I. Comptabilité
Inconnu
Inconnu
2® Conseil de direction
A. Nourrieerie et pou-
Education -Instruction
ponnât
(2 Unions de Groupes)
B. Bambinat et écoles
On vient de lire que 321 travailleurs firent partie des groupes de l’usine, et 86, des groupes du Familistère. Il semblerait donc à première vue, que 407 personnes aient répondu à l’appel di fondateur. Mais ce total doit être ramené en réalité à 351 parce que 56 adhérents se classèrent à la fois à l’Usine et ac Familistère, répondant ainsi pleinement aux espérances dt Godin, qui se proposait, nous l’avons montré ailleurs, d’éveillei à une vie plus haute, en chacun de ses subordonnés, à la fois h producteur et le consommateur, l’homme de métier et le chcî de famille. Ce nombre de 56 travailleurs, se révélant à pie(j d’œuvre disciples vraiment convaincus de leur maître, atteint à peine la vingtième partie de l’eiïectif entier du personnel qu comptait à cette époque 1145 ouvriers et employés des deuî<
(1) Ce nombre ne comprend pas, en effet, les inscrip lions de l’Union de: Bains et Lavoirs dont la feuille de constitution et le registre de procôs-verbau> nous font défaut.
(2) Logement et jardins sont incomplets.
sexes. Quant à l’ensemble des 351 volontaires qui participèrent à l’expérience, il ne représente même pas le tiers de cet effectif. Comment se classait cette minorité au point de vue de la profession ? Les patientes recherches de l’auteur des Documents nous permettent de répondre.
S’inscrivirent dans les groupes, soit de l’Usine, soit du Familistère :
1° La plupart des employés, exactement 75 sur environ 82 (1) ;
2° Plus de la moitié des ouvriers du montage, de l’emballage, etc., exactement 115 sur environ 215 ;
3° Plus du tiers des ouvriers mécaniciens, émailleurs, tôliers, menuisiers, etc., exactement 79 sur environ 245 ;
40 Le septième des ouvriers mouleurs, sableurs, etc., exactement 69 sur environ 480 ;
50 Le septième également des femmes occupées dans les services de l’usine ou de l’habitation, exactement 8 sur environ .59, le total des adhérentes, 13, étant obtenu par l’adjonction
de 5 femmes n’occupant aucun emploi et, par conséquent, non ^comprises dans ce contingent de 59 travailleuses. La proportion décroissante que nous révèlent ces chiffres n’a rien qui doive nous surprendre : à la première catégorie, celle des employés, appartenaient (outre les chefs de fonctions, moralement contraints, par leur situation même, à donner le bon exemple), les éléments les plus cultivés du personnel ; les mouleurs et les sableurs, au contraire, ouvriers rudes et souvent sans prépa^ ration professionnelle, unskilled workmen, ne se souciaient guère, une fois la journée finie, de faire succéder l’activité cérébrale à celle des muscles.
51 nous considérons d’autre part le chiffre global de la population masculine (1022 hommes) et de la population féminine (285 femmes) appelées par Godin à participer à la représentation du travail, nous constatons que 33 % parmi les hommes, et 4,5 0/0 seulement parmi les femmes s’associèrent à ses projets.
. A cette remarque, il convient d’en ajouter une autre qui’ la com-
(1) Ce nombre et ceux qui suivent indiquent le total connu des travail- ^ leurs de chaque catégorie à cette époque.
plète : les travailleurs (employés et ouvriers) habitant le Familistère ou aspirant à y demeurer (ce que la plupart firent quand l’achèvement des locaux le leur permit) forment la grande majorité des 338 volontaires hommes inscrits dans les groupes. Il va sans dire aussi que les 56 coopérateurs d’élite qui se classèrent simultanément au Familistère et à l’Usine appartenaient tous à la population familistérienne : de cette double particularité, nous avons par avance donné la raison quand nous avons montré .dans l’empressement d’une partie du personnel à occuper les appartements du Familistère le critérium de sa de sa docilité à accepter les enseignements du fondateur.
