‹ Les exploits de Capestoc [microforme]Chapitre 2 sur 22 · PRE ESA · texte numérisé non relu

PRE ESA

truit au bord d'un vaste «t calme étang, il fallait suivre la route qui s'amorçait à gauche du pavé du roy, au lieu où s'élevait l'église romane dont il a été queson plus haut, et autour de laquelle se construisit plus tard le village de Galluis.

Voilà pourquoi, ce matin d'avril de l'an de grâce “el cent quarante-deux, le capitaine-lieutenant aux carde Henri de Capestoc avait quitté Paris par la porte de Buci, avait jeté, en passant, un coup d'oeil au petit pavillon de chasse que le Roy Soleil devait translormer en le somptueux palais de Versailles, et enfin, aprés avoir vidé une Louteille de vin de baune au bourg de Pontchartrain, s'était dirigé vers la butte au haut ‘le laquelle il allait trouver la route qui devait le conduire à la Mortmare,

Déjà, tout là-haut, dominant les futaies, il apercevait la tour de l'église de Galluis, et il poussa son cheval car le soleil, avant presque achevé la moitié de sa course, marquait qu'il pouvait bien être dix heures.

Allons! pensa Capestoc, encore trois petites lieues et je pourrai serrer dans mes bras ce cher Lionnel que Je n'ai pas vu depuis bientôt six mois. Hätons-nous, car de ce train j'arriverai sûrement bien après l’heure du déjeuner, et, par la sangdious ! j'ai l'estomac dans les talons. .

Le cheval du Gascon, de son côté, devait se tenir le même rais nement, Comprenant sans doute qu’il approchait de la botte de foin et du picotin d’avoine qui allaient le récompenser d'une pareille course, il ne se fit pas répéter deux fois l’ordre que lui communiqua Capestoc du bout de ses éperons. D’un trot sec et régulier, il grimpa les cinq ou six cent pas de côte qu'il avait devant Jui, et, parvenu au sommet de la butte, en bête intelligente qui connaît le chemin, il tourna de lui-même à gauche.

Et tout à coup, emome il approchait de la vieille

église et de son pauvre presbytère, il sembla au Gascon entendre des cris :

-Oh ! oh ! qu'est cela ? dit-il,

Mais il n'eut pas le temps de s'étonner davantage, Au méme instant, il ‘perçut distinctement trois homnes sortir en hâte du presbytère, remonter à cheval et disparaître dans la forêt.

— Arrête! arrète catauille! cria le Gascon qui, éperonnant son cheval, se lança dans direction du vieux moulin,

Mais il n'avait Pas fait vingt pas dans Je fourré, qu'une balle sifflait à son chapeau et qu'une troisième s'enfonçait dans le poitrail de son <heval qui s’abattit sur le coup,

Parfandious ! jura le Gascon.

Mais il était démonté, et il entendit au loin comme un éclat de rire répondre à son Juron, en même temps que le pus des chevaux s'éloignait et devenait indistinet,

Tout cela avait été si prompt que Capestoc en demeura comme pétrifié. Cependant, il reprit ses esprits.

—Qu'est cela ? dit-il. Ces cris qui partaient du presbytère, ces trois hommes qui s'enfuyaient et qui ont voulu me tuer, ou je me trompe fort, ou il vient de se commettre un crime par ici. Avec tout ça, les malandrins 1,/ont tué mon meilleur cheval. Enfin, il n’y äd'"ait que cela ce ne serait qu'un demi mal, après tout... inais j'ai bien peur... allons voir un peu ce qui se passe au presbytère,

Et, ayant enlevé les deux pistolets qui reposaient dans les fontes de sa selle, il les plaça à sa ceinture, et, résolument, se dirigea vers le presbytère,

On l'a dit, ce presbytère était une petite construction basse adossée à la vieille église romane ; un petit jardin le précédait, clos de murs et auquel on accédait PAT Un grand portail de bois donnant sur la route.

urré, ième attit

mme

ps dis-

Capestoc trouva ce portail grand ouvert, Rien d'anormal ne lui apparut dans le jardin, sinon que les plates-bandes avaient été foulées au pied des chevaux que les trois malandrins avaient dû y lâcher, Mais, ayant pénétré dans le presbytère, un terrible spectacle se présenta à ses veux. Dans la salle qui devait servir d'oratoire au desservant de l'église, un homme était étendu dans une mare de sang. Détail horrible, cet homme était un vieillard plus que sexagénaire et Capestoc reconnut en lui le prieur de l’église de Galluis.

—Oh !'oh ! pensa Capestor, je ne m'étais pas trompé. Il vient de se commettre ici un crime éponvantable, et je suis arrivé trop tard pour l'empêcher,

Et s'étant penché vers le vicillard, il s’aperçut que see assassins l’avaient criblé de coups de poignard et que son sang s’écoulait par plus de vingt blessures.

Que faire ? Capestoc se trouvait fort embarrassé devant ce cadavre. T’église s'élevait en plein bois, et de ce fait le presbytère se trouvait fort éloigné de toute habitation. ‘Appeler eût été bien inutile : personne n’eût entendu son appel.

—Ma foi, pensa Capestoc, je re puis laisser ainsi un chrétien et un prêtre. Qui sait ? malgré ses horribles blessures, peut-être n’est-il pas mort. Je vais toujours le transporter sur son lit, lui prodiguer les premiers soins si c’est nécessaire, et après, ma foi, je verrai à aller chercher du secours.

Et incontinent le Gascon se mit à l’oeuvre. 11 souleva le cadavre, et, ayant aperçu un lit dans une chambre à côté de l’oratoire, il y transporta le vieillard qu'il se mit en demeure de dévêtir.

Mais tout à coup, et à son grand étonnement, un tressaillement sembla parcourir le cadavre.

—Holà ! fit Capestoc, mais il n’est pas mort.

En effet, le veiillard ouvrit les yeux, regarda autour

de lui avec une expression de terreur indicible, et murmura, si doucement qu’on eût dit un souffle :

—Les misérables !

Puis, son regard ayant rencontré le Gascon, il le contempla une seconde et :

—Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? balbutia-t-il.

—Je suis un homme qui est arrivé trop tard pour pour défendre, répondit le Gascon, mais qui fera l’impossible pour vous sauver.

Le vieillard hocha la tête :

—Me sauver ? Ils m'ont tué, les misérables ! Et comme si l’effort qu’il venait de faire pour prononcer ces quelques mots l’avait épuisé, sa tête retomba sur loreiller.

De plus en plus, Capestoc était perplexe. Il s’'entenGait fort mal à soigner un vlessé et il se voyait contraint d’avouer que, jusque-là, il avait été plus expert à trouer des poitrines qu’à les recoudre.

