Air comprimé
Ilenestdemême des appareils qui renîermenlï ai?' comprimé .
Le 21 mai 1896, une explosion de ce genre a eu lieu, près du pont de la Concorde (1).
Les accidents sont analogues à ceux causés par l'explosion des machines à vapeur, mais les blessures ne sont pas identiques et voici pourquoi :
On a dit que les blessés du pont de la Concorde avaient été brûlés par l'air comprimé : c'est une erreur. J'avoue que je ne les ai pas vus, mais je suppose que les lésions qu'on a prises pour des brûlures sont dues à des gelures. Lorsque l'air comprimé se détend, il se produit en effet un dégagement de froid considérable ; quand on ouvre les robinets des réceptacles d'air comprimé, l'humidité de l'atmosphère se dépose en givre sur le sol.
(1) Voyez Humblot, Explosmi d'air comprimé au siphon du pont de la Concorde {Annales d'hygïene, 1896, tome XXXVI, p. 134) . P. Brouaudel. — Les Explosifs. 4
Dans Tusine de Grenelle où Giffard fabriquait ses carafes frappées, il y avait, par terre, une couche de givre dont l'épaisseur atteignait quelquefois un mètre à l'^joO.
Il est donc probable que les personnes frappées dans l'accident du pont de la Concorde par la brusque sortie de l'air comprimé avaient, non pas des brûlures, mais des gelures.
vu. — Explosions des machines à vapeur
Les explosions des machines à vapeur, rares si on les compare au nombre des machines en fonction, donnent cependant lieu à des enquêtes médico-légales fréquentes dans les milieux industriels.
Les lésions que Ton constate sur le corps des victimes sont des blessures directes ou indirectes par projection des débris de la machine, et ceux du bâtiment qui souvent s'effondre; par la puissance de la force qui produit ces blessures, détermine des écrasements, des broiements des membres; enfin il y a, comme dans les cas précédents, des brûlures. Mais les caractères de ces brûlures ne sont pas identiques à ceux des brûlures dues aux explosions de gaz ou de pétrole.
Lorsque les gaz, les essences, les vapeurs de pétrole, etc., prennent feu ou font explosion, les individus sont entourés par un tourbillon de flammes qui peut allumer un incendie, mais qui peut également s'éteindre en un instant. Pendant cette production de flammes, les objets, les vêtements, les parties superficielles des victimes sont roussis, flambés, les poils de la barbe, les cheveux sont brûlés. Lorsque l'explosion a eu pour effet de projeter sur l'individu ou ses vêtements du liquide combustible, du pétrole par exemple, celui-ci continue à brûler alors que le tourbillon de l'explosion a passé, les brûlures sont plus profondes.
Dans les explosions de machines à vapeur, les brûlures n'ont pas les mêmes caractères, parce qu'elles n'ont pas la même origine. Il n'y a pas contact entre la flamme et les
vêtements ou le corps. Celui-ci est plongé dans une atmosphère de vapeur d'eau surchaufTée, elle pénètre dans la gorge, le larynx, les voies respiratoires, elle produit des phlyctènes, des désorganisations de la peau, et si le corps reste quelque temps dans ce milieu, les muscles sont altérés dans leur structure, ils ont l'aspect et l'odeur du bœuf bouilli. Les vêtements ne sont pas détruits.
Toutefois l'explosion peut, avoir pour effet de projeter avec violence le contenu du foyer de la machine hors de celui-ci et exceptionnellement il y a par ce fait brûlure par contact avec la flamme, et possibilité d'incendie par expulsion dans l'atelier des morceaux de charbon en ignition.
