CHAPITRE PREMIER
I. — La conduite déloyale du gouvernement chinois à Fembouchure du Peïho dans la journée du 25 juin était un outrage sanglant pour les armes alliées, en même temps qu'elle CQUstituait une violation flagrante du traité signé à Tîen-tsin Tannée précédente. — Une des clauses essentielles de ce traité portait, en effet, que les ratifications ordinaires seraient échangées à Pé*king.
Dans l'exposé de la situation de l'empire (année 1861), le gouvernement français dit :
« Cette conduite annonçait en outre, de la part du gou« Temement chinois, Fintention de s'affranchir du traité de Tien-tsin et de contester aux deux puissances alliées les avantages qu^elles avaient obtenus. L'approbation donnée par l'empereur de Chine aux autorités de Ta-kou ne pouvait laisser aucun doute : il était manifeste qu'il fallait, ou renoncer aux résultats d'une première expédition, ou se préparer^ par un envoi de forces plus imposantes, à faire sentir au gouvernement chinois tout
le danger de manquer au respect des conventions diplomatiques. »
Si le fait lui-même de l'échec du Peï ho n'avait pas sufQ pour déterminer l'empereur Napoléon III à envoyer un corps expéditionnaire' en Chine, des considérations importantes, tirées de l'ensemble de notre situalion dans cet extrême Orient, eussent amené cette grave résolution. L'atteinte portée au prestige de nos armes pouvait avoir un retentissement fatal au Japon. — Laisser impunément violer le traité de Tien-tsin n'était-ce pas affaiblir Tautorité de celui de Yeddo qui, pour la première fois, nous ouvrait un accès dans l'empire du Japon? Notre influence ébranlée en Chine, compromettait aussi l'expédition poursuivie en Cochinchine avec le concours de l'Espagne.— L'autorité incontestée de la force, la puissance d'une armée victorieuse sont, dans ces contrées lointaines, le seul argument qui puisse Jhire plier l'orgueil et dompter le profond dédain de ces peuples étrangers à notre civilisation. S'il était important de leur montrer que nous n'étions pas des barbares^ comme il leur plaisait de nous appeler, il fallait aussi leur prouver que les nations occidentales étaient des nations puissantes et souveraines.
Une nouvelle expédition fut donc décidée par le gouvernement de S. M. Napoléon III d'accord avec le gouvernement de Sa Majesté Britannique.
II. — Mais avant d'en commencer le récit, il est important de faire connaître dans tous leurs détails les évé-