Cependant, ayant rôdé par le presbytère, il fit par découvrir quelques linges, et dans un placard deux ou trois flacons d’un vin qu'il jugea tout de suite vénirable et savoureux. grâce aux nombreuses toiles d’araignées qui leur faisaient une poudreuse parure.

—Voilà mon affaire, se dit le Gascon ; j’ai toujours oui dire qu’il n’y avait rien de tel pour cicatriser une blessure comme de l’oindre d'un vin généreux. Ah! si mon excellent ami Bobignasse ne ramais point les galères du roy à cette heure, et qu’il se trouvât près de moi, il aurait vite fait de remettre ce vieillard sur pied, grâce au vulnéraire miraculeux qu’il tenait de sa bonne tante Pétronille. Mais, hélas! Bobignasse n’est pas ici : faisons pour le mieux.

Et muni de ses chiffons ct de son vin, Capestoc revint vers la chambre où le vieillard était toujours évanoui. ;

Ayant versé la moitié d’une bouteille de vin sur un

mur-

il le

k pour l’im-

Et ncer sur

’enconpert

par ou in'$-

rai-

des linges, Capestoc dévêtit le pauvre prêtre, et une à une se mit à laver les nombreuses blessures dont le corps décharné de cette victime sexagénaire était copieusement couvert.

Et, tout en frottant avec une légèreté de main dont il ne se fût pas cru capable, Capestoc monologuait :

—(’est égal, je ne serais point fâché de connaître les malandrins qui ont ainsi assassiné ce vieillard et qui, par surcroît, on essayé de m’arquebuser tout à l'heure. Car, il n'y a pas à dire, si je suis encore vivant, je le dois à la bonne étoile qui me guide et qui veille sur moi, car j'ai entendu les balles siffler à mon oreille, et si j'avais eu seulement deux pouces de plus, au lieu de percer mon chapeau, c’est ma cervelle que le petit morceau de plomb eût mise en capilotade. Avec tout ça, ils ont tué mon meilleur cheval, et je ne sais comment je vais faire pour aller jusqu’au château de la Mortmare, où M. de Puyroland doit s’inquéter de ne point me voir venir. Bah ! j'arriverai quelques heures plus tard, voilà tout. En attendant, tâchons de rendre la vie à ce pauvre prêtre, que ces malandrins ont arrangé de la belle façon.

— Certes, oui, je ne serais pas fâché de les connaftre, ces trois hommes, continua le Gascon. Outre que j'aurais un réel plaisir à leur faire payer mon chapeau et mon cheval, ils pourraient me dire dans quel but ils ont assassiné ce pauvre vieillard. Ce ne peut être pour le voler, bien que je voie tous les meubles sens dessus dessous et que le secrétaire soit éventré. Non! un prêtre n’est point si riche pour qu’on se mette à trois pour le dévaliser, le bénéfice en serait trop infime. Alors quoi ?

Mais Capestoc n’alla pas plus loin dans son monologue, Le vieillard rouvrit À » äpercevant Île Cascon en trair de le soigner :

—Înutile, mon enfant, fit-i' avec un triste sourire,

ES Yeux, €

ire

et, d’une voix expirante: Je suis blessé à mort, et tous vos soins ne parviendront pas à me ressusciter, Uapestoc s'arrêta de frotter et considéra le vieillard. —Je vais mourir, continua celui-ci, d’une Voix qui allait de plus en plus s'affaiblissant, je le sens ; à peine ai-je encore quelques minutes à vivre, —Parfandious ! s'écria le Gascon, ne dites point de ces choses ! Vous vivrez, au contraire, vous... Mais le vieillard l’arrêta d'un geste :

—Non ! non! fit-il, les malheureux ont bien fait leur besogne de mort.

—Au moins, vous avez vu vos assassins ! Quels sontils, dites-le-moi, que je vous venge !

—Mon fils, répondit le vieillard, un chrétien qui meurt ne doit pas songer à Ja vengeance. Je pardonne à mes meurtriers, —Cadédious ! grommela le cadet entre ses dents ; moi qui ne vais pas mourir, je ne leur fais pas grâce ! —Dites-moi votre nom, plutôt, continua le vieillard, qu'avant de mourir je sache au moins quel est l’homme qui a essayé de me sauver.

Je m'appelle Henri de Capestoc, et je suis lieutenant aux gardes du cardinal.

En entendant ce nom, l'oeil du vieillard sembla s’allumer d'une flamme de joie.

! murmura-t-il, Capestoe ! N’êtes-vous point l’ami du due de Belyeuse, dont le château est voisin d'ici ?

—En effet, ej suis l'ami du duc de Belyeuse.

—Que béni soit Dieu! dit le veiillard en joignant les mains,

Et comme le Gascon s'étonnait :

— Monsieur de Capestoc, continua le mourant, vous êtes homme d'honneur, ja le sais. Aussi, je puis me confier à vous, et je suis certain que vous obéirez pieusement à ma dernière volonté.

—Capestoc

PS

—Parlez, mon père ! dit Capestoc ému.

—Ecoutez. Les trois hommes qui m'ont tué ne l’ont fait que pour s'emparer d’un papier. Ce papier, il était là, dans ce meuble que vous voyez éventré.

De sa main tremblante, il désigna le secrétaire que Capestoc avait remarqué tout à l’heure.

—Ce papier... reprit le vieillard.

Mais il dut s'arrêter. Un flot de sang monta jusqu’à sa bouche et il devint subitement d’une pâleur livide.

Capestoc, frémissant, s'était penché vers lui.

Faisant un effort surhumain, le vieux prêtre se souleva ceepndant, et, de son doigt, indiquant le mur qui faisait face à son lit :

—Là... sous cette vierge... un bouton... poussez!

Capestoc obéit, machinalement. Il se dirigea vers la statuette de la vierge que le mourant lui désignait, et, sous le socle, sa main ayant rencontré un bouton, il le poussa. Aussitôt, une, sorte de panneau s’ouvrit dans le mur, laissant apercevoir une cache profonde. Capestoc y plongea la main et en retira une enveloppe fermée de cinq sceaux de cire jaune. Puis il revint vers le vieillard.

Celui-ci avait suivi tout ce manège, de son œi! hagard où la inort posait déjà son ombre.

—BRien ! fit-il enfin... Ecoutez... Monsieur, écoutez : cette enveloppe... vous... ne l’ouvrirez jamais. … jamais... car il faut que les sceaux soient intacts... Seulement, quand le moment sera venu... vous la remettrez... à... à...

L’agonie arrivait foudroyante, et le vieillard étouffant ne put prononcer que des mots sans suite.

Et Je Cascon s'étant penché entendit encore :

—Péril de mort... secret terrible... enfant volé... fille véritable... Jacques Gravier... maréchal...

