DE MONTAUBAN
Rapport de ramiral Charner an Ministre de la marine.
A bord de V Alarme^ Tien-tsin, 25 août.
Le 23 août, vers dix heures du matin, au moment où la marée était favorable, j'entrai dans le Peï-ho avec les canonnières V Alarme, sur laquelle j'avais placé mon pavillon, la Mitraille et les petites canonnières en fer n"' 12 et 27, précédé de quelques heures par l'amiral Hope, parti également avec quatre ou cinq de ses bâtiments légers.
Le fleuve, très-étroit en beaucoup d'endroits, ses sinuosités brusques et d'un passage difficile pour les bâtiments d'une certaine force et du tirant d'eau de nos grandes canonnières, retardèrent ma marche par des échouages fréquents, et, malgré mes efforts, je ne parvins à mouiller que le lendemain matin de mon départ dans les eaux qui coulent au pied de Tien-tsin.
Les mandarins et les notables de la ville, à l'approche des premiers bâtiments, vinrent au-devant d'eux, déclarant que la population faisait son entière soumission, et demandèrent en même temps que les habitants et les pro^ priétés fussent placés sous la protection des alliés, qui prirent possession de la ville au nom de la France et de l'Angleterre, et arborèrent leur pavillon sur son principal édifice.
Une proclamation de chacun des amiraux fut de plus affichée sur les murs de la ville, engageant la population I 24
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à la tranquillité, et lui assurant le respect des personnes et de leurs biens.
D'après les renseignements que j'ai pu obtenir, Tesprit de la population de Tien-tsin ne parait pas nous être hostile.
Un corps de 1800 hommes, composé mi-partie de troupes françaises et anglaises, suffit pour assurer sa sécurité et mettre notre position à Tabri de toute tentative inquiétante, dans le cas où le gouvernement chinois en viendrait de nouveau aux hostilités.
Veuillez agréer, etc.
Le vice-amiral commandant en chef les forces navales françaises dans to m&rs de Chine,
CfiARNER.
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Mftpi^rt dm généMil de M«iit*«liâii ûu Mliàtotre de Ift niietre.
Bivac de Ko-at-sun, 19 septembre.
MûnsieUi" le maréchal,
J*ai fait part à Votre Excellence des singulières circonstances politiques qui avaient déterminé la marche d'une partie de Tarmée alliée sur Pë-king. Le 10 septembre, je me mis en route avec la brigade Jamin et deux batteries d'artillerie pour appuyer les ambassadeurs, qui avaient résolu de ne plus traiter qu'à Tung-Ghaou, à quatre lieues de la capitale. A peine avions-nous fait une marche en avant, que le prince Tsaï, membre de la famille impériale, et le
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mîaislni de la guerre de l'empire Mou, dcrivireùt aux ambassadeurs qu'ils airaient les pleins pouvoirs de Tem^
pereur pour traiter suivant les bases arrêtées k Tien-tsin, et qu'ils se rendaient au-devant des armées alliées pour conclure la paix définitivement.
Malgré ces nouvelles protestations, les ambassadeurs et les alliés s'avanoèrent jusqu'à Ho'^se'-woU) Ville située h' environ trente kilomètres de Tung«*Chaou.
Des communications diplomatiques ayant été de nouveau échangées, les ambassadeurs firent savoir aux Comman*dants en chef alliés que tout était terminé; que» par suite d'une convention définitive, lês forces militaires s'arrête^ raient à environ deux lieues de Tung^haou ; que les en«trevues avec les commissaires impériaux auraient lieu dans cette ville; et qu'enfin une escorte d'honneur accom* pagnerait les ambassadeurs b Pé-king, pour y échanger les ratifications»
La conduite du gouvernement chinois à Tien-tsin ne m'avait pas donné lieu de croire^ d'une manière absolue, àces nouvelles protestations. Cependant, après les assurances qui m'avaient été données de toutes parts, je me décidai à envoyer à Tung-Chaou le sous-intendant Dubul, le colonel de Grandchamp, le capitaine Chanoine et les officiers d'administration Àder etOagey; ils étaient accompagnés par le missionnaire Duluc et avaient pour mission de rassembler les approvisionnemetits nécessaires aux besoins de l'armée pendant le séjour qu'elle allait faire à Tung- Chaou. Ces officiers se mirent en route avec l'interprète anglais M. Parkes et d'autres officiers anglais chargés par le général sir Hope Grant de la même mission*
Le même jour, 17 septembre, je partis de Ho-se-wou avec 600 chasseurs à pied du a* bataillon, une compagnie du génie, une compagnie d'élite du 101* et du 102% une batterie de quatre, en tout 1100 hommes; et j'avais appelé de Tien^'tsin le général Collineau, qui devait me rejoindre, avec les troupes choisies dans sa brigade, pour aller en députation d'honneur ii Pé-klng. Je laissai à Ho^e-wou le
reste de la brigade Jam in, avec une batterie de douze, pour y garder les approvisionnements que j'attendais de Tien* tsin.
