‹ Les exploits de Digénis AkritasChapitre 32 sur 78 · LL · texte numérisé non relu

LL

Εγὼ δὲ ταύτην φάντασμα, τυγχάνειν προσδοχήσας, ἔντρομος ὅλος γέγονα, HAL πρὸς φυγὴν ἐτράπην.

Nous pourrions multiplier les rapprochements, ils seraient tous aussi concluants que les deux que nous venons de faire, mais cela nous entrainerait beaucoup trop loin. Contentons-nous de signaler à l'attention des personnes qui seraient désireuses d'entreprendre un tel travail, la description des jardins, celle du palais, et surtout celle des peintures représentant des épisodes empruntés à la Bible ou aux récits des mythographes antiques.

La parenté entre ces différents morceaux et les morceaux correspondants dé notre poëme est telle qu'ils peuvent servir souvent à s'éclaircir les uns les autrés. Plus d’une fois une lecon douteuse du poëme d’Akritas a été confirmée par le poëme de Méliténiote, et réciproquement.

CXLIV INTRODUCTION

Nous ne saurions terminer ce paragraphe sans faire remarquer que, lorsqu'on parcourt l'immense épopée de Firdousi, on est frappé d'y trouver en maints endroits le mème esprit de combats, de duels et d'aventures qui anime le poëme byzantin. Nous ne pouvons cependant pas prétendre y retrouver des traces d’une imitation quelconque ; ce ne sont ni les mêmes descriptions, ni le même style; le fond seul possède un certain air de parenté.

Les akrites (pehlewans) persans, Zahl et Rustem, sont des géants qui n’ont à peu près rien d’humain, tandis que, dans les exploits du héros byzantin, bien que grossis par l'imagination du peuple, nous ne voyons absolument rien qui sorte des bornes du possible (1).

(1) L'épisode qui nous a le plus frappé est celui d'Isfendiar. Selon le récit de Firdousi, le prince Guschtasp se rendit incognito à la cour de l’empereur de Constantinople (Roum Kaisar) et y épousa sa fille, nommée Kitaboun, contre la volonté du monarque. Pour cette raison, elle fut chassée du palais sans dot. De cette union d’un Persan et d’une Grecque naquit Isfendiar, «le héros au corps d’airain ». Il vainquit tous les preux et même le fameux Rustem, le héros de l’épopée.iranienne. Ce dernier, honteux de sa défaite, veut mourir, et dit à ses amis qui l'entourent : « J'ai traversé le monde entier, j'ai appris ce qui est connu et ce qui est secret, j'ai saisi le Div (démon) blanc par la ceinture et l’ai jeté par terre comme une branche de tremble, et je céderais devant Isfendiar et sa force, et cette fortune de combat ! Mes flèches ont traversé des enclumes ; quand elles ont rencontré un bouclier, elles l'ont trouvé faible ; mais j'ai eu beau les lancer contre la cuirasse d’Isfendiar, c'était comme si l’on frappait un rocher avec des épines. Autrefois, quand je saisissais une pierre, ma main l’écrasait comme un concombre; maintetenant j'ai fait saisir la ceinture d’Isfendiar, mais ma main qui le serrait n’a fait aucune impression sur lui. Quand un crocodile voyait mon épée, il se cachait sous les pierres ; mais cette épée ne perce pas la cuirasse sur la poitrine d'Isfendiar, ni même l’étoffe de soie qni lui couvre la tête. Je rends grâce à Dieu de ce que la nuit était sombre, et de ce que, dans cette obscurité, son œil était troublé. J'ai échappé à la griffe de ce dragon, mais je ne sais si cette délivrance me sauvera. Quand je réfléchis, je ne vois d’autre moyen que de monter demain sur Raksch (son coursier), et de m'en aller

INTRODUCTION. CXLV

Il serait difficile de dire ce qu'il peut y avoir de vrai dans l'épisode de l’'Amazone Maximo ; mais on ne saurait s’empècher de remarquer que la fin présente une ressemblance très-frappante avec ce que l’histoire raconte de l’Amazone Thalestris et de ses relations avec Alexandre le Grand (1).

CAUSES QUI ONT PERPÉTUÉ LE SOUVENIR D'AKRITAS. LES AKRITES ET LES APÉLATES.

Si le souvenir de Digénis Akritas s’est perpétué jusqu'à nous d’une si admirable façon, ce curieux phénomène historique, dont on trouverait bien peu d'exemples dans les annales de l'humanité, est dù à deux causes principales : la première, c’est que Digénis se rendit fameux par sa valeur personnelle ; la seconde, qu'il fut le dernier représentant de l’hellénisme sur les bords de l'Euphrate.

Peu de temps après sa mort, les provinces grecques de l'Asie furent conquises par les Seldjoucides, les Mongols et 165 Ottomans, et à jamais séparées de l'empire byzantin. Une langue barbare et une religion plus barbare encore leur furent imposées par le cimeterre. La force prime le droit est un axiome vieux comme le monde. Mais, au milieu de tant de désastres, d'égorgements et de ruines, et sur-

dans un lieu où Isfendiar ne saurait trouver ma trace (16 Livre des Rois, IV, pages 663-665). » Grâce à des sortiléges, Rustem réussit enfin à tuer son terrible adversaire.

On peut trouver aussi dans l’épisode de la victoire de Rustem sur le Div blanc quelque analogie avec le duel entre Digénis et Charon.

(1) Quinte-Curce, VI, 6.

CXLVI INTRODUCTION

tout en l'absence de tout espoir de délivrance, ces pauvres populations trouvaient une joie amère à se rappeler les glorieux souvenirs du passé. En chantant les exploits du terrible vainqueur des musulmans, en vénérant sa mémoire, elles oubliaient pour un instant les lourdes chaînes de l’esclavage et sentaient passer sur elles comme un souffle de liberté.

À ces raisons, qui expliquent dans une certaine mesure la vénération traditionnelle dont Digénis est l’objet de la part du peuple grec, 1] vient s’en joindre d’autres, d’une moindre importance, ilest vrai, mais dignes toutefois d'être mentionnées.

Digénis fut l'inventeur de la tactique militaire appelée de son nom ahritique. Cette tactique, appliquée pour la première fois par Nicéphore et Léon Phocas contre les Arabes, fut couronnée du plus éclatant succès. L'empereur Jean Tzimiscès eut aussi à se féliciter de l’avoir employée contre les Russes, et 1] la reconnut officiellement comme tactique de l'empire.

Ce fut aux akrites que l'empire grec, chassé de Constantinople à Nicée par [65 croisés, dut sa conservation. Au contraire, la suppression de cette tactique par Michel Paléologue amena presque aussitôt les triomphes d’Otman, qui n’était, lui, qu'un akrite du sultan d’'Iconium.

N'oublions pas non plus que Basile Digénis fut le dernier rejeton authentique de la famille des Ducas, l’une des plus populaires de l'empire byzantin.

Les Comnènes aimaient à se dire les descendants des Ducas , et c’est sans doute pour flatter cette prétention orgueilleuse que Théodore Prodrome appelait Manuel le nouvel Akritas. On alla mème jusqu'à prétendre que

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