Et ce fut tout.

Le corps du pauvre prêtre fut tout à coup secoué par

SE

un suprême tressaillement, un filet de sang s’échappa de sa bouche, et il mourut emportant dans la tombe son formidable secret.

Capestoc demeura stupéfié devant cette agonie et cette mort soudaine.

Mais plus encore que ce spectacle, les paroles confuses et mystérieuses que le prêtre avait prononcées avant de mourir stupéfiaient le Gascon,

De quel drame redoutable était-ce là le dénouement, et quel formidable problème posait cette mort, dont il ne connaîtrait peut-être jamais la solution ?

Et il demeurait là, béant. tenant encore à la main l'enveloppe scellée de Jaune dont le moribond lui avait indiqué la place,

Combien de temps demeura-t-il dans cette prostration, il n'aurait su le dire. Le bruit d’une porte qu’on ouvrait le tira de sa sombre rêverie,

Et, tout de suite, il aperçut le trou mystérieux qui s'était ouvert dans la muraille, et Où il avait trouvé l’enveloppe.

— Quelqu'un! fit-il en tressaillant, Qu'on ignore le secret que ce prêtre m'a confié!

Et, de nouveau ayant appuyé sur le bouton, le panneau se referma, et l'oeil Je plus exercé n’eût pu reconnaître dans la muraille la place qu’il occupait.

Au même moment, une femme entrait dans la chambre, En voyant Capestoe, elle s'arrêta stupéfaite, mais tout de suite son regard se posa sur Je lit, et, apercevant le prêtre étendu sans vie, elle poussa un cri :

—Mon maître! mon bon maître! Et s’effondrant près du mort, elle se mit à sangloter.

Comprenant que ce devait être là quelque femme au service du vieux chapelain, Capestoc la laissa pleurer, respectant sa douleur.

Ii avait eu je temps de faire disparaître l’enveloppe, qu’il avait cachée dans son pourpoint.

happa tombe

ie et

onfuavant

nent, nt il

main avait

strau’on

qui l'en-

e Je

Cependant, un certain temps s'étant passé et la femme pleurant toujours, le Gascon s’approcha et doucement lui tapa sur l'épaule.

A ce contact la femme tressaillit, elle se releva hagarde et regardant Capestoc, les yeux affolés :

—Que voulez-vous? Qui êtes-vous ?

—ui je suis, répondit Capestoc, je suis un passant qui es tentré ici, attiré par des cris de mort, et qui a trouvé ce vieillard assassiné, Ce que je veux? Savoir qui est ce vieillard, qui vous êtes vous-même, et vous demander si vous pouvez me fournir quelques renseignements sur ce qui vient de se passer ici.

La femme considérait le cadet comme si elle ne comprenait point ce qu'il disait.

—Eh bien! m'entendez-vous ? répéta Capestoc. Que savez-vous ?

La femme passa sa main sur son front.

—Je sais que mon maître est mort, voilà! réponditelle avec un désespoir farouche.

—Ce vieillard était votre maître ?

—Depuis plus de trente ans j'étais à son service.

—Comment se nommait-ii ?

—Pierre Dusablon.

—Et pouvez-vous supposer pourquoi on l’a assassiné ?

—Oh! le sais-je! répondit la femme, lui qui était si bon ,si doux et si charitable, et qui, à trente lieues à la ronde, ne comptait que des amis! C’est, pour sûr, les trois hommes qui sont venus ce matin.

—Les trois hommes? demanda Capestoc tressaillant, pressentant qu’il allait avoir sans doute le clef du mystère.

—QOui! oui! trois hommes qui sont arrivés ce matin, trois hommes d’épéé, trois soldats. Ils ont frappé à la porte, demandant l'hospitalité pour quelques heures, car, disaient-ils, ils avaient chevauché toute la nuit.

—Is étaient donc à cheval ?

—Oui! M. le chapelain, qui était si bon, les a fait entrer et leur a fait servir à boire et à manger.

—Après? demanda Capestoc.

— Après! Après! Ils ont dit qu'ils avaient une lettre très perssée à remettre au prieur de l’abbaye de Méré, mais qu'ils étaient si fatigués, que M. le prieur attendrait quelques heures, quoi qu'il en pût advenir.

—Alors ?

— Alors, M. le chapelain m'a appelée, et comme l’abbaye n'est qu'à une demi-heure d'ici, il m'a ordonné de monter sur sa mule et de porter tout de suite cette lettre, qui ne souffrait aucun retard ; pendant ce tempslà, les trois hommes souffleraient un peu.

—C'était pour vous éloigner!

—Sans doute.

—Que contenait cette lettre ?

—Rien! M. le prieur l’a ouverte elle ne contenait qu'une feulle de papier blanc. M. le prieur m'a dit alors qu’on s'était joué de mon maître et de moi. Maïs, je ne sais pourquoi, j'ai cu peur. (C'était un pressentiment sans doute, et je suis venue, et on a assassiné mon maître !

Et la pauvre femme se mit à pleurer, couvrant de ses larmes les mains de son maître.

Capestoc songeait. Les trois assassins étaient les trois hommes qu'il avait vus sortir du presbytère et dont il avait essuyé les arquebusades. Ils n'étaient venus dans ce lieu que pour assassiner le chapelain, et ce meurtre n’avait eu d’autre but que de voler au vieux prêtre un papier qu’ils savaient être en sa possession. Quel était ce papier ?

—Pardieu! se dit Capestoc, pour avoir la clef de cette énigme, je n’ai qu’à ouvrir l’enveloppe...

Mais tout à coup il se rappela les paroles que le vieillard avait prononcées.

NE je

fait —Oui! mais si j'ouvre cette enveloppe, je transgresse aux volontés du mourant.

—Bah! fit enfin Capestoc avec un haussement d'étre paules qui lui était familier. Ma présence est inutile ré, dans ces lieux. Allons trouver M. de Puyroland. Il en- est plus expert que moi en toutes ces politiques et je

suis sûr qu'il me dictera mon devoir.

Il s'était approché de la femme, qui n'avait cessé de ab- sangloter :

de —Bonne femme, je n'ai plus rien à faire ici. Je let- continue ma route vers le château de Mortmare, où je ps- me rendais quand ce triste événement m'a arrêté, Ar-

rivé au château, je vous enverrai du monde.

3 La femme considéra Capestoc :

é —Allez! Monsieur, répondit-elle avec une voix d’au delà.

ait dit VER itilon de les et vece UX on.

de

M. de Capestoc connaissait bien le chemin qui conduisait au château de la Mortmare.

Bien des fois, depuis deux ans, il avait fait cette route, à laquelle la belle forêt des Yvelines fait un dôme de verdure et que les sanglantes bruyères et les verdoyantes fougères couvrent du tapis le plus merveilleux.

