‹ Les exploits de Capestoc [microforme]Chapitre 3 sur 22 · ESS · texte numérisé non relu

ESS

Trois autres coups de feu retentirent, Maïs le tireur devait être un bien adroit arquebusier, car tout à coup Capestoc chancela sur sa sille et lourdement s'abattit sur le sol. Une des balles devait Favoir touché.

En voyant tomber le cavalier qu'il venait d’arquebuser en remerciement sans doute de l’aumône qu'il venait de recevoir, le mendiant poussa un véritable rugissement de triomphe et de joie. Abandonnant les deux pistolets tout fumants encore, et qui ne lui étaient plus nécessaires, il courut vers Capestoc, étendu au milieu de la route.

Mais au moment où le mendiant se penchait vers lui pour voir sil était bien mort, Capestoc tendit un bras en avant, et comme, au bout de ce bras, il v avait un poignard bien affilé, la lame s'enfonçca jusqu'à la garde dans la gorge du misérable, qui tomba à terre en criant:

—Je suis mort!

—Je le crois! répondit Capestoc en riant.

Et il se releva sain et sauf, car aucune balle ne l'avait atteint : tout cela n'était qu'une ruse qui venait de réussir à merveille, En attendant siffler Les balles à ses oreilles, le Gascon avait dit:

—0h! oh!

Et tout de suite il avait compris que ce pauvre mendiant qui maniait si adroitement le pistolet n'était qu'un des bandits qui cherchaient par tous les movens possibles à s'emparer de la précieuse et mystérieuse enveloppe du pauvre chapelain de Galluis.

Avec cette rapidité dans la décision qui était le propre de Capestoe, bien vite il s'était tenu ce petit raisonnement qui ne manquait ni d'esprit ni de logique:

—(Ce maladroit va me manquer. Ki je lui cours deseus, il s'échappera à travers bois, et comme il est à pied et que je suis à cheval, il prendra par des chemins où je ne le pourrai suivre. Puisque je ne puis l’attein-

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Et à la troisième balle, comme s’il avait été atteint mortellement, il se Jaissa glisser de son cheval, non sans tenir les rênes d’une main et sans avoir mis un poignard dans l’autre.

La ruse avait été couronnée de succes, et son ennemi gisait maintenant à ses pieds.

—{a en fait toujours un de moins, pensa Capesto. Mais tout de même, si j'en trouve un pareil échelonné sur ma route toutes les deux ou trois heures, Voici un voyage qui ne va pas manquer d’agréments.

Cependant, couché dans Ja poussière de la route, l'homme se tordait, la £or£e ouverte par une horrible blessure d'où S'’chapait un sang noir et épais.

Au fait, se dit Capestoc, voici un homme qui va mourir et qui, voyant déjà S'ouvrir devant lui l'éternité dans laquelle il va entrer. n'osera point me mentir, pour peu qu'il ait une vague croyance en Dieu. Qui sait S'il ne pourra point me donner quelque indication qui pourrait m'être d’un grand secours.

Et, s'étant penché vers le blessé, qui râlait :

—Eh bien! camarade, nous voulions done m'envoyer rejoindre au Paradis mes nobles ancêtres? Hein! vois done un peu, l'ami, ce qu'il en est de nous. Tu vas me devancer B-haut, en bon maréchal de logis, pour prépaler mon futur campement,

—A boire! à boire! j'étouffe! hurla l’homme en attachant sur le Gascon un oeil suppliant.

A boire! Parfandious, l'ami, je ne saurais te reluser cela! Mais encore faudrait-il trouver quelque mare,

Et

an s Ass 2E3 st, ayant jeté

€s Yeux autour de lui, le lieutenant aux gardes aperçut à quelques toises de là un ruisselet

do ——————

qui gazouillait sous les fougères tout en scintillant au soleil].

I S'y dirigea, et, n’avant point de tasse, remplit son chapeau d'eau qu'il rapporta au mourant.

L'homme, dans un supréme effort, se souleva sur son coude, se saisit du feutre et y but avidement.

— Ca va mieux, Fami? demanda le Gascon, oubliant que cet homme avait voulu le tuer, et apitoyé malgré tout devant cette agonie.

— Merci! répondit le moribond d'un air farouche,

— Allons, bon! grommela Capestoc, voilà que tu me gardes rancune, j'en suis marri. Hé! camarade, songe que je ne t'ai fait que ce que tu as voulu me faire. C’est une partie que tu as joué, l'ami, eh bien, tu as perdu, sois done bon joueur! Ni tu m'avais tué, penses-lu que je te resarderais avee-cet oeil plein de colère? Tiens! au lieu de me regarder comme tu le fais, tu frais bien mieux de me dire à quels ordres tu as obéi, car, j'en suis sûr, tu n'avais aucune raison pour en vouloir personnellement à mes jours si précieux.

— Pardieu ! je ne sais même pas votre nom! répondit l’homme, ;

-Tu vois bien! Alors, pour le compte de qui agis-tu ? —Bah! tit le moribond avec un geste d’insouciance. — Voyons! continua le Gascon, déjà une fois, hier

matin, tu as tiré l'épée contre moi; car tu en était, j'en suis sûr, bien que sous ce déguisement je ne puisse te reconnaître.

—Oui! j'en étais!

—Et tu es de ceux qui ont assassiné le chapelain de Galluis.

—Oui! répondit l'homme d'une voix sourde.

—Eh bien! dis-moi seulement le nom de l’homme dont tu t'es fait l’exécuteur, et, j’en suis sûr, cette bonne action te sera comptée par Dieu, devant qui tu vas comparaître.

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—H, le sais-je! fit le mendiant.