Le 9 février 1895 M. Socquet fut commis à propos d'un accident arrivé à Joinville-le-Pont (1). Une machine à vapeur avait fait explosion ; cette explosion avait une puissance telle que la machine entière, avec son générateur et sa chaudière, le tout pesant 20,000 kilogrammes, a été transportée à 35 mètres. Sur son trajet, elle a rencontré un bâtiment où se trouvaient le concierge, sa femme et leur fille. Elle a enlevé le bâtiment, a passé parla porte de sortie des ouvriers et est venue s'arrêter sur la route qui longe l'usine, à moitié engagée encore dans cette porte. Au moment où la machine a eu parcouru 35 mètres, la chaudière a été lancée à angle droit dans le reste de l'établissement.
Cet exemple vous donnera une idée de la puissance et de la violence de la force développée dans ces explosions.
Le concierge avait été écrasé, puis brûlé (fig. 10), ses chairs étaient bouillies.
Sa femme était enceinte de huit mois; la machine l'écrasa, mais l'utérus était resté intact. Elle vivait encore, on la transporta à l'hôpital Saint-Antoine et on pratiqua l'opéra-
(I) Obs. 17.
Fig. 10.— Concierge de l'usiae de Joiuville-le-Pont, écrasé, puis brûlé.
Fig. 11. — La jambe de Gaizeau avec la botte et le pantalon.
Fig. 12. — La jambe de Gaizeau, déshabillée.
o6 EXPLOSIONS DES MACHINES A VAPEUR.
tien césarienne, la femme mourut, l'enfant fut retiré vivant et vécut quelques instants.
La petite fille, qui avait été contusionnée, guérit.
Un ouvrier nommé Gaizeau, qui se trouvait dans une remise dont la porte était ouverte, a eu la jambe amputée au tiers moyen par une plaque détachée de la machine et horizontalement projetée contre lui. Cette plaque a coupé, par une section nette, la botte, le pantalon et le tibiaet détaché jusqu'à ses insertions supérieures le triceps sural qui retombait en arrière en un large lambeau (fig. 11 et 12). On retrouva le pied et le bas de la jambe au milieu des décombres, quelques heures après l'accident. Gaizeau succomba à un phlegmon de la cuisse, le 20 février.
Enfin un employé fut tué dans son bureau, d'autres furent blessés, mais guérirent.
L'accident ne fît pas un plus grand nombre de victimes, parce que, au moment de l'explosion, les ouvriers avaient quitté l'usine pour prendre leur repas.
Je pourrais vous citer d'autres exemples d'explosion de machines à vapeur et en grand nombre. Mais la catastrophe de Joinville est typique ; elle peut vous servir de modèle. Tous les accidents que ces explosions peuvent produire, s'y trouvent réunis.
VIII. — Explosions des appareils à chauffag-e par eau chaude.
Il faut placer à côté des précédentes les explosions des appareils à chauffage par eau chaude. Ces appareils se multiplient depuis quelques années et j'appelle spécialement votre attention sur eux, parce que vous pouvez plus tard, comme membres des commissions d'hygiène, être appelés à donner votre avis sur ce mode de chauffage et les conditions que vous devrez imposer aux appareilleurs.
Exigez toujours que la commission de contrôle des machines à vapeur donne son avis et appose son timbre officiel sur les appareils ; c'est une garantie indispensable et elle ne coûte rien.
C'est pour avoir négligé cette garantie qu'est survenue l'explosion de l'église Saint-Sulpice.
L'explosion des appareils de chauffage par l'eau chaude a été bien étudiée par le D"" A. Guérard (1).
Je tiens à vous citer deux accidents :
Le premier eut lieu le 14 janvier 1850, à l'asile d'aliénés deBlois. Il y eut deux morts (2).
Vous connaissez la disposition des appareils qui chauffent les maisons; vous savez que les tuyaux montent le long des murailles, jusqu'aux greniers. Tant que l'eau reste chaude, l'appareil fonctionne bien, mais le soir, quand le
(1) Guérard, Sur les explosions des appareils à eau, employés pour chauffer et ventiler les édifices publics en particulier {Ann. d'hygiène publique et de méd. légale, 1858, 2« série, t. IX, p. 380).
^2) Annales des Mines, 4e série, tome XX, p. C9. — Obs. 18.