CXLVII INTRODUCTION
Si nous en croyons notre poëme, Andronic Ducas avait cinq fils. On peut donc supposer que c'était d’une fille de l’un d'eux, mariée en Asie-Mineure, que descendait la famille impériale des Ducas. Un passage de Matthieu d'Édesse relatif à l’avénement de Constantin Ducas vient même confirmer cette conjecture. L'historien arménien raconte qu'Isaac Comnène «envoya dans le pays des musulmans à Édesse, et manda le gouverneur de cette ville, nommé Ducas (Doughidz), qui appartenait à l’une des plus illustres familles de l'empire.
« Ayant pris, ajoute-t-1l, la couronne entre ses mains, il la lui posa sur la tête, se prosterna devant lui et le fit asseoir sur le trône (1). » |
Sous le règne de Romain Lécapène, un aventurier macédonien nommé Basile se donna comme le fils de Constantin Ducas ; reconnu pour tel par les thèmes anatoliques, 1] leva l’étendard de la révolte. Il fut arrêté et condamné à avoir la main coupée; mais, étant parvenu à recouvrer la liberté, 1] se fit faire une main de bronze et recommenca la lutte contre l'empire. Arrêté une seconde fois, il fut con-
Δούχας λελόγιστο χαθαρός, ἀλλ᾽ ἐπίμικτος χαὶ χεχιδδηλευμένην ἔχων τὴν πρὸς τοὺς Δούχας συγγένειαν (ZoNarAs, Annales, Il, pages 272-273, édition de Paris).
(1) Chronique de Matthieu d'Édesse, traduite par Dulaurier, page 106. — I] faut noter que cette nouvelle branche des Ducas fait son apparition vers l'époque où l’on peut ‘placer la mort de Digénis. Andronic Ducas, surnommé le Lydien, patrice et général de Basile II, et ses deux fils, Christophe Épictès et Bardas Mongus, firent cause commune avec le rebelle Bardas Scliros (977). Trois ans plus tard, en 980, ils abandonnèrent Scliros, qui passa chez les Arabes, et ils se soumirent à l’empereur. Christophe est probablement ce Ducas, domesticus d'Orient, qui fut tué au siége d’Apamée, en 997, et dont les fils furent faits prisonniers par les Arabes d'Égypte. Bardas Mongus soumit les Khazars (1016), et fut le père de l’empereur Constantin Ducas.
INTRODUCTION, CXLIX
duit à Constantinople, puis brülé vif à Amastriana, en 931 (1).
Les Paléologues prennent aussi le nom de Ducas, au moment de leur entrée sur la scène historique. Georges Paléologue avait épousé Anne, fille du protovestiaire Andronic Ducas. Ses fils ne portent pas le nom de leur père, mais celui de leur mère; l’épitaphe de l'un d’eux était ainsi conçue : ᾿Ανδρόνικχος ἐχ Δουχῶν γένους (2).
L'auteur anonyme du marion mentionne encore un autre fils de Georges Paléologue, et il lui donne le nom de Michel Ducas (3). En citant ces quelques faits, nous avons voulu démontrer combien fut grande et durable la popularité des Ducas. Ajoutons que, à notre avis, cette popularité n'a pas dù peu contribuer à conserver au nom de Digénis Akritas le prestige qui l'entoure encore aujourd'hui.
— I] nous faut maintenant dire quelques mots relativement à la dignité d’akrite. Ce n’est pas, comme on pourrait
être tenté de le croire, Akritas qui en fut revêtu le premier.
Cette institution existait déjà du temps des Romains, mais sous un autre nom; les gardiens de la frontière s’appelaient alors mulites hmitanet.
Digénis ne fut cependant pas un simple males imitaneus, mais plutôt une sorte de seigneur à demi indépendant, comme l'était en France le marquis, en Allemagne le mark-
graf, en Géorgie l’arnaour, en Perse le pehlewan, en Armé-
nie le marzban, et chez les Tartares le pacha, titres dont l'équivalent grec est AKkRITAS, Où (GARDIEN DES FRONTIÈRES (4).
(1) Continuateur de Théophane, IX, 33.
(2) Banni, Cataloque de la bibliothèque Laurentienne de Florence, tomeIl (mss. grecs), pages 193-194.
(3) Notices et extraits des Manuscrits, IX (2° partie), pages 153-154.
(4) M. Sathas préparant une étude spéciale sur les akrites et les apélates, nous n’en dirons ici que quelques mots.