-Comment! tu l’ignores ?

— Ten°z! répondit le moribond d'une voix qui allait s'affaiblissant, je vais mourir, comme vous l’avez dit, et je ne vous en veux pas! Seulement, laissez-moi mourir tranquille, et continuez votre route...

— Et je n'aurai pas fait un quart de lieue, que l’un de fes compagnons me tombera dessus, et tu espères bien, n'esi-ce pas, que, plus heureux que toi, celui-là te vengera ?

—Me venger! Que m'importe maintenant? Cela me ressusciterait-1l ?

— Allons donc! tu n'oserais pas mentir, à cette heure suprèéme, et tu ne me jurerais pas que tes camarades vont ainsi abandonner leur proie, et que désormais je vais trouver devant moi la route libre.

Le faux mendiant éleva vers Capestoe un a! vie treux, puis, il sembla réfléchir une minute: enfiu, paraissant prendre une décision :

—-Méfiez-vous d'Etampes ! prononça-t-il d’une voix que Fagonie rendait haletante.

Puis, ne voulant plus rien dire, ou peut-être mêiae n'en ayant plus la force, il laissa retomber sa tête et demeura ainsi, couché en travers de la route, muet. agité par de longs tressaillements,

—Parfandious! murmura le Gascon, se parlant à lui-même. T1 m'a dit de me méfier d'Etampes, le conseil est bon, par ma foi! C’est done à Etampes, où ils ont deviné que je passerais la nuit, que ces malandrins ont décidé de faire un grand coup, si j'échappais par miracle aux arquebusades de ce mendiant posté sur ma route. Capestoc, mon ami, tu ouvriras l'oeil à Etampes, si tu tiens à ne pas laisser vacante une lieutenance aux gardes. Mais de auelle facon comptont-els sy prendre ?

Et il se pencha vers l’homme pour tenter d’en obte-

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nir de plus amples renseignements. Mais l’homme ne bougeait plus.

Et Capestoc avant retourné Ja têt. que le mendiant appuyait sur son bras recourbé il S'aperçut qu'il était mort.

—Povero! se dit le Gascon. Tout est fini! Bast! il avait eu beau se poster ici dans les pires desseins, il est tout de même triste de voir une créature humaine que l'on à soi-même expédiée à Satan.

Et il considéra le cadavre d'un oeil tout mélancolique. Mais ii se ravisa bientôt.

—Hé! parfandious! vais-je m'attendrir maintenant ? Ma parole, on dirait que c'est la première fois que je tue un homme. Hé! l'ami Capestoc, songe que tu pourrais fort bien te trouver à la place de cet homme, et tu considérerais ce cadavre avec moins de regret,

C'était en effet là le suprême argument de Capestoc, qui, en sa qualité de Méridional amoureux de vie, de lumière et de grand air, ne pouvait considérer un mort sans s’attendrir. Mais somme les cadavres qu'il avait déjà étendus à ses pieds étaient toujours des ennemis qui en avaient voulu à sa précieuse existence, en songant qu'il aurait bien pu être tué par eux, il se consolait bien vite d’avoir pris les devants, et regardait le mort avec une certaine satisfaction. Alors il pensait comme l’empereur romain qui assurait avec juste raison que le cadavre d’un ennemi ne sent jamais mauvais.

Aussi, ayant secoué la tête en un geste d’insouciance qui Jui était familier et qui synthétisait toute sa pholosophie, se préparait-il à remonter en selle et à poursuivre sa route, lorsqu'il songea qu’il n’était guère charitable de laisser ainsi un chrétien au beau milieu du chemin.

T1 tira donc le cadavre jusqu’au revers d’un fossé, lui catha le visage sous son Chapeau afin que les mouches ne le dévorassent pas trop, puis, satisfait d’avoir ac-

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ne compli tout son devoir, il monta à cheval et piqua droit

devant lui.

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Le soleil était déjà haut dans le ciel quand le Gascon tait

put continuer sa route, car ce petit incident de voyage lui avait fait perdre une grande heure qu'il s'agissait de rattrapper s'il ne voulait point se mettre en retard. Aussi, éperonnat sa monture, il se mit à fendre bravement l’espace,

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est

Plein de confiance en ce que lui avait dit le faux mendiant, 1 était convaineu qu'il ne pouvait plus avoir d'aventure avant la bonne ville d'Etampes ; aussi filaitil comme le vent, ne prenant point la peine d'inspecter les taillis environnants, certain qu'ils ne pouvaient cacher aucun de ses ennemis.

Mais ce galop forcené ne l'empêchait point de songer, et, il faut le dire, en toute vérité, ses pensées n'étaient point de la couleur d'un ciel sans orage.

Il voyait clairement au contraire un azur chargé de gros nuages tout pleins de menaces, et il se disait avec la meilleure foi du monde que, pour cette fois-ci du moins, sa bonn@gtoile l'avait singulièrement trahi en le faisant passer devant le fameux presbytère de Galluis au moment où on en assassinait le maître.

Somme toute, pusiqu'il était arrivé trop tard pour défendre le vieux chapelain, il eût tout autant préféré ne point être mêlé à cette mystérieuse aventure, à la--

- quelle il ne comprenait goutte, qui était plus fermée pour lui que les intrigues politiques de la cour, et où il risquait fort de laisser sa brave et joyeuse peau, pour peu que les choses continuassent comme elles avaient commencé.

Car il était évident que, sans s'en rendre compte et surtout sans lavoir voulu, maître Capestoc venait de déchaîner après ses trousses un ennemi aussi redoutable que puissant.

Pour qu’on échelonnât ainsi sur sa route de farou-

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