Et toujours il avait chevauché dans cet admirable paysage l’âme heureuse et le coeur content.

C'est que la vie avait été douce au Gascon. Après les aventures périlleuses du début, qui ont fait le sujet de la première partie de ce récit, Capestoc n’avait eu qu’à se louer de l’existence qu’il avait menée à la cour.

Pourvu d’une lieutenance à la première occasion, ainsi que le cardinal le lui avait promis, il n’avait partout rencontré que des amis, et la protection de Richelieu s'était si clairement démontrée, qu’en fort peu de temps le cadet était devenu comme une sorte de petit personnage.

Aussi la brave gaieté et la joyeuse insouciance qui faisaient le fond du caractère de Capestoc n’avaient fait que se développer, et il n’était pas d’homme plus réjoui ni plus content de son sort que ce Gascon, à la cour du roy Louis XIII.

Et l’on comprendra que cette joie de vivre s’excerçait encore davantage, si l’on peut dire, lorsque, pouvant fuir quelque temps le Louvre ou Saint-Germain, M. le lieutenant aux gardes s’en venait serrer la main

| con-

cette n dôet les rveil-

irable

Après sujet uit eu cour.

asion, t particheeu de petit

e qui t fait 1S ré-

à la

exCcer-

poumain, main

à son vieil ami Lionnel de Puyroland, aujourd’hui duc de Belyeuse.

Mais ce jour-là, tandis qu'il chevauchait, la vieille mule du curé remplaçant son cheval tué, sur la route ombragée de la Mortmare, la face ordinairement si radieuse du Gascon se barrait d'un pli profond de préoccupation et une ombre d'inquiétude assombrissait son front d'ordinaire si calme.

C’est que, quoique Gascon, quoique lieutenant aux gardes, et bien que sur les champs de bataille ont ait déjà vu mourir pas mal de gens, ce n’est pas sans un certain serrement de coeur qu’on assiste à cette terrible et suprême lutte que se livrent dans l’agonie la vie avec la mort.

Mais ceia n’était peut-être rien encore, et la mort de ce vieillard dont il venait d’être le témoin r’aurait point fait sur son âme une telle impression, s’il n’y avait pas eu le formidable mystère dont elle était entourée.

Et (Capestoc se demandait si cet événement, qui l'avait arrêté devant la chapelle de Galluis-les-Y velines, n’allait pas avoir une importance par trop considérable dans sa vie si calme, si paisible, si tranquille jusqu'à ce jour-là.

Ïl y avait une petite heure que Capestoc cheminait. Il avait dépassé déjà le hameau de Gros-Rouve et venait de s'engager dans cette partie de la forêt connue alors sous le nom si peu poétique de Chêne-Rogneux ; une lieue à peine le séparait de ce château de la Mortmare qui était le but de sa route, lorsque tout à coup, au détour du chemin, il aperçut, à une demi portée d’arquebuse devant lui, une sorte de bûcheron qui s’escrimait tout seul contre un orme plus que centenaire.

l'acier poli de la hache brillait une seconde dans l'air, lançait des éclairs, puis s’abattait lourdement sur le tronc de l'arbre avec un bruit sourd. I’arbre ne te-

sh

nait plus que par quelques fibres ; encore quelques coups de hache, et il allait s'effondrer sur le sol,

—Sandious ! inurmura le Gascon, distrait de ses pensées par ce spectacle, voilà un imbécile qui va se faire tuer s'il n’y prend garde, car cet arbre pourrait bien lui choir sur la tête et l'écraser comme une galette !

En effet, l'orme vacillait déjà sur son immense troue, et, insonciant, le bûcheron cognait toujours

Une pensée charitable jaillit dans l'esprit du Gascon, qui voulut avertir le pauvre hère du danger qu'il courait :

—Hé! J'homme! cria-t-il.

Mais sa voix se perdit dans le formidable fracas que fit l’arbre en s’effondrant, Toutes ses branches craquèrent, emplissant le silence de la forêt du bruit de cette gigantesque chute, faisant comme une pluie de feuilles qui, une minute, voilèrent l'horizon.

Le bûcheron, cependant, avait eu le temps de faire un saut le côté, et il n'avait pas été fracassé par cet effondrement.

Mais tout à coup C'apestoc poussa un nouveau cri :

—Malad'oit !

L'arbre, en tombant, s'était abattu en travers de la route, dressant tout à coup devant le Gascon un infranchissable obstacle, ce qui fait que Capestoe dut arrêter sa mule.

L'homme, cependant, ayant déposé sa cognée, considérait l’orine couché à ses pieds avec cet oeil triomphant et victorieux que dut avoir David quand il eut tué Goliath et qu’il examina ce géant étendu sans vie devant ses pieds de pygmée.

Le Gascon l’interpella :

Eh bien! dit-il, voici de la jolie besogne! Comment vais-je faire pour passer, maintenant que tu as si stupidement barré la route ?

| coups

de ses va se ourrait

ne ga-

imense l'a

rASCON, il cou-

as que 2 cra- ‘uit de uie de

e faire ar cet

cri :

de la un inlut ar-

consitriomil eut ins vie

Com- A as gi

Le bûcheron regarda le seigneur qui l'interpellait ainsi :

—Chacun fait son métier, répliqua-t-il entre ses dents ; le mien est d’abattre des arbres

—Hé! parfandious! l'ami, tu fais bien mal ton métier, voilà! quand on abat un arbre, on tâche qu'il tombe au moins du côté où il ne gênera pas les passants.

Le bûcheron eut un mauvais sourire et, haussant les épaules :

—Que les passants s’arrangent !

Capestoc netait point patient: [l n’aimait pas non plus que l’on haussât les épaules quand il parlait. Un gentilhomme qui s'était une fois permis ce geste avait eu toute l'éternité pour aller sen repentir dans l’autre monde, car le Gascon l'avait tué. Aussi quand il vit ce manant de bûcheron hausser si impertinemment les épaules, il ne put se contenir.

—S$Sais-tu, mordioux! que je n’en vais te couper une oreille ou deux!

—QOuais! faudrait voir! ré} ndit le manant interpellé, qui ne parut pas s’effrayer autrement de la menace,

—C'’est tout vu! répondit Capestoc, ivre ‘le colère. Et, sautant à terre, il se dirigea vers le bûcheron pour exécuter sa menace,

Celui<i ne recula pas d’une semelle, seulement, tournant la tête vers la droite:

—A moi, camarades! cria-t-il.

Et aussitôt deux hommes sortirent d'un fourré et bondirent sur Capestoc.

—Holà! fit celui-ci, qui, prompt comme l'éclair, tira sa rapière et exécuta un rapide moulinet, espérant, par ce seul geste, mettre en fuite les deux hommes qui l’attaquaient ainsi à l’improviste et qu’il pensait être deux vulgaires bûcherons, comme celui qui les avait appelés à son secours.

