Fulminate de mercure. — Cartoucheries. Dépôts d'amorces
Le fulminate de mercure est connu depuis longtemps; il a produit un grand nombre d'accidents et son actif compte quel-
(I) Gra?ide Encyclopédie. Article Explosif, p. 9C0.
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ques méfaits criminels. C'est le plus puissant des explosifs. Quand on le fait détoner dans son propre volume, sa force d'explosion est, d'après M. Vieille, l'inventeur de la poudre sans fumée, de 28.750 kilogrammes par centimètre carré. C'est une puissance formidable d'expansion, supérieure à celle de tous les explosifs connus. Le fulminate de mercure éclate au moindre choc, au contact d'une étincelle électrique» d'une mèche allumée ; mélangé à dix centièmes d'eau, il se décompose sans détonation.
Aussi les accidents dus au fulminate de mercure sont-ils très fréquents. Ils se produisent souvent dans les cartoucheries ou dans les dépôts de cartouches. Nous nous trouvons par suite en présence d'accidents qui ont lieu dans des ateliers de fabrication où beaucoup d'ouvriers sont employés.
Nous nous heurtons^ à ce propos, à une idée singulière qu'ont professée autrefois les personnes chargées de donner l'autorisation nécessaire à l'établissement de ces cartoucheries. On a cru, et quelques personnes croient encore, que plus les parois de ces ateliers sont épaisses, moins le danger est grand, en cas d'explosion. Il existe un arrêté, daté du commencement du siècle, par lequel on exigeait que les murailles eussent l^'iSO d'épaisseur. Loin de diminuer le péril, l'épaisseur des murs l'aggrave dans de fortes proportions, car, alors, l'explosion devient formidable etrefforidrement de ces énormes masses de pierre augmente le nombre des victimes.
Aujourd'hui, on est revenu à des idées plus rationnelles On éloigne les cartoucheries des habitations, on les isole dans la campagne; les bâtiments sont construits en bois, ils sont très légers, de sorte que leur écroulement ne détermine pas, au moment d'une catastrophe, de graves blessures.
Lorsqu'une cartoucherie saute, il y a presque toujours
deux explosions successives : la première, peu violente en général, est produite par la déflagration des matières soumises à la manipulation ; la seconde, plus grave que la première, est produite par l'explosion des matières emmagasinées.
Les lésions sont : les blessures des ouvriers atteints par les objets projetés par l'explosion, par la chute des bâtiments; des contusions analogues, quand ils sont lancés contre les murailles ; et des brûlures.
Lorsque l'accident se produit alors qu'une certaine quantité de fulminate de mercure, 40, 50 grammes, fait explosion subitement, le corps de la victime est mutilé.
Le 9 novembre 1881, j'ai eu à procéder à l'autopsie d'un jeune homme qui dans un but suspect préparait du fulminate de mercure (1). La tête était ouverte en deux fragments, les yeux avaient disparu, on voyait à nu le cerveau, le pharynx. Les autres lésions résultaient de brûlures et de la projection des fragments de l'appareil dans lequel il faisait cette préparation. Il semble qu'au moment de l'accident cet homme était à genoux, la tête penchée sur le récipient.
Gomme médecins légistes civils, nous sommes plutôt mêlés aux accidents qui se produisent dans les dépôts d'artificier, les dépôts de cartouches ou d'amorces.
Le 12 juillet 1859, il y eut une explosion dans un dépôt d'artifices, appartenant au sieur M... ; on y préparait les pièces qui devaient figurer au feu d'artifices du 13 août. J'étais alors interne de Lorain, qui fut chargé de l'expertise, etj l'accompagnai dans la visite qu'il fit sur le lieu de l'accident.
La figure 13 montre la disposition de l'établissement, composé d'un pavillon d'habitation, d'un laboratoire, d'un ate-
(l)Obs. 24.
lier et d'un magasin, celui-ci placé à angle droit avec l'atelier ; tous ces bâtiments étaient séparés les uns des autres.
L'explosion eut lieu dans le laboratoire, où travaillaient quatre femmes.
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Fig. 15. —Plan de la fabrique d'artifices du sieur M... A, B, C, D, places occupées par les ouvrières au moment de l'explosion.