CL INTRODUCTION
Les Byzantins donnaient aussi aux soldats chargés de veiller à la sûreté des frontières le nom hybride de προτήχτορες τῶν μεθορίων. On trouve encore les dénominations latines de mulites armatr et milites claustrini (1).
Justinien porta un coup mortel à l'institution des gardiens des frontières, lorsqu'il retira à cette milice d'élite les fiefs et Les priviléges que lui avaient accordés, en récompense de sa fidélité et de sa vaillance, les empereurs Alexandre Sévère, Dioclétien et Théodose IT.
La plupart de ces vétérans furent appelés à Byzance et formèrent la garde impériale des scholæ. Parmi eux se distinguaient les armati, accompagnés de leurs pallikares (puer).
Durant la guerre contre les Arabes, l’empereur Héraclius réorganisa le corps des akrites, mais 1] s'y glissa malheureusement beaucoup de renégats mercenaires. Ses successeurs, et principalement les empereurs de la maison macédonienne, confièrent la garde des frontières aux Arméniens, qui furent loin de répondre à la confiance qu'ils avaient inspirée. Ces mercenaires entretenaient contre Byzance de vieilles rancunes mal éteintes qui se rallumaient souvent d’une façon inquiétante, et plus d’une fois on les vit faire cause commune avec l'ennemi, auquelils auraient dû opposer une barrière infranchissable.
Digénis fut le régénérateur de cette institution nationale. Grâce à sa bravoure personnelle, 1] soumit les apélates, qui régnaient .en maîtres au-delà de l'Euphrate (2).
(1) Cette dernière expression s'applique plus spécialement aux gardiens des défilés, appelés par les Byzantins χλεισουράρχαι, et dervénagas par les Arabes et les Turcs. |
(2) Les apélates (ἀπελάται) ne peuvent être mieux comparés qu'aux clephtes
INTRODUCTION. cit
Nous avons déjà dit et nous répétons ici que la suppression de latactique des akrites fut une des principales causes qui amenèrent la ruine de l’empire byzantin ; ce fut, au contraire, en la conservant religieusement que le fameux Otman put conquérir l'Asie et préparer ainsi à ses successeurs la conquête de Constantinople, où ils règnent encore aujourd'hui.
Les premiers sultans avaient confirmé dans leur charge les akrites et les chsourarques de la Grèce proprement dite, mais Soliman Il les déposséda, et confia aux Tures et aux Albanais la garde des défilés ou dervens (NTEPBÉNIA). A parür de cette époque, une guerre terrible, acharnée, implacable, fut déclarée par les Grecs à leurs envahisseurs, etles pallikares marchèrent au combat, en chantant la fameuse protestation de Stergios :
Kn ἂν τὰ ντερδένια τούρκεψαν, τὰ πῆραν ᾿Αρδανίταις, ὁσό ν᾽ ὁ Στέργιος ζωντανός, πασὰ δὲν προσχυνάει͵
ὅσο χιονίζουν τὰ βουνὰ xn ἀνθοδολοῦν οἱ κάμποι,
χ᾽ ἔχουν ἣ ῥάχες κρυὰ νερά, Τούρκους μιὴ προσχυνοῦμε. Πᾶμε νὰ λημεριάσωμεν ὅπου φωλιάζουν λύχοι, σὲ χορφοθούνια, σὲ σπηλῃαῖς, σὲ ῥάχες HAL ῥαχούλαις.
de la guerre de l'Indépendance hellénique ou aux haïdouks slaves. C'était, comme leur nom l'indique, les chassés, les bannis, les out-law. Parfois au service de Byzance, ils étaient employés par quelques localités à la garde des champs et s’appelaient alors ἀγροφύλαχες. Une fois congédiés, ils se faisaient voleurs de grand chemin, ils vivaient de rapines et de brigandage. 115 emmenaient dans leurs repaires les voyageurs dont ils parvenaient à s'emparer, et ils ne les relâchaient que moyennant une rançon considérable, Leur arme principale était une massue de fer, appelée de leur nom ἀπελατίχιον, ἀπελατίχιν, πελατίχιν, eÉC.
ΟἿ INTRODUCTION
κ᾽ ἑμεῖς γιὰ χώραν ἔχομε ῥημιαῖς xh ἀγρια λαγκάδια" παρὰ μὲ Τούρχους, μὲ θεριὰ καλλίτερα νὰ ζοῦμε.