Depuis quelques jour», au milieu de ce pays si fertile que nous traversions, le vide se faisait autour de nous, et toutes les habitations étaient fermées dans les villes et villages. J'espérais qu'après Ho-se-wou il eu serait autrement, puisque les chefs du gouvernement chinois nous attendaient pour conclure la paix. Mon attente a été trompée : le 17 septembre, je bivaquais en dehors du village de Ma-tou, abandonné comme les autres. Le 18 au matin, la colonne anglaise, prenant son tour de marche, nous précéda; nous nous rendions au bivac définitif arrêté par les conventions, où devait nous avoir précédés une partie des officiers envoyés à Tung-Ghaou.
Nous avions à peine fait huit kilomètres, que le général en chef, sir Hope Grant, me fi.t connaître qu'il avait devant lui une grande force tartare; je me rendis immédiatement auprès de lui. Un mandarin de haut rang arriva au point où s'était arrêtée la colonne anglaise, nous assura que c'était un malentendu, et nous pria de nous arrêter. M. Parkes retourna à Tung-Chaou pour demander des explications au prince Tsaï, et l'éloignement des troupes chinoises.
Pendant ce temps, j'étais rejoint par le capitaine d'étatmajor Chanoine, qui me donna l'assurance qu'il venait de traverser toute l'armée tartare établie entre nous et Tung- Chaou. Les troupes avaient voulu s'opposer à son passage, mais il fit comprendre aux mandarins militaires qu'il avait, été la veille en ville pour une mission toute pacifique et quit rentrait dans les mêmes conditions.
Quelques instants après, l'officier d'administration Gagey arrivait auprès de moi et m'annonçait que nous avions devant nous plus de 15 000 cavaliers et une grande quantité de fantassins dont la mèche du mousquet était allumée. De tous côtés on apercevait la poussière soulevée par les pieds des chevaux ; nous étions évidemment en présence
d'une situation des plus sérieuses avec des forces minimes ; nous convînmes avec le général Grant qu^on attendrait le retour de M. Parkes avant de se mettre en marche pour se frayer un passage. Je pris immédiatement des dispositions militaires; je plaçai le petit corps que j*avais à ma disposition en potence, à la droite des forces anglaises; les troupes étaient déployées, couvertes par. des tirailleurs, séparées entre elles par la batterie de quatre faisant face au village boisé de Yatson, occupé par Textréme gauche de Tarmée tartare. Nos chasseurs et spahis étaient à quelques pas de Tennemi. Le général sir Hope Grant avait mis à ma disposition un escadron de cavaliers sicks.
Pattendaîs les événements dans cette situation. Vers dix heures, ayant entendu trois coups de canon vers le centre de la colonne anglaise, je commençai à exécuter le mouvement dont j'étais convenu avec le général Grant : il consistait à m'emparer de ce premier village, en le tournant par ma droite en même temps qu'il serait attaqué de front, et à ramener, une fois ce village dépassé, toute Tar- Tnée tartare vers le centre de la ligne anglaise.