D'après le témoignage de celles qui ont survécu, ces femmes ont vu venir l'explosion, provoquée par un commencement d'incendie : de l'alcool, placé près du fulminate de mercure, avait pris feu. Les ouvrières se sont sauvées et ont toutes pu quitter le laboratoire ; la première (A) n'a eu que
le derrière de sa jupe légèrement roussi, elle se dirigeait vers la porte de l'établissement; la seconde (B) a été renversée sur le sol et a eu un bras arraché; les deux autres (G et D) ont été tuées sur le coup; elles étaient à 10 mètres de distance l'une de l'autre.
Les cloisons du laboratoire ont été éventrées, ainsi que le mur de l'atelier qui fait face au laboratoire ; les gaz explosifs ont pénétré dans cet atelier, l'ont traversé obliquement, sont entrés dans le magasin, où beaucoup de pièces d'artifices étaient déjà prêtes, et y ont produit une nouvelle explosion qui a détruit le mur extérieur de ce magasin. Le laboratoire a pris feu, mais il n'a pas été lancé en l'air.
En 1878, une explosion terrible eut lieu, rue Béranger, en plein Paris, dans un dépôt d'amorces pour les fusils d'enfant (1). M. Mathieu, à qui appartenait ce dépôt, était sorti et allait prendre l'omnibus au coin de la rue du Temple et du boulevard; il entend le bruit de l'explosion et pensant immédiatement que l'accident devait s'être produit chez lui, il se hâte de revenir.
La boutique de M. Mathieu avait une profondeur de 6 mètres : c'est là qu'eut lieu la première explosion : la seconde se fit dans le magasin situé derrière la boutique : la maison avait été soulevée, et elle était retombée, à moitié écroulée ; un fait peut vous donner une idée de la puissance d'expansion de l'explosion. La pierre, en marbre des Pyrénées, qui formait le seuil de la boutique de M. Mathieu et qui avait 1^,40 de longueur, a été descellée, arrachée; elle a été transportée, par-dessus la rue, à travers la porte cochère ouverte de la maison sise en face jusqu'à un jardin distant de 40 mètres du lieu de l'accident.
(I) P. Brouardel, Étude médico-légale sur la combustion du corps humain (Aîin. d'hyg., 1878, t. L, p. 509).
Le nombre des victimes a été, à ma connaissance, de 28, dont 14 morts (1). Elles peuvent être réparties, au point de vue des lésions, de la façon suivante :
A. Lésions par brûlures: xnovii^, blessés 4.
B. Lésions dues à l'explosion : morts 2, blessés 2. G. Lésions par écrasement : morts 10, blessés 8. Qu'est-ce qui s'était passé ? M. Mathieu disait avoir eu chez
lui, et l'enquête l'a prouvé, 2 kilogrammes de fulminate de mercure, inégalement répartis; il y en avait environ 200 grammes dans la boutique ; le reste était dans le magasin, dans une caisse d'amorces, et devait être expédié le lendemain pour l'Amérique.
W" Mathieu a été trouvé morte, dans la boutique, à côté du comptoir, mis en miettes. Elle avait été déshabillée par l'explosion ; elle avait encore ses bas retenus par des jarretières et, autour du coU; un galon qui garnissait son caraco : elle était nue ; son corps était couvert de phlyctènes, non entourées d'aréoles rouges, comme si elle avait été brûlée alors que le cœur ne battait plus.
Il se fait dans ces explosions une énorme dilatation de gaz. M. Sarrau, ingénieur des poudres et salpêtres, qui fut commis avec moi, a déclaré que la température s'était élevée subitement à 2,000°. Quand on pense à la quantité de gaz donnée par un kilogramme de fulminate de mercure et qu'on tient compte de la dilatation provoquée par une élévation de ces gaz à 2,000° de température, on comprend la violence indescriptible de ces explosions.
A côté du cadavre de M™" Mathieu, on a retrouvé une lampe à pétrole. Est-ce en l'allumant qu'un commencement d'incendie a fait détoner un paquet de cartouches ? Est-ce en tombant qu'un choc a déterminé ce premier accident ? on ne sait.
(1) Obs. 23.
La bonne, qui se trouvait dans le magasin, était mutilée; la tête avait disparu, ainsi que les intestins. Le cœur, les poumons, la colonne vertébrale, étaient à nu. La colonne vertébrale était hérissée de morceaux de carton provenant des amorces ; ils étaient enfoncés dans les os à 4 ou 5 millimètres de profondeur. Songez à la faible masse d'un de ces morceaux de carton et à la violence avec laquelle ils ont dû être projetés pour pénétrer dans les os du rachis.