Mais, à son grand étonemment, il aperçoit ses deux agresseurs dégainer à leur tour, car les hommes qu'i prenait pour des bûcherons portaient une easaque di buffle, des bottes de cuir jaune et une longue coliche marde pendant à leur côté,

Capestoe n'eut pas le temps de réfléchir à cette étran: geté, tout occupé à se défendre contre les attaques di ces hommes auxquels venait de se joindre le bûcheror qui avait trouvé une épée, Dieu sait où, et qui, il fau le dire à sa louange, s'en servait beaucoup mieux qu de sa hache.

Devant ces trois ennemis qui tombaient sur lui au moment où il s’y attendait le moins, tout autre que Ca: pestoc eût pu se considérer comme un homme mort.

Et les trois diables qui, sans aucun doute, ne connais saient point l'homme à qui ils avaient affaire, n'étaient pas loin de chanter victoire, persuadés que leur adver: saire ne pourrait résister à cette triple attaque.

Mais trois hommes n'étaient pas faits pour faire peu à Capestoc. Il s'était trouvé déjà en pire compagnie et des ennemis plus nombreux encore ne l'avaient pa: vu reculer d’un pas.

— Arrière, canaille! huria-t-il en fonçant sur les trois bandits. à

Les agresseurs plièrent sous cette terrible attaque et rompirent d'un pas.

Capestoc sourit: il venait de mesurer la force de ses adversaires, en même temps qu'un petit plan venait dé germer en son esprit inventif.

Le: trois hommes se trouvaient entre lui et l'arbre que le bûcheron maladroit venait d'abattre au beau mi. lieu de Ja route, Et Capestoc pensa que s'il pouvai changer l’ordre de la bataille et se placer entre l’arbr et ses ennemis, tout irait pour le mieux dans le plus charmant des duels.

Il fit donc un saut de côté, et poussa une pointe dan

28 deux 5 qu'il que de coliche-

» étranques de icheron il faut ux que

lui au jue Canort.

onnais- ‘étaient

adver-

re peur pagnie, ent pas

sur les LA

aque et

de ses nait de

l'arbre ‘au mipouvait l’arbre le plus

te dans

le flané droit de l’ennemi, ce qui lui fit faire un demitour à gauche; puis ayant renouvelé la manoeuvre, il se trouva tout naturellement dans la position qu’il avait voulu avo'r,

—Et maintenant, pensa Capestoc satisfait de voir la tournure que prenait l'aventure, il s'agit de ne pas perdre une minute et de frapper un grand coup.

Les trois hommes, cependant, s'escrimaient toujours et essavaient vainement de trouver un petit coin où la parade de leur adversaire leur permit de lui porter un coup mortel. Mais le Gascon paraissait invulnérable. Un mur d'acier ne leût pas mieux défendu que les moulinets prompts et rapides de :on épée, qui lui faisaient une mouvante mais solide barrière de fer. Et depuis cinq minutes que durait ce combat contre trois hommes déterminés à le tuer, Capestoc n'avait pas perdu un pouce de terrain. Tout à coup, les trois bandits poussèrent un véritable rugissement de joie.

Sans doute fatigué par une si rude attaque, le cadet rompait lentement.

—Hardi! compagnons! eria le bûcheron, nous le te- nons! Et férocement ils poussèrent leur pointe.

Capestoc reculait toujours. Mais cela ne l’empéchait point de parer avec une maestria incomparable.

Mais tout soudain, le Gascon ne put plus rompre. Il venait de rencontrer derrière lui le large tronc de l’orme auquel il était adossé.

—ÏTest pris! il est pris! hurla le bûcheron, qui décidément était le chef de cette petite troupe d’assassins.

— Ah! tu crois! cria Capestoc.

Et alors, rapide comme l'éclair, il se fendit et son épée, avant rencontré un obstacle qui n’était autre que la poitrine du bûcheron, elle v pénétra comme dans du sable.

L'homme tomba pour ne plus se reelver.

A ce coup les deux autres reculèrent. Mais Capes-

a Dé

toc ne s'arrêta point pour iuger de l’effet que venait de produire ce prodiigeux coup droit. D’un bond il sauta par-dessus l’arbre qui barrait la route, et avant que les deux survivants fussent revenus de leur effarement, le Gascon était déjà loin, détalant à travers les bruyères.

Deux ou trois balles qui vinrent écorcher l’écorce des arbres autour de lui lui démontrèrent que les bandits étaient revenus de leur émoi; mais, maintenant, il avait mis du terrain entre eux et lui.

Il n'en ralentit point pour cela son allure, et moins d'un quart d'heure après il était devant la grille du château de Mortmare, essoufflé, suant, couvert de poussière, sans chapeau, sans épée, mais vivant.

—Ouf! fit-il enfin. La journée a été rude mais je m'en suis tiré.

“Décidément, ajouta-t-il en riant, il était dit que j'arriverais ici à pied.

Le vieux bidet du curé, on s'en souvient, € meuré de l’autre côté de l'arbre, et Capestoc n'avait pas eu le temps d’aller le chercher.

venait ond il ; avant effareers les

rce des bandits I] avait

moins ille du

> pous-

nais je

lit que

Lorsque Lionnel:de Puyroland, averti par un serviteur qu'un homme le demandait qu’on avuit introduit dans le petit salon du rez-de-chaussée, se trouva en face du Gascon et qu’il le vit dans un aussi piteux équipage, il ne put s’empêcher de rire.

—Quoi! cest vous; monsieur de Capestoc! c’est vous dans cet état!

Ma foi, monsieur de Puyroland, il s'en est fallu de peu que vous ne me vissiez dans un état pire encore. Car si je n'étais le fils de mon père, e’est bel et bien le cadavre de M. de C'apestoe, lieutenant aux gardes du cardinal, que vous auriez maintenant sous les yeux.

Lionnel s’arrêta de rire.

—Que vous est-il donc arrivé, mon ami ? demanda-til affectueusement.

—Ma foi, monsieur de Puyroland, je n’en sais rien moi-même.

—I1 faut cependant que ce soit quelque grave événement, pour que vous veniez ainsi à pied, comme un manant, nu-tête, et le fourreau veuf de son épée.

—Mon cheval est resté à Galluis, avec une balle dans le poitrail; mon chapeau doit être à cette heure entre Gros-Rouve et le C'hêne-Rogneux; quant à mon épée, je l’ai oubliée dans la poitrine d’un pauvre bûcheron qui s’est fâché parce que je lui donnais un conseil sur la facon d’abattre les ormes.