Le nombre si élevé des abstentions ne surprendra giière le lecteur, s’il a bien voulu nous suivre jusqu’ici dans notre exposé. Est-il nécessaire, pour l’expliquer, d’invoquer une fois de plus la nouveauté de la tentative, dont la portée échappait à la masse, l’ignorance de la plupart de ces hommes, — il y avait dans leurs rangs des illettrés, — qu’effrayait la perspective des votes à émettre, des règlements à élaborer, des rapports à méditer ou à écrire, et, enfin, la conviction, enracinée chez eux comme chez le commun des travailleurs, que le temps de présence passé à l’atelier, en échange du salaire convenu, libère le. salarié de toute obligation vis-à-vis de celui qui l’emploie ? On objectera sans doute que ce personnel, pro-mis à l’association, n’avait pas, en bonne logique, le droit de penser sur ce point comme les salariés vulgaires. Mais combien étaient-ils alors, ceux qui avaient foi en l’association ? Plutôt que de s’abandonner à ce rêve, ne valait-il pas mieux se ménager, par une abstention prudente, la faveur du fils du fondateur, héritier tout désigné de son père, dont il était loin de partager les conceptions sociales ? Quant aux femmes, absorbées presque toutes par les soins domestiques, l’idée de s’intéresser spontanément à cette étrange entreprise de parlementarisme industriel ne pouvait que les effarer. — Elles avaient, dira-t-on, la ressource de se réserver pour les groupes du Familistère où leur intervention était tout indiquée, et même, à le bien prendre, indispensable. — Il est vrai, et c’est pourquoi la rareté des inscriptions féminines au Familistère suffirait, à défaut de tout autre symptôme à nous éclairer sur l’extrême hardiesse de la tentative :
neuf femmes seulement se firent inscrire à T Union du logement, et, dans cette Union même, le groupe de la Lingerie, faute d’adhésions, ne put se constituer ! Trois unions seulement sur onze, celles du Vêtement, de la Nourricerie et des Ecoles, trouvèrent un contingent suffisant de collaboratrices. Encore fautil noter, en ce qui touche le département de l’Enfance, que, sans la présence du personnel féminin enseignant, encouragé à l’action par certains membres de la famille du fondateur, il aurait peut-être subi le sort des autres services de l’habitation, (jardins, alimentation, basse-cour, etc.), à qui le concours des familistériennes fit entièrement défaut (1).
Poursuivons notre analyse du registre des inscriptions. Sur les 351 volontaires qui prirent part à l’essai, 265 se classèrent à l’usine seulement, 30 (17 hommes et 13 femmes) au Familistère seulement, et 56, nous l’avons dit, simultanément au Familistère et à l’usine. Sur les 265 travailleurs de la première catégorie, 89 (soit un tiers environ) s’inscrivirent dans un seul groupe, celui qui se rattachait le plus directement à leur occupation journalière ; 68 s’inscrivirent dans deux groupes, dont 47 dans des groupes contigus par leur objet (par exemple, dans l’union du Montage, le groupe des poêles et celui des calorifères), et 21, dans des groupes appartenant à deux unions différentes ; 45 s’inscrivirent dans 3 groupes, ces groupes, pour 23 d’entre eux, relevant d’une même union : 28 adhérèrent à 4 groupes ; 15, à 5 groupes ; 12, à 6 groupes ; 3, à 7 groupes ; 2, à 8 groupes ; 1, à 9 groupes ; 1, à 23 groupes, et 1, enfin, (un fantaisiste) è 55 groupes appartenant à 15 unions différentes. Ainsi, comme on pou\ait d’ailleurs s’y attendre, dans cette échelle des répartitions, les nombres des membres et ceux des groupes suivent une progression inverse : la plupart de nos gens ne se soucient pas d’aller de groupe en groupe à la poursuite des besognes les plus dissemblables. Ils vont au plus près, si
(1) Sur les 159 inscriptions aux groupes de l’enfance, les 13 femmes qui participèrent à la tentative en couvrirent 65 à elles seules; 5 d’entre elles n’appartenaient pas au personnel salarié. Les 73 hommes qui adhérèrent aux groupes du Familistère se partagèrent les 94 inscriptions restantes. Conclusion : les 200 travailleurs logés dans l’habitation unitaire, pères pour la plupar l, se sont généralement désintéressés d’un service qui aurait dû leur tenir au cœur, et les mères de famille ont montré moins d’empressement encore.
l’on peut dire ; ils se cantonnent dans le petit domaine que l’habitude leur a rendu familier.