Les gaz explosifs ont naturellement l'ait irruption sur la voie publique : ils ont rencontré une jeune fille, qui était enceinte ; au moment où le feu a passé, elle a instinctivement froncé les sourcils et fermé les paupières, afin de préserver les yeux. Vous savez qu'il n'est possible d'exécuter ce mouvement qu'en plissant la peau du visage. La parlie supérieure de ces plis a été flambée, les intervalles sont restés blancs. Le visage de cette jeune fille avait l'air d'un soleil de sacristie. La grossesse a du reste normalement évolué.
Le concierge de la maison en face mangeait sa soupe. 11 levait le bras pour porter la cuillère à la bouche. Le bas de la figure protégé par ce mouvement du bras n'a pas été touché, mais le haut du visage a été brûlé, et cet homme ayant énergiquement contracté les muscles du front et des orbites au moment du passage de l'air enflammé, il présentait, lui aussi, sur le front des traînées de peau saine et autour des yeux des lignes rayonnantes à peu près intactes. Il a eu en outre un œil perforé par un éclat de verre et il a perdu l'autre plus tard par le développement d'une ophthalmie dite sympathique. Les éclats des vitres de sa fenêtre, réduites en fines poussières, ont criblé la figure et la main droite.
Deux autres personnes qui passaient dans la rue ont eu la membrane du tympan perforée et sont restées sourdes.
Les personnes qui se trouvaient dans la maison sinistrée^
ont été tuées par écrasement : elles avaient des fractures du crâne, des fractures du fémur, de la colonne vertébrale, et même du bassin.
Je n'insisterai pas davantage sur cet accident de la rue Béranger : mais je vous le rappelerai en vous parlant de certaines tentatives criminelles.
Le fulminate de mercure est donc un engin explosif terrible; il a souvent été employé dans un but criminel, malgré le danger de son maniement. Les anarchistes connaissent d'ailleurs fort bien ce danger, et, dans le Manuel allemand du parfait anarchiste^W est recommandé aux compagnons de ne se servir de cet engin qu'avec une grande prudence et surtout d'éviter de se laisser prendre : parce que le bourgeois est bien plus surexcité, bien plus nerveux, tant qu'il ignore qui a fait le coup, tandis que si l'auteur de l'explosion est connu, sa terreur se calme plus vile.
La première tentative criminelle faite à l'aide du fulminate de mercure a été dirigée le 14 janvier 1858 contre l'empereur Napoléon III (1). Elle est connue dans l'histoire sous le nom (^attentat d'Orsini. L'empereur se rendait à l'Opéra, en voiture, lorsque dans la rue Le Peletier trois bombes lancées contre lui firent explosion; une quatrième ne détona pas.
Les bombes fabriquées par Orsini avaient la forme d'un petit œuf d'autruche ; elles étaient en fonte et avaient 12 centimètres de haut sur 7 de large. Les parois avaient une épaisseur de 3 centimètres, sauf à la partie supérieure où cette épaisseur était réduite à 5 millimètres, de façon quel en tombant, la bombe frappait toujours le sol par sa partie inférieure plus lourde ; sur cette partie inférieure re-
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posaient 25 cheminées munies de capsules ; le reste de la bombe était rempli par du fulminate de mercure : il y en avait 135 grammes dans chacune. Le choc de la bombe sur le sol faisait détoner les capsules, ce qui déterminait l'explosion du fulminate. Les trois bombes, en éclatant, projetèrent de 7 à 800 fragments. La voiture de l'empereur reçut 76 projectiles, les deux chevaux de la voiture en reçurent 40; les 24 chevaux de l'escorte, 125. Il y eut 9 morts et 136 blessés.
Sur ces 156 individus blessés, on constata l'existence de 511 plaies; deux personnes en avaient plus de vingt, les autres en avaient de une h douze.
Les caractères de ces plaies sont assez curieux. Amb. Tardieu, qui fut chargé de l'expertise, en a donné la description (1).