—Que me dites-vous là? demanda Lionnel regardant

EEE

SOn ami pour voir s’il était sérieux ou s’il voulait plaisanter.

—Je vous dis la vérité, Monsieur !

—Racontez-moi donc cela,

—Ma foi, monsieur le due, riposta Capestoc en s'inclinant, je vous avouerai que pour l'instant je serais bien plus aise de prendre un bain que de vous raconter des histoires, Avez donc l'obligeance de me faire donner de l’eau, un habit, du linge, et après cela un bon dîner, car, je vous l'avouerai, j'ai grand'faim. I] est bientôt trois heures, et depuis ce matin Je n'ai rien pris... qu'une balle dans mon chapeau.

—Je vous demande pardon ! répondit Lionnel en souriant. Vous allez avoir tout ce dont vous avez besoi]

Et avant appelé un valet auquel il donna des ordres, Lionnel pria Capestoe de le suivre, ce que le Gascon fit avec la meilleure complaisance An monde.

Moins d'une demi-heure après, Capestoc descendit et vint trouver Lionnel qui l’attendait,

— Enfin me voici plus présentable, fit le Gascon en Souriant; maintenant Je suis votre homme,

— Une minute, répondit Lionnel, souriant à son tour, je ne veux rien entendre avant que vous n'avez goûté de ces pâtés et de ces vins que je viens de tai. préparer pour vous.

—Je vous obtis! riposta Capestoc, qui attaqua les victuailles avee un appétit que nos lecteurs ont déjà vu à l'oeuvre et dont ils doivent se souvenir,

— Ouf! fit-i! enfin, en vidant dans son verre le restant d'une bouteille 6ù tout à l'heure un vin blond et doré souriait, cela Va Mieux, et je crois que je pourrai vous raconter tout ce que j'ai à vous dire en attendant le souper.

—Je vous écoute, répondit Puyroland.

—Avant toute chose, murmura lo Gascon, permettez-

plai-

s’inerais mter don-

bon est

rien

souoil res, ‘ON dit en ur,

ûté pa-

NN

moi une question : Connaissez-vous le vieux chapelain de l'église de Galluis.

—N1 je le connais ? Certes! C'est un brave et digne vieillard que j'aime de tout mon coeur.

—ÆEn ce ces, répondit Capestoc, j'ai une triste nouvelle à vous annoncer,

— Une triste nouvelle? demanda Lionnel en frémis- -ant.

Hélas oui : ce digne prêtre est mort,

— Mort! fit Puyroland, qui se leva comme s’il était mü par un ressort.

— Et mort dans mes bras! ajouta le Gascon.

Que me dites-vous ]à ?

—Ce que j’ai vu.

Mais c'est impossible! De quoi est-il mort, lui qui hier encore...

—A\ttendez et calmez-vous, continua le Gascon impassible, car, mon ami, vous n'êtes pas au bout de vos étonnements. Permettez done que je reprenne mon récit, et que je le reprenne de plus haut.

Lionnel écoutait le Gascon, impatient. Ce qu'il venait de lui apprendre le troublait étrangement et il avait hâte d'en connaître les détails.

—Je dois vous dire d’abord, reprit le Gascon, que, ce matin, j'ai quitté Paris de fort bonne heure, dans l'intention de venir vous serrer la main : car là où Je vais, bien souvent on n’en revient pas.

— Vous partez ?

—QOui! Le roi a décidé d'aller voi: prendre Perpi- <nan aux Espagnols : le cardinal l'accompagne et les gardes suivent toujours le cardinal, comme vous ne l’ignorez pas. Done, laissant ma compagnic-aux soins de M. de Brunière, mon brigadier, tandés que le cardinal sortait par la porte Saint-Jacques, moi je quittai Paris par la porte Buci, afin de venir vous présenter mes respects, et ensuite de rejoindre ma compagnie

à Montereau ou à Sens Tout a bien marché tant que j'ai chevauché sur la route de Brest. Mais ayant pris lé chemin qui conduit chez vous, mon cher due, et comme je me trouvais à une demi-portée d’arquebuse à peine de la petite église de Galluis, un étrange specta-

cle se présenta à mes yeux.

— Un spectacle? demanda Puyroland.

—Oui: trois hommes ‘sortaient en courant du presbytère, sautaient sur leurs chevaux et disparaissaient dans le bois, tandis que des cris de mort partaient de lPintérieur du presbytère,

—C’étaient les assassins du chapelain ? |

—Tout porte à le croire. Comme bien vous pensez, je me mis à leur poursuite mais cinq ou six balles sifflèrent à mon oreille, doni lune perça mon chapeau et l'autre tua mon cheval.

—Ce qui fait que vous ignorez...

—-Quels étaient ces hommes, en effet.

—Les misérables! gronda Puvroland, se mettre à trois pour assassiner un vieillard! Espéraient-ils donc trouver une fortune dans ce pauvre presbytère ?

— Hé qui sait? fit le Gascon avec un geste intraduisible,

—(Conmment! vous croyez?...

— Patience, monsieur de Puyroland, et écoutez la suite de cette étrange aventure; elle en vaut la peine, je vous le jure!

Et s’étant versé à boire, M. de Capestoc continua :

—Démonté par cette arquebusade, il eût été folie de suivre ces malandrins qui se sauvaient à cheval, Je revins done vers le presbytère, où, pénétrant dans la salle basse, la première chose qui frappa mon regard fut le cogps de votre vénérable ami le chapelain, criblé de miile coups et baignant dans son sang.

—Ï était mort? interrompit Lionnel, les veux pleins de larmes.

—Je le crus d’abord. Mais, l'ayant iransporté sur son lit, il ne tarda pas à rouvrir les veux, et me dit alors ces propr< paroles qui sont demeurées gravées dans ma mémoire : “Les trois hommes qui m'ont tué ne l'ont fait que pour me voler un papier qui se trouvait là dans ce secrétaire, et sa main m'indiqua un meuble brisé,

—Est<e possible! murmura TLionnd. Quel était donc ce papier? Quelle importance peut-il avoir pour quo n'hésite pas devant un meurtre pour se l’approprier ?

—('est ce que nous ne saurons peut-être jamais! conclut Capestoc.

—Hé quoi! le chapelain n'ajouta pas autre chose ?

—Si fait il m'indiqua le ressort d'une cachette qui se trouvait dissimulée dans le mur. Je fis jouer un ressort, et un panneau s'étant ouvert, j'en tirai une enveloppe scellée de cinq sceaux de cire jaune. Cette enveloppe, la voici.

Et avant ouvert son pourpoint, Capestoc en tira l’enveloppe, qu'il tendit à Puyroland.

Celui-ci l'examina. Elle ne contenait aucune adresse, aucune indication.

—Et cette enveloppe, dit-il enfin, le chapelain ne vous à point dit ce qu’elle contenait ?