Cette conclusion, il est vrai, ne se vérifie pas avec la même rigueur en ce qui concerne les 30 adhérents aux groupes du seul Familistère ; ici, 4 travailleurs (2 hommes et 2 femmes) n’appartiennent qu’à un groupe; 2 s’inscrivent dans 2 groupes; 3, dans 3 groupes; 3, dans 4 groupes; 3, dans 5 groupes; 2, dans 6 groupes, etc. Prenons la série par l’autre bout : 3 participants (1 homme et 2 femmes) sont inscrits chacun dans 17 groupes, reliés à 3 ou 4 unions ; 1 membre se classe dans 18 groupes, et un autre, le plus, zélé de tous, se déclare prêt à faire profiter 20 groupes de la multiplicité de ses aptitudes. Cette diversité n’est pas moins grande chez les 56 travailleurs de la troisième catégorie inscrits à la fois au Familistère et à l’usine : elle est composée en majorité d’employés, de surveillants et de chefs de service, et l’on comprend que la curiosité d’esprit y soit plus éveillée. Si 3 de ses membres poussent la modestie jusqu’à l’extrême (chacun d’eux n’adhère qu’à un groupe de l’usine et un groupe de l’habitation), 25 autres volontaires couvrent 10 inscriptions ou plus encore et, parmi eux, un contremaître constructeur, un contremaître mécanicien et un chef comptable se classent respectivement dans 25, 30 et 33 groupes.
D’une façon générale, l’examen détaillé des inscriptions nous révèle que les groupes comptèrent des effectifs fort inégaux, depuis 3 adhérents (par exemple le 2® groupe. Entretien des machines à vapeur, de l’union des Machines et Outils), jusqu’à 49 adhérents, ce dernier chiffre ayant été obtenu à l’usine dans un groupe (union du Montage, groupe 1, appareils de cuisine), dont l’objet, des plus simples, mais aussi des plus essentiels — ces appareils représentant la principale fabrication de l’usine — était à la portée d’un grand nombre de travailleurs. En décomposant les 49 inscriptions dont il s’agit ,rauteur des Documents a pu se rendre compte qu’elles émanaient : 1® de 21 monteurs d’appareils de cuisine qui n’étaient inscrits dans aucun autre groupe ; 2® de 9 autres monteurs, classés en outre dans un groupe différent, mais dans lequel il s’agissait encore du montage des produits : soit 30 inscriptions sur 49. Les 19 restantes provenaient de membres inscrits dans 2 à 6 groupes relevant de
plusieurs unions, ce qui s’explique, si l’on sait que les nécessités mêmes du travail, en faisant passer parfois les ouvriers d’une occupation à une autre, contribuaient à élargir un peu leurs connaissances, sans cependant les détourner en général de leur spécialité professionnelle.
On peut dire, ajoute en substance notre guide, que, d’une façon générale, les individus se sont classés dans le ou les groupes dont les objets étaient en rapport avec leur besogne journalière (1) : 190 inscrits, soit plus de la moitié, ne relèvent que d’une seule union. Les groupes dont l’objet était le soin des machines, la création d’outils, de modèles, etc. (travaux qui occupaient relativement peu d’ouvriers, et par conséquent restaient ignorés de la presque totalité du personnel) ne comptèrent pas plus de dix adhérents.
Le même fait se produisit pour des travaux plus simples, mais n’occupant qu’un personnel relativement restreint : fabri-
(1) Dérogeant à la règle que nous nous sommes imposée de ne pas citer de noms propres au cours de notre travail, nous donnerons, à titre d’exemple, la composition de deux groupes très voisins, les groupes 3 et 4 de TUriion du Montage. La similitude des travaux a entraîné, pour une part, l’adhésion des mêmes travailleurs à l’un et l’autre groupe :