagées le matin, pendant que Tartillerie déployée se tenait prête à ouvrir*6on feu. 11 arriva avec sa troupe jusque sur le bord du fossé, sans recevoir un seul coup de feu; les obstacles • sont franchis sur des échelles, le rempart escaladé; l'infanterie de marine pénètre par une poterne située sur la rive même du fleuve, et nos deux colonnes se rencontrent dans Tintérieur du fort, enserrant entre elles «ne garnison de 3000 hommes, qui avait jeté ses armes et semblait frappée de stupeur.
Ce second fort, comme le premier, était armé d*upe artillerie formidable, et avait sur ses cavaliers des pièces d'un calibre énorme.
Ce nouveau succès donna la mesure de la démoralisation de l*ennemi.
Le chef d*escadron Campenon et le capitaine de Cools étaient en ce moment occupés à réunir les moyens de. passage, et s'étaient emparés d'une jonque. Je leur donnai l'ordre de passer sur la rivé droite avec des officiers anglais, chargés d'une mission semblable par le général sir Hope Grant, et d'aller sommer le vice-roî du Pe*tchî-ll
d'abandonner immédiatement toutes les défenses du Peï-ho.
Arrivés sur l'autre rive, ces officiers tentèrent de pénétrer dans le premier fort; mais ils en furent écartés par un mandarin militaire qui fit lever devant eux le pontlevis. En ce moment, un autre mandarin, porteur de dépêches pour les généraux alliés, se présentait à eux. Ces dépêches, ouvertes sur-le-champ et traduites par M. Parkes, de Tarmée anglaise, offraient l'abandon aux alliés des forts conquis le matin, et l'ouverture du Peï-ho aux escadres, mais réservant aux Chinois les forts et les ouvrages de la rive droite.
Ces propositions furent repoussées, et les officiers français et anglais résolurent d'aller trouver le vice-roi dans son yamoun de Takou.
Ils furent bien accueillis par lui, et une conférence trèslongue s'engagea avec le vice-roi, qui se montra d'abord inébranlable.
Vers huit heures du soir seulement, le vice-roi céda et remit entre les mains des officiers une pièce adressée par lui aux commandants en chef de terre et de mer des armées alliées, dans laquelle il leur faisait l'abandon de tous les forts et camps retranchés situés sur les deux rives du Peî-ho avec tout leur matériel de guerre, et laissait libre l'accès du fleuve. Le lendemain, au point du jour, ce document était remis entre mes mains; mais, dès la veille au soir, des compagnies d'infanterie de marine et des compagnies anglaises avaient pris pied sur la rive droite, dont les ouvrages venaient d'être évacués dans, le plus grand désordre par les troupes tartares.
En résumé, la journée du 21 nous a valu la prise de cinq forts, deux immenses camps retramchés, une quantité énorme d'armes de toute sorte, de munitions de guerre et de 518 pièces de canon de gros calibre.
En terminant ce rapport, je crois devoir signaler d'une façon toute spéciale à Votre Excellence le général Gollineau, qui, dans la lutte sanglante du 21 août, a déployé
la bravoure et Ténergie que vous lui connaissez. Je*ne saurais trop rendre hommage au calme et à l'intelligence de la guerre avec lesquels il a dirigé l'opération. Cet officier général a eu, pendant l'assaut, son épaulette droite traversée par une balle.
Du reste, depuis le commencement de cette campagne et au milieu de difficultés qui n'ont guère d'analogue en Europe, les troupes ont toujours rivalisé de constance et d'entrain. L'artillerie, dont le rôle était si important, a été ce qu'elle s'est montrée partout. Le génie a accompli, avec son zèle habituel, la tâche difficile qui lui était imposée. Le service des ambulances a été au-dessus de tout éloge, tant pour les soins donnés aux malades dans nos hôpitaux, que pour les premiers secours apportés aux blessés sur le champ de bataille.
Je joins à ce rapport les états des tués et dés blessés, l'état des pièces de canon prises dans les forts, l'ordre général n^ 91 relatif k l'affaire du 21, et j'adresse en même temps à Votre Excellence des mémoires de propositions sur lesquels je la prie de vouloir bien appeler toute la bienveillance de S. M. l'Empereur.
Veuillez agréer, monsieur le maréchal, etc.
Le général de division^ commandant en chef V expédition de Chine,