Ce mouvement s'exécuta sans la moindre hésitation ; le village fut enlevé et tourné avec une vigueur remarquable : chacun comprenait qu'il n'y avait pas un pas à faire en arrière en présence de forces si nombreuses. Pendant que je tlirigeais avec le général Jamin le mouvement tournant, mon chef d'état-major, le colonel Schmitz, traversait le village par la gauche et plaçait l'artillerie sur une position dominante, d'où le colonel de Bentzmann, appuyé par les chasseurs à pied, ouvrit immédiatement un feu des plus vifs contre les masses ennemies, que je continuais à tourner par la droite et dont une partie occupait un second village, boisé comme le premier (Le-Ossou).
Je lançai, à ce moment, l'escadron de sicks et le détachement de ch^^seurs et de spahis ; j'avais donné le commandement de cette cavalerie au colonel Foley, commissaire anglais. Ces cavaliers furent accueillis au détour de ce second village par un feu très-violent. Le lieutenant de
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Pama9 tomba frappé mortellem^nl d'une balte; J^ sou9^ lieutanant d'Ë&tr#moDt fut blessé w même instant; mais les sioks <$t Qotra cavalerie n*en continuèrent ps^it moins Içur charge, et jonehèrt^nt la terrain de cadavre^.
Jid détachement de cavalerie française s'empara, dans ee mouvement, de cinq piècei» d*arti|lerie, La. compagnie de grenadiers du 101% celle du 103"^ et celle du génie, conduites sur la trace de la cavalerie, enlevaient le vilUge; le colonel Pouget les entrainait avec une vigueur que je suis heureux de voua signaler. Dix^buit drapeaux, deux pièces de canon, une grande quantité de gingoles restèrent au pouvoir de cette troupe. L'artillerie suivait le mouvement au centre, toujours appuyée k gauche par les chesseurç à pied. Ce deuxième village fut franchi, et, k partir de ce moment, je dirigeai mes troupes de manière à refouler Tennemi sous le canon des Anglais.
Les masses que nous poussions devant nout$ étaient énormes. L'artillerie, les chasseurs et les autres troupes d'infanterie rivalisaient d'ardeur et les écrasaienl de leurs feux. Je suivis, pendant plus de trois kilomètres, une digue sur le bord d'un canal, sur laquelle nous pûmes compter environ soii^ante pièces de bronze mises en position derrière la digue et que notre artillerie enfilait successivement; enfin, je rejoignis, de cette manière, le centre des forces anglaises, et les Tartares disparurent de la plaine. L'infanterie était en route depuis cinq heures du matin, avec six jours de vivres dans le sac, sous un soleil ardent; U était près de deux heures; je la fis arrêter et je pris position h Ko-at-sun, à sept kilomètres de Tung-Ch^ou*
.Les pertes de l'ennemi ont été considérables ; les nôtres seraient de peu d'importance sans la mort du brave lieutenant de DamaSf Le colonel Foley, commissaire anglais auprès de ma personne, l^ eu son eheval percé de trois balles. Il a été d'une bravoure éclatante dan^ h charge fournie par les sicks,
Je ne veux pas terminer ce rapport sans vous dire, monsieur le mdrMdl » toute U glorieuse §4ti$fHctioii que j'ai éprou-
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vée à diriger cette poignée de braves contre ces hordes conduites au combat par des chefs perfides. Un immense succès pour nos armes a été la conséquence de la trahison et de la félonie du gouvernement chinois, qui nous avait attirée, avec des assurances de. paix, auprès de sa capitale avec des forces qu*il croyait insignifiantes.
J'adresse à Votre Excellence Tordre général de l'armée que j'ai donné aux troupes à la suite de Taffaire du 18. Le général Jamin m'a secondé avec Téuergiô quô V(m« lui connaissez.
Nous avons pris quatre-vingts pièces de canon, dont une partie en fonte et une partie en bronze ; nous avons aus^i enlevé quantité dç bannières de^ différents corps des troupes impériales.
Le courrier anglais part, et je suis tellement pressé, monsieur le maréchal, quejen*ai que le temps de vous adresser c^ rapport; par le prochain courrier français, j'aurai l'honneur de vous ^nvoy^r un ét^t de propoi^itionR et un rapport particulier.
Recevez, etc.
Le général commandant en chef le corps expéditionnaire en ChinCy