‹ Les expériences sociales de J.-Bte A. GodinChapitre 30 sur 50 · VIII. — Les chapitres précédents ont fait connaître la · texte numérisé non relu

VIII. — Les chapitres précédents ont fait connaître la

THÉORIE DE L’ESSAI DES GROUPES ET DES UNIONS ; IL RESTE A DRESSER LE BILAN DES RÉSULTATS OBTENUS. LeS DOCU-

MENTS QUI SUBSISTENT I 34 REGISTRES DE PROCÈS-VERBAUX, SUR LES 208 QUI ONT DU ÊTRE ÉTABLIS AU COURS DE L’eXPÉ- RiENCE. Gomment il a été possible, sauf peut-être en CE QUI CONCERNE LE FAMILISTERE, DE SUPPLÉER AUX DOCU- MENTS DISPARUS. — Après deux mois de conférences préparatoires, Godin expose son plan, le 7 JUIN 1877, et explique le fonctionnement du système. — Initiatives

DIVERSES PROVOQUÉES PAR CET EXPOSÉ. — La MISE EN TRAIN SE POURSUIT AU COURS DE L’ÉTÉ DE 1877. Le MOIS DE SEP- TEMBRE 1878 MARQUE LE DÉCLIN DE L’ENTREPRISE.

Il nous faut maintenant aborder l’étude des faits et, après avoir demandé à Godin lui-même la théorie de l’expérience, voir ce que cette théorie a donné à l’application.

Nous savons que l’établissement de Guise (manufacture d’appareils de chauffage et d’ustensiles en fonte polie ou émaillée) comptait, au milieu du premier semestre de 1877, 1145 travailleurs des deux sexes (1022 ouvriers ou employés, 59 femmes ou jeunes filles et 64 apprentis de 13 à 15 ans). Nous savons aussi que l’entrée dans 162 groupes différents, correspondant aux 116 services élémentaires de l’usine et aux 46 services analogues du Familistère, avait été offerte à l’option de ce personnel, et qu’en outre, la population féminine (285 femmes environ) logée au Familistère et intéressée, à ce titre, à la bonne marche de ses services, avait été invitée à adhérer aux groupes de son choix. Nous allons donc pénétrer, à la suite des coopérateurs volontaires, dans les salles où vont délibérer les groupes. Mais, au préalable, il ne sera pas inutile de dénombrer sommairement les documents justificatifs de l’exposé historique et .statistique qui va suivre.

On peut admettre qu’il n’a pas dû exister moins de 206 registres de procès-verbaux relatifs aux événements que nous racontons, soit 162 registres de groupes, 38 registres d’unions

et 6 registres de Conseils généraux d’unions. Nous en possédons seulement 34. A première vue, la perte peut sembler irréparable : comment dresser le bilan du travail accompli, s’il nous manque les quatre cinquièmes des procèS‘verbaux dans lesquels ce travail est venu comme s’inscrire au jour le jour ? Mais la réalité est plus rassurante. D’abord, nous avons de bonnes raisons de croire que la plupart des recueils disparus ne contenaient, sous un beau titre en gothique ou en bâtarde, que le procèsverbal d’installation du groupe ou de l’union, et, quelquefois, moins encore : une rame de papier blanc. En second lieu, s’il ne nous reste du Conseil général des Unions du Familistère qu’un registre, — le second, — nous avons au complet les quatre registres du Conseil des Unions de l’Usine. Or, ce fut dans ce Conseil surtout que se produisirent les propositions les plus intéressantes. La plupart d’entre elles parvinrent au Conseil après avoir franchi victorieusement les premières étapes de la filière, ce qui atteste leur valeur. Quant aux autres, leurs auteurs, nous l’avons dit, les introduisirent directement devant le Conseil général, dans leur désir d’abréger pour elles la période,, toujours énervante pour un « inventeur », des études préparatoires. Nous possédons enfin les originaux des propositions, tels qu’ils furent soumis par les intéressés aux corps qui devaient en délibérer, et les rapports individuels auxquels ils donnèrent lieu. Si l’on ajoute à ces sources les conférences faites par Godin à cette même époque et où toute initiative émanant d’un travailleur, lorsqu’elle offrait un mérite réel, trouvait son commentaire, on reconnaîtra que, bien que la plupart des procès-verbaux des groupes et des unions nous fassent défaut, les moyens ne nous manquent pas de suppléer à cette lacune (1).

Ce fut le 29 mars 1877 que, reprenant la série de ses conférences, trop longtemps interrompue à son gré, Godin s’ouvrit à son personnel de ses nouveaux projets. Mais il ne pouvait songer à en exposer de but en blanc, sans préparation, la nature et encore moins le mécanisme. Il fallait d’abord créer à l’idée, si neuve, si déconcertante, une atmosphère favorable. Aussi,

(1) On trouvera, p. 203 et 204 du t. III des Doc. biofifr., l’énumération des documents qui nous ont été conservés.

pendant les deux mois qui suivirent, le fondateur s’efïorça-t-il de conduire ses auditeurs vers son propre idéal, en présentant cette communauté d’aspirations comme la condition et le fondement tout à la fois de l’association à réaliser, dans son établissement, entre le capital et le travail, entre les ouvriers et le patron.