Qu'importe si les défilés sont aux Turcs, siles Albanais les occupent ? tant que Stergios est vivant, il ne se soumet point au pacha. Pour pacha, Stergios a son épée; pour sultan, son fusil. Tant qu'il neigera sur les montagnes, tant que les champs s'émailleront de fleurs et que des ondes fraîches jailiront des rochers, ne nous soumettons point aux Turcs! Allons nous cantonner là où les loups ont leur repaire, sur la crête des montagnes, dans les cavernes, à l'abri des rocs sourcilleux. Dans les villes habitent des esclaves qui sont soumis aux Turcs. Nous autres, pour ville nous avons les solitudes et les vallées sauvages. Plutôt qu'avec les Turcs, mieux vaut vivre avec les bêtes fauves.
Paris, le 31 mai 1875.
BASILE DIGÉNIS AKRITAS.
Oct
ΒΑΣΙΛΕΙΟΣ AITENHE ÂKPITHS.
γ᾽ » A 7 τ Kaï ταύτας θεασάμενοι, ἔκπληξις τούτους εἶχεν, χαὶ τὰς χεῖρας ἁπλώσαντες τὰς χεφαλὰς χρατοῦσιν͵ V2) , \ / ὃ A \ , / χαὶ βλέπουσι τὰ πρόσωπα ὁιὰ νὰ ἐγνωρίσουν \ CAN \ \ \ 2 \ τι , / τῊν ἀδελφὴν τὴν θαυμαστὴν αὐτὴν ἣν ἀνηρεύνων᾽ / ἢ ᾽ δὲ τ OL ΚΝ - 22 6 sh / χαΐ, ὡς οὐδὲν εὗρον αὐτήν, χοῦν ἔλχδον εὐθέως, CA Ζ \ / AT es / ἐπέχεον τὰς χεφχλᾶς, χαὶ ἤρξαντο τοῦ χλαίειν, SIN \ NE \ / , / ὀδυρμοὺς δὲ ἐχίνησαν χαὶ θρήνους ἐχ χαρδίας" 2 « Eu ἐμαρτύρουν τὸν ἥλιον, λέγοντες πρὸς ÉXEÏVOV * ς ἘΣ / \ ΞΘ , « ἥλιε ὦ λαμπρότατε, φωστὴρ παντὸς τοῦ χόσμου, ἊΝ» € - \ ΩΝ 7 € / 5 , / δεῖξον ἡμῖν τὴν ἀδελφήν, ὁποία Ἣν ἐχ τούτων, \ / \ " ᾽ \ \ PU 3/.
LA χλαύσωμιεν LOL θάψωμεν αὐτὴν μετὰ τῶν ἀλλων᾿ 7 7, , 7 / ῳ το ποίαν κάραν ἐπάρομεν, ποίαν χεῖρα χρατῶμεν, A « / ὃ 7, \ \ \ 72e χαὶ ποῖον λογον ὥσομιεν πρὸς τὴν χαλὴν υμητέρα ; \ ἘΞ , \ / \ \ # 5 7, LA πῶς αὐτῇ θρηνήσεται καὶ τὰς χαῖτας ἐχτίλλει ; ἥλις, τί ἐποίησας ἡμῖν τὸ κακὸν TOÛTO ; , “- -Ὁ D \ / ἀπὸ τοῦ νῦν οὐ πρέπει μας νὰ ἤμεσθα εἰς κόσμων : / 2 ? 3 EN \ μόνον οὐδὲν ἠθέλησαν ἐχέαλεῖν τὴν ψυχὴν ΤῊ):
ΤΊἼΊΤΕΕ. Le premier livre, le commencement du second, et le titre ci-dessus, manquent dans le manuscrit, — 14, χεῖρας ἐχτεῖλει.
BASILE DIGENIS AKRITAS.
Frarpés de stupeur à cette vue, 115 étendent les mains, saisissent les têtes des cadavres et regardent les visages, afin de reconnaître leur sœur, cette admirable jouvencelle qu'ils recherchaient. Mais, ne la trouvant pas, ils ramassèrent aussitôt de la terre et la répandirent sur les têtes ; puis ils se mirent à pleurer, à pousser des gémissements et à exhaler des plaintes profondes. Ils prenaient le soleil à témoin et ils lui disaient : « Ὁ soleil très-resplendissant, flambeau de l’univers entier, montre-nous quel est parmi ces cadavres celui de notre sœur, afin que nous la pleurions et que nous l’ensevelissions avec les autres victimes. Quelle tête prendre? Quelle main saisir? Quelles raisons donner à notre bonne mère? Et comme elle se lamentera et s’arrachera les cheveux! O soleil, pourquoi nous as-tu causé cette affliction? Il ne nous sied plus dorénavant de vivre en ce monde. Ce n’est pas seulement la vie qu'ils ont voulu rävir à notre sœur, mais ils ont détruit sa beauté; elle est devenue méconnaissable. Nous voyons bien des ca-
davres, mais nous n’apercevons pas le sien: O sœur ten-
BASILE DIGENIS AKRITAS.
