UNION DU MO''NTAGE
Groupe n^ 3 • Cheniînées Président :
Monaque Albert, mmnteur ;
Vice- Président :
Andrieux Charles, monteur ; Secrétaire :
De Roo Eugène, employé aux écritures du montage ; Secrétaire-adjoint :
Berlemont Etienne, monteur ; Membres :
Poulain Joseph, monteur ;
Damien Henri, »
Lamy Jules, »
Bulté François, »
Pennelier Célestin, »
Laporte Emile, surveillant de fonderie ;
Andrieux Antoine, monteur ; Dirsou Jean-Baptiste, »
Dassonville Charles, » - Jumeaux Emile, »
Groupe n° 4 : Calorifères Président :
Lamy Jules, monteur ;
Vice- Président :
Berlemont Etienne, monteur ; Secrétaire :
Monaque Albert, monteur ;
Secrétaire- adjoint :
Dassonville Charles, monteur ; Membres :
Ténière Adrien, monteur ; Lefèvre Jules, »
Magnier Victor, »
Quent Victor, »
Routier Joseph, »
Poulain Joseph, »
Damien Henri, »
De Roo Eugène, employé aux écritures du montage ;
Bulté François, monteur ;
VÉRON Emile, »
Dugiiemin, taraudeur ;
Jumeaux Emile, monteur.
cation des briques réfractaires, entretien des bâtiments, écuries, etc. Les groupes s’occupant de la comptabilité générale»des écritures d’ateliers, des prix de revient, etc. réunirent en certains cas jusqu’à 14 adhérents : le nombre des commis aux écritures était assez considérable et la plus grande partie des employés s’était, on l’a vu, inscrite dans les groupes. Pour les travaux peu courants, comme l’achat des matières premières, l’utilisation des forces motrices, le transport économique des produits, etc., travaux exécutés par un personnel très peu nombreux, les groupes ne comptèrent pas plus de trois travailleurs, ceux-là mêmes qui étaient déjà initiés à la fonction.
Au Familistère, par contre, la répartition des volontaires entre les groupes fut plus égale, sans doute parce que la spécialisation professionnelle ne pouvait plus intervenir pour commander les choix. Pour s’intéresser à l’épicerie ou aux lavoirs, à la distribution des combustibles ou à la conservation des fruits, il suffisait d’avoir le sentiment de l’ordre, le souci de la bonne administration des choses, l’amour du bien général, ou, plus simplement, la préoccupation du profit personnel. Chaque groupe r.ecueillit donc en moyenne une douzaine d’adhésions, à l’exception d’un seul à qui son objet même valut une faveur particulière, celui des Fêtes et Institutions d’agrément : 22 personnes demandèrent à en faire partie. Mais les espérances que ce louable empressement pouvait faire naître furent dém.enties par la suite : un conflit d’attributions entre le Conseil général des Unions du Familistère et le groupe amena celui-ci à se retrancher dans une boudeuse inertie.
Somme toute, il n’y eut pas entre les divers « compartiments » de l’œuvre cet intense, ce perpétuel échange d’hommes, de lumières et de services que le fondateur entrevoyait dans sa conception idéale de l’institution. Godin avait dit dans une de ses conférerîces « qu’un mécanicien pouvait être admis dans les (( groupes des comptables, et vice-versa, pour la meilleure « culture des facultés de tous et la plus complète entente des « fonctions générales de l’industrie », mais il eût fallu chez les hommes appelés à s’exercer dans les groupes une curiosité d’esprit, une activité de pensée, un besoin de s’instruire en se rendant utile, un désir de s’enrichir moralement en se dépensant
pour autrui, qui ne se feront jour dans nos sociétés que par l’élévation de l’être humain à un degré très supérieur de développement intellectuel et moral.
En revanche, Godin put se féliciter d’avoir atteint une autre des fins qu’il s’était proposées. Il avait souhaité, nous l’avons dit, que le groupe devint une école de patience et de bienveillance où régneraient en toute loyauté le respect mutuel des opinions et l’égalité démocratique. L’événement sur ce point répondit à son attente. Nous aurons par la suite l’occasion de résumer dans ses traits essentiels l’oeuvre accomplie par chacun des corps représentatifs du travail, et nous verrons que les hésitations, les divergences d’opinion, les préventions, les résistances individuelles ont souvent nui à la tentative, comme il arrive dans toutes les œuvres qui mettent des hommes en contact permanent. Mais il faut rendre cette justice au personnel engagé dans l’expérience qu’en dépit des conflits douloureux qui se poursuivaient alors Jusque dans la famille du fondateur, un esprit de cordialité et de bon vouloir n’a pas cessé d’inspirer les délibérations des groupes et des conseils. On aurait pu craindre qu’en raison même de la préférence que, très légitiniement, leur témoignait Godin, les habitants du Familistère ne fussent tenus pour suspects par les autres travailleurs qui avaient sur eux la supériorité du nombre. Rien de pareil ne se produisit, comme en témoigne la répartition équitable dans les groupes des honneurs électoraux.
D’autre part, il pouvait être périlleux d’asseoir côte à côte, avec des droits égaux, dans les salles où délibéraient les groupes, des hom.mes que le travail du bureau ou de l’atelier devait remettre quelques instants plus tard à leur vraie place de subordonnés ou de chefs. Mais il ne semble être résulté de cette situation délicate ni froissements, ni rancunes. Les inférieurs ont su reconnaître dans leurs chefs la supériorité du savoir ou de l’expérience, puisque la plupart de ceux-ci ont fait partie des bureaux élus par les groupes, les unions et les conseils généraux.
Inversement, l’égalité n’a pas été sacrifiée à l’autorité, car on a vu de nombreux groupes porter à la présidence ou au secrétariat des ouvriers, alors que les contremaîtres ou les directeurs
qui en faisaient partie demeuraient dans le rang (1). Assurément, l’équité et l’harmonie eussent été moindres si les divers organes de la représentation du travail avaient reçu du « patron » le pouvoir de se prononcer sur les salaires, de discuter les questions de discipline et d’avancement, ou encore de porter des jugements sur les personnes : l’insuccès des tentatives de Godin pour confier au suffrage universel la désignation et la rétribution des capacités nous a édifiés sur ce point. Il n’en demeure pas moins acquis à l’honneur de la tentative qu’elle a pu se prolonger dix mois sans que le bon ordre et la discipline, indispensable aux armées industrielles comme aux autres, aient été sérieusement mis en péril.
Jusqu’ici, nous avons surtout étudié la constitution des groupes. Mais s’inscrire et travailler font deux. Il est temps de voir à l’œuvre nos 351 volontaires.