Les assistants écoutaient sans rien manifester. « L’ignorance « du retentissement que l’association annoncée pourrait avoir « sur leur condition, et surtout le fait que, déjà, des parts de « bénéfices et des primes pour travaux exceptionnels s’inscri- « valent en titres de propriété au nom des ayants-droit (1), « au lieu d’être, comme auparavant, versées en espèces, tenaient « les esprits dans l’attente d’éclaircissements plus rapprochés « de leurs intérêts matériels immédiats que les notions de doc- (( trine générale développées .devant eux, quelque importantes « qu’elles fussent pour l’orientation morale de leur vie » (2).

Préoccupé d’amener ses auditeurs « à examiner les questions, « non plus comme le font des salariés en face d’un patron, mais « avec l’indépendance de membres d’une association appelés « à se gouverner eux-mêmes », Godin fait violence à leur mutisme en leur posant, le 10 mai, cette question : « Quelle règle équitable peut servir à fixer les appointements et les salaires ? » Désormais, le charme est rompu, et sur la question qui précède, aussi bien que cette autre : « Les devoirs des patrons », ou sur l’association projetée, le fondateur recueille des communications écrites ou orales qu’il serait trop long d’analyser ici, bien qu’elles jettent un jour curieux sur l’état d’esprit du personnel à cette époque (3).

L’effervescence provoquée par ces échanges de vues sur l’association à naître servait trop bien les intentions de Godin pour qu’il ne s’empressât pas d’en profiter. Le 7 juin 1877, il aborde enfin sans réticence le sujet qui lui tient au cœur : cette association sur laquelle on discute avec plus d’ardeur que

(1) Cf. supra, partie, p. 147.

(2) Doc. biogr., t. III. p. 16.

(3) On les trouvera, reproduites et commentées, au t. III des Doc. biogr,, p. 18 et suiv.

d’intelligence, elle exige pour durer et pour prospérer des hommes nouveaux, elle suppose, comme école préparatoire, l’institution des groupes et des unions. Et ce jour-là, l’idée est exposée avec toute l’ampleur, toute la précision désirables. Précédemment, les trois principaux chefs de service de l’usine avaient pris l’initiative d’une adresse dans laquelle, appuyés par vingtcinq de leurs camarades, ils assuraient le patron de « leur « concours collectif et dévoué pour arriver à transformer ses éta- « blissements.... en une association progressive du capital, du « travail et du talent ». En présence de la voie nouvelle que leur découvre Godin, ils ne veulent pas paraître pris au dépourvu et, le 20 juin 1877, ils s’offrent, en alléguant « leurs fonctions actuelles, leurs aptitudes et leurs connaissances générales », à « former le premier noyau du groupe administratif ». La démarche était habile, mais répondait assez mai au dessein du fondateur, qui n’entendait pas fournir à ses principaux employés l’occasion de se constituer, à l’écart et comme au-dessus du reste du personnel, en une sorte de conseil de gouvernement. Aussi la proposition ne reçut -elle, sous cette forme, aucune suite.

Plus heureuse fut l’initiative d’un autre chef de service, à la fois directeur de la fonderie à l’usine et président élu des huit membres désignés par Godin pour former le Comité administratif du Familistère (1). Le 16 juin, il propose à ce comité de « répartir entre ses huit membres les services d’approvisionnement et d’entretien général du Familistère, en faisant appel aux habitants, « suivant les aptitudes qu’ils se sentiraient », pour qu’ils « se groupent par affinité à l’entour de chacun des membres du comité ». Le 21 juin, Godin approuve ce premier effort de réalisation et expose à nouveau dans ses grandes lignesla technique de l’expérience et les bienfaits qu’il en attend.

Désormais, le branle est donné et l’entreprise suit son cours, non sans se heurter aux obstacles que nous connaissons déjà et à ceux que nous aurons à signaler par la suite. Le 28 juin, 18 groupes existent, — 10 au Familistère, 8 à l’usine, — et

(1) Ce Comité, qui se composait de cinq membres ù, l’origine, avait été créé eu septembr 1871.

ont recueilli des 29 personnes déjà engagées dans l’expérience 67 inscriptions. Le l^r juillet, le fondateur évalue à 180 le nombre des adhérents et à 300 celui des inscriptions. Le 17 août, il annonce que 110 groupes se sont créés, sur les 162 que comporte le Cadre général des fonctions publié le 19 du mois précédent, mais que les Unions, dont l’organisation aurait dû marcher de pair avec celle des groupes, n’arrivent pas à se constituer. Pendant les mois qui suivent, jusqu’en avril 1878, quelques groupes naissent sur le tard, d’autres passent d’une existence purement nominale à une existence effective ; d’autres enfin, après une période de vitalité plus ou moins longue, entrent en sommeil. D’avril à juillet 1878, le déclin s’annonce, puis se précipite. La torpeur gagne d’abord les groupes de l’usine, dont l’activité a été plus féconde, mais, aussi, moins persévérante que celle des groupes du Familistère.

A partir de septembre 1878, les corps représentatifs ne se réunissent plus ; l’esprit d’invention cesse d’apporter sa force vive à la machine, et les rouages, après quelques derniers toura dans le vide, s’arrêtent pour toujours.

IX. — Tableau des Groupes et des Unions qui se sont CONSTITUÉS. Statistique des inscriptions volontaires. Répartition par catégories professionnelles des adhésions AU Familistère et a l’Usine. — Commentaires

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