᾽ = ἜΝ \ / re » ΝΥ 7 ἀλλ᾽, ὦ ἀδελφὴ παμπόθητε, πῶς ἐκαταδικάσθης ; οὐαὶ ἡμῖν τοῖς ταπεινοῖς, ἀπῆλθες ἐκ τοῦ κόσμου, γα eu € ! \ A 0 χαὶ ἐξελθοῦσα ἣ ψυχή, ἐχάθη καὶ τὸ χάλλος.
Πῶς δὲ παρ᾽ ὥραν ἔδυνας χαὶ ἔσξεσας τὸ φῶς μᾶς, \ r δὲ ἕν. Ρ / - ἐ HAL χατεκόπης μεληδὸν ὑπὸ βαρθάρων χεῖρας:
Ὄ , \ Ra εἶ , / 2 = ντως, εὐγενικὴ ψυχή, παρὰ ἀτίμως ζῆσαι, « / \ / \ \ , / Ὡρετίσω τὸν θάνατον καὶ σφαγὴν ὀλεθρίαν - ΕΣ , ,$ = \ / δῶν À se N/ ἀλλ᾽, ἀδελφὴ παγκάλλιστε, ψυχή τε καὶ καρδία, πῶς σε διχχωρίσομεν ἐκ τῶν πολλῶν σωμάτων,
ὦ πονηρᾶς ὠμότητος, βία τῶν ἀλλοφύλων | œ 7 \ 5 πὼς ἔπαθες, μαχρόθυμε, ταύτην τὴν ἀνομίαν : 2 / ’ τ » 7 Δέξου καὶ θρήνους τοὺς πολλούς, κόρη, τῶν ἀδελφῶν σου. / 4 \ 72 / μίαν μόνην σὲ εἰχαμεν χοσμοπαραμωυθίαν, \ QU Ψ TA / Δ νι χαὶ θαρροῦμεν ἀπέθανες παρθένος ἕως τέλους. »
ILepi τοῦ πὼς πάλιν ἐλθόντες οἱ ἀδελφοὶ τῆς χόρης εἰς τὸν ἀμιηρᾶν (Fol. 2.) ἐζήτουν τὴν ἀδελφήν.
χαὶ χατὰ πρόσωπον αὐτοῦ οὕτως τὸν συντυχαίνουν ᾿ ΤΥ , ΩΣ - Ἵ 5 - \ Ve 29 /
ἫΝ δ \ « ΑἹ δὲ cu \ / τὴν ἀδελφὴν ἣν ἥρπασες μιηδὲν μᾶς τὴν στερήσῃς,
---....΄΄.. ro,
DEUXIÈME LIVRE. ὃ drement chérie, comment as-tu été condamnée ? Malheur à nous, infortunés! Tu as quitté ce monde, et, quand ton âme s'est envolée, ta beauté s’est évanouie! Comment, [ὃ étoile}, es-tu couchée avant l'heure et as-tu éteint notre lumière? Comment des mains barbares t'ont-elles coupée en morceaux? Comment ne s'est-il pas engourdi, le bras de ce cruel bourreau qui n'a pas eu pitié de ta ravissante jeunesse? Oui, âme généreuse, tu as mieux aimé mourir pernicieusement immolée que de vivre dans le déshonneur. Mais, ὁ sœur toute charmante, notre cœur et notre âme, comment, parmi tant de cadavres, retrouverons-nous le tien? Comment nous procurer cette légère consolation? Il t'a donc égorgée, le chien? Il (ἃ donc envoyée dans la tombe? ὃ cruauté scélérate! Comment, fille magnanime, les étrangers t'ont-ils réduite par la violence à subir cette iniquité? Reçois les nombreux gémissements de tes frères, jeune fille. Tu étais en ce monde notre seule consolation, et, nous en sommes convaincus, tu es morte sans cesser d'être vierge. » Après avoir ainsi pleuré leur
sœur, 115 ensevelirent ensemble toutes les victimes.
Comment les frères de la jouvencelle vont trouver l’émir et lui réclament leur sœur.
Les cinq frères rebroussèrent chemin, se rendirent chez l'émir, tirèrent leurs épées et lui parlèrent ainsi en face : «O émir, premier émir, chien de la Syrie, ne nous prive
pas davantage de la sœur que tu nous as ravie. Si tu com-
BASILE DIGENIS AKRITAS.