—Non. Mais quand il vit cette enveloppe dans ma main, l'oeil du mourant brilla une dernière fois et ces mots sortirent de sa bouche: “Cette enveloppe, vous ne l'ouvrirez jamais, car il faut que les sceaux soient intacts; seulement, quand le moment sera venu, vous la remettrez à...

—À qui? demanda Tionnel haletant.

— 1 ne put dire c nom, car la mort le tenait déjà dans ses griffes de marbre: mais il put prononcer en-

, : luna £ s A n'aontn ÉRRARCS JE core quelques-mots je n'entendis qu

oreille près de sa bouche.

EE

—Et ces mots ?

—Péril de mort. secret terrible... enfant volé... fille véritable... Jacques Gravier.… maréchal...

— Et c’est tout ?

—Tout. Le vieillard venait de rendre le dernier soupir.

Lionnel laissa tomber sa fête dans sa main: il] réfléchissait profondément. Capestoc cette rêverie.

—Eh bien! fit-il enfin, que pensez-vous de tout cela, monsienr de Puyroland ?

—Je pense, répondit-il, quil Y a là un terrible mystère,

— Pourquoi cela? fit Lionnel en relevant Ja tête et regardent C'apestoc.

—Eh! mon Dieu, simplement pour ceci : Quand Je terrible sphynx posait des énigmes aux passants, du moins leur adressait-il une question, et l’histoire nous apprend que le sage OFdipe sut v répondre, ce qui Jui valut de n'être point dévoré, Mais comment voulez- VOUS que nous découvrions l'énigme qui nous est posée, alors que nous n’avons aucune base pour asseoir nos déductions ? Nous ne savons ni de quoi ni de qui il s’agit. Nous savons qu'il y a un mystère et c’est tout, mais ce n'est pas assez, à mon sens, pour le découvrir.

De nouveau Lionnel réfléchit une minute, au bout de laquelle, relevant la tête :

—Au fait, dit-il, vous n’avez pas achevé votre histoire.

Mon histoire! demanda Je cadet qui, perdu dans sa rêverie, n'était plus à la question.

—Oui! j'ai bien su comment vous aviez laissé votre cheval à Galluis, mais vous ne m'avez point appris comment il se fait que vous avez laissé votre Chapeau à Gros-Rouve et votre épée dans la poitrine d’un bûcheron.

—C'est vrai! répondit Capestoc; c’est que, après ce

que je viens de vous raconter, le reste est de bien peu d'intérêt.

—Dites toujours! fit Lionnel.

—Eh bien, le chapelain étant mort, et une vieille femme à son service, que l’on avait eu la précaution d'éloigner, étant revenue, je n’avais plus rien à faire au presbytère, et je me suis dirigé vers votre château. Mais comme je me trouvais au lieu que l’on nomme si vilainement le Chêne-Rogneux, je me vis dans l’impossibilité de continuer ma route, du moins à cheval, un satané bûcheron ayant eu la malencontreuse idée d’abattre un arbre qui était venu tomber au beau milieu du chemin,

— Vraiment! fit Puvroland sur un ton indéfinissable,

— Avant fait quelques observations au bûcheron, celüi-ci a mal pris la chose, et comme je le menaçais de li couper l'oreille, il a appelé au secours, et deux hommes sont tombés sur moi.

—Deux bûcherons, sans doute? demanda Puyroland sur le même ton que tout à l'heure.

— Non point, mais deux grands diables armés de colichemardes qui m'eussent certainement fait un mauvais parti, si je ne maniais l'épée mieux que ce pauvre tourniquet ne maniait sa broche. J'ai tué le bûcheron qui entre nous n’était qu'un bandit de grand chemin, et j'ai pu échapper à une mort certaine, car mes coquins ne paraissaient pas bien disposés à mon endroit.

—Et vous en concluez que vous avez été attaqué par des bandits ?

—Oui! répondit naïvement le cadet. qui dans le feu de son récit n’avait pas pris garde à l’accent bizarre de Puvroland. Pour moi, l'arbre n’était qu’un coup monté de ces sacripants, qui en voulaient à ma bourse.

—Croyez-vous ?

Se

—Comment! Pensez-vous qu'ils m'attaquaient ainsi en plein bois pour me faire accepter une cinquantaine de ipistoles ?

—Je crois, répondit Puyroland, que ces hommes n’avaient d'autre dessein que de vous enlever cette enveloppe.. .

Parfandious! hurla Capestoc.

— Et que la bataille du Chêne-Rogneux n'est que la suite de l'assassinat de Galluis.

—Et dire, cria Capestoc, que je n'avais pas deviné cela !

—lardieu, continua Lionnel, cetta enveloppe renferme un tel secret que pour s'en emparer non seulement on N'a pas hésité à tuer le chapelain de Galluis, mais qu'encore on paraissait fort bien disposé à vous faire un mauvais parti.

—Mais comment diable ces bandits ont-ils pu savoir que je possédais ce document ?

— HE! Monsieur, parce que sans doute celui qu'ils ont Voié dans le secrétaire ne leur a point paru satisfaisant; parce que, bien renseignés, ils savaient qu'il en existait un autre; parce qu'ils vous ont épié sans doute, que sais-je! Bref, pour moi, il est évident qu'ils vous savent en possession de ce précieux papier, puisqu'ils ont voulu vous assassiner.

—C'est juste! approuva Capestoe en hochant la tête: c'est fort juste!

Puis, après une minute de silence et de réflexion :

—Mais tout cela, reprit le Gascon, ne nous donne point la clef de l'énigme,

—Bah! rien ne demeure caché en ce monde, et nous finirons bien par la connaître,

—Mais comment ?

—Hé ma foi, d'une facon fort sinple. Vous disiez

tout à l’heure que nous manquions d’une base pour as-

ou 88

seoir nos déductions. Voici maintenant que nous en avons trouvé une,

Où donc cela ?

— Ne savons-nous point qu'il existe de par le monde une personne qui ne recule pas devant l'assassinat pour connaître Je secret contenu dans cette enveloppe ?

—Oui! Eh bien?

—Eh bien! le jour où nous connaîtrons cette personne, nous ne serons pas loin de connaître le secret.

Parfandious! vous avez raison, monsieur le due. el vous étes digne d'être Gascon pour la finesse et la pénétration,

Lionnel sourit à cet éloge, car c'en était un de la part du cadet,

— D'ailleurs, continuast-il, ne peut-on préjuger déjà de ce dont il s'agit. |

—Diavolo! fit le Gascon.

Certes, la chose du moins me paraît facile,

— Voyons!

—Répétez-moi un peu, je vous prie, les mots que le pauvre prêtre à prononcés dans son agonie.

—Péril de morts... répéta le Gascon.

— Hélas oui, et nous en avons eu la triste preuve, ce mystère est bien décidément mortel pour ceux qui le connaissent.

—Secret terrible! continua le Gascon.

—De cela aussi nous ne pouvons douter.

Enfant volé... fille véritable...

ITé! pardieu! voilà un peu de lumière, et j'oserai dire que cette enveloppe contient tont simplement la preuve qu'un enfant qui a été voié est la véritable fill —De qui?

re] Use

— Ah! dame! vous m'en demandez trop. Mais consiaiez que nous savons déjà de quelle essence est le mystère dont nous recherchons la clef. I] s’agit d’un de

ble

ces terribles secrets de famille si nombreux dans la noblesse de France,

Oui! mais que ditesvous du nom: Jacques Gravier, que le moribond a prononcé ?

Je dis que si nous savions quel est cet homme, nous serions bien près de tout connaître.

-Et cet autre mot : maréchal? ..

—]] indique peut-être la profession du susdit Jacques Gravier,

— [1 dire, S'écria Capesioc, que si votre vieil ami le chapelain avait vécu une minute, seulement une petite minute dé plus, nous n'en serions point là à nous torturer l'esprit!

Hé! mon Dien, fit Lionnel en regardant le Gas- CON, qui vous force à vous mettre la cervelle à l'envers ?

— Hé! capédious ! répondit le cadet, J'ai promis à ce Vietllard mourant d'exécuter fidèlement ses dernières volontés, ne faut-il point que je tienne ma promessle ? Seulement où la chose se complique, c'est que le malheureux n'a pas eu Je temps de me les faire connaître, ces dernières volontés, et je me trouve fort empêché

— Patience !

— Hé! patience! c'est facile à dire: mais pendant ce

temps qui sait si quelque Pauvre créature ne va pas sonffrir, par suite de mon ignorance ?

—A l'impossible nul n'est contraint. monsieur de C'apestoe,

Pardieu ! Mais il n'en est pas moins vrai que je ne vivrai point tant que je n'aurai pas eu la clef de cette énigme, et tant que cette mystérieuse enveloppe ne sera pas entre les mains de Ja personne à qui elle est distinée,

— Dieu v pourvoira. soyvez-en sûr! En attendant. qu'allez-vous faire 2 LH pardions! rejoindre ma compagnie, et assiéger Perpignan.

ami le petite ls tor-

(Gasvers ?

s à ce nières essle ?

mallaître,

hé...

int ce a pas

e Caje ne cette sera

disti-

dant.

nn".

Et cette enveloppe ?

—Ma foi, monsieur le due, vous lavouerai-je ? je préfère qu'elle demeure entre VOs Imains, Vous me la confiez?

Écoutez, quand on doit courir les routes, il me pa-

Fait qu'on est moins ingambe quand on porte sur soi un pareil chiffon de papier, Et puis, connaît-on les hasards de Ja guerre? Ki je venais à être tué là-bas. deviendrait le dépôt du chapelain ?

— Vous avez raison. Je wi

que

irderai donc précieusement e jure Dieu que, quoi qu'il arrive, elle ne sortira jamais de ma demeure, Et maintenant, monsieur de Capestoe, Mme la duchesse doit être rentrée dans ses appartements, vous plairait-il de venir lui présenter vos hommages ?

cette enveloppe et j

Après avoir soupé et couché au château de la Mortmare, le lendemain matin, de fort bonne heure, Henri de Capeste prit congé de son ami Lionnel de Puvroland, car il avait grande hâte maintenant de rejoindre Dr | compag nie.

Il faisait une matinée splendide, et, après les ‘vénements de la veille, le lieu’ mant aux gardes <e sentait revivre,

Lionnel lui avait donné un cheval dont il lui avait promis merveilles, et le Gascon chevauchait allègrement, heureux de vivre et de respirer cette odeur vivifiante des pins dont cette partie de Ja forêt était couverte,

De temps en temps, le trot de sa monture réveillait

S lapins en train de dormir sur la bruyère ou faisait Ra quelque faisan dont il suivait d'un oeil d'envie le vol lourd et majestueux. Parfois aussi, à travers les ramures, il apercevait une harde de biches suivant quelque dix-cors qui, mélancolique et digne, le regardait passer de son oeil rêveur et profond,

Il <e trouvait maintenant en pleine forêt de Rambouillet

[avait déjà dépassé le petit bourg de Saint-Légoren-Yvelines, endormi dans un vallon qu'entoure de toutes pre un cirque DR de ep ramures, de Fev de Hamboritiel

À peine s’arrôta-t-il en cette petite ville pour laisser

Mort- Henri "HVroindre

véneentait

avait lègre- Colu-

"illait aisait d'enavers ivant

'egar-

Ram- É a » re de lures,

mère

:isser

souffler son cheval, car il esperait bien rejoindre le cardinal le lendemain à Auxerre, et pour cela il était nécesaire qu'il ne s'orrôtit qu'à Estampes,

Son cheval s'étant donc reposé, il sauta en «selle et se remit en route, TT avait à peine fait une lieue lorsque tout à coup, au croisement de deux routes, il s'entendit interpe Ier,

Avant jeté les veux du côté d'où venait cette Voix, il Aperçu une sorte de mendiant debout sur le bord de Ja route, C'était un homme d'une quarantaine d'années, vêtu de loques informes que recouvrait un manteau j dis écarlate, maintenant d'une couleur indécise, tenant entre le jaune et le vert, et si criblé de trous qu'on pouvait se demander si le propriétaire d'un pareil vêtement n'eût pas été aussi bien couvert s'il n'avait rien eu du tout sur les épaules. Un feutre, qui avait dû être déjà räpé au dernier siècle, couronnait cet ensemble, et enfin au Heu de bottes, le miséreux s'était contenté tout simplement de lanières de drap qui S'entrelacaient agréablement autour de ses pieds et de ses Jambes poudreuses 6t boueuses,

Le mendiant, appuyé sur un bâton, regardait venir le Gascon ct d'une vois mort ‘16, mais criarde, hurlait plutôt qu'il ne priait :

—La charité, mon bon seigneur !

Capestoc avait le coeur bon. L'aspect minable de ce pauvre hère l'émut profondément, et, fouillant dans sa poche, il en Gra quelque monnaie que, sans arrêter son cheval, il jeta aux pieds du misérable, et continua son chemin.

Mais Ï! n'avait pas fait dix pas qu'une balle sifflait à son orville, coupant au ras la plume de son feutre.

—0h! oh! pensa le Gascon.

Et, pensant que cette balle ne serait pas seule, usant d'un stratagème qui lui avait plus d’une fois sar + Ja vie en d’autres circonstances, il fit se cabrer son ci-val,

Page 1