Les blessures sont nettes, comme celles qui sont faites avec des grains de plomb. Les projectiles n'avaient pas pénétré très profondément, et n'avaient pas causé de grands désordres. Les personnes qui ont succombé avaient été, presque toutes, frappées à l'abdomen.
Eh bien. Messieurs, il parait que les bombes Orsini n'étaient pas de bonnes bombes. Johann Most, l'auteur de la Tactique révolutionnaire oa, si vous aimez mieux, du Guide allemand du parfait anarchiste^ leur adresse de nombreuses critiques.
La paroi supérieure de la bombe, qui n'a que 3 millimètres d'épaisseur, est trop faible : les éclats sont donc trop petits ; il n'y a eu du reste que 9 morts, ce qui n'est pas assez. Les parois de la bombe doivent avoir partout au moins 3 centimètres d'épaisseur ; les bombes Orsini étaient en fonte. Cette enveloppe n'est pas assez résistante; l'auteur
(1) Tardieu, Annales d'hyg. pub. et de méd. légale, t. IX, p. 395, et Étude médico-légale sur les blessures, Paris, 1879j p. 298.
P. Brouardel. — Les Explosifs. 6
de la Tactique révolutionnaire conseille des enveloppes de fer et mieux encore de zinc, qui peuvent être fabriquées dans un appartement quelconque, sans difficultés.
La charge de fulminate était trop forte ; elle a divisé les bombes en fragments insignifiants, qui ont fait des blessures trop anodines.
Je vous signale ces critiques, parce que la brochure allemande, et une brochure française, de même tendance, intitulée V Indicateur anarchiste^ les ont largement popularisées. Elles ont été écrites par des personnes très au courant de toutes les questions de la chimie, de la mécanique et de la balistique. La fabrication sans danger de la nitroglycérine et des autres agents explosifs y est expliquée dans ses moindres détails.
Le fulminate de mercure a encore été employé dans d'autres occasions.
Il y a quelques années, des volumes explosifs furent adressés à M""" Constans, dont le mari était alors ministre de l'intérieur, à M. Treille, médecin en chef des colonies, et à M. Etienne, sous-secrétaire d'Etat aux colonies. Ces volumes étaient des missels. Le bord des pages avait été conservé, le milieu en avait été évidé de façon à former une cavité, dans laquelle avait été déposée une boîte contenant du fulminate de mercure, des clous et d'autres projectiles. Les pages étaient, toutes, collées par leur bord. Si on avait tenté d'ouvrir ces volumes, une sorte de cosaque, en se déchirant, faisait détoner un peu de fulminate qui mettait le feu à la boîte déposée dans le livre et provoquait son explosion.
Ces missels n'ont pas fait explosion ; comme les personnes à qui ils furent envoyés ne les attendaient pas, elles se méfièrent ; divers attentats avaient été récemment commis, les livres furent envoyés au Laboratoire municipal et détruits.
Depuis'la découverte de la radiographie, MM. Ch. Girard et Bordas ont eu l'idée de reconstituer ces livres et de les sou-
Fig. 16. — Livre explosif, d'après ime pliotograpliie de M. Bordas.
mettre à la photographie par les rayons Roentgen (1). Cette opération a permis de se rendre compte, non seulement de la nature suspecte des livres, mais encore de leur contenu.
(1) Voy. F. Bordas, Les rayons RoentgeJi et leur application en médecine légale [Annnles clhygiUne, 1896, t. XXXV, p. 385).
La photographie laisse nettement voir la boîte encastrée à l'intérieur des feuillets, et de plus, les chimistes ont reconnu la présence du fulminate de mercure, cette substance laissant
Fig. 17. — Livre explosif, d'après une photographie de M. Bordas.
très difficilement passer les rayons Roentgen (fig. 16 à 18). Continuant leurs expériences, MM. Girard et Bordas ont reconstitué divers engins de diverses natures, qu'ils ont photographiés ensuite et dont nous donnons une reproduction.
C'est d'abord une boîte de la dimension adoptée par les auteurs des derniers attentats, la boîte fermée, qui rappelle la boîle de conserves de l'attentat de Terminus (fig. 19).
Fig. 18. — Livre explosif, d'après une radiographie de M. Bordas.
La même boîte a été photographiée par les rayons Roentgen (fig. 20).
Les parois ont disparu sous l'action des rayons et l'intérieur apparaît.
La boHe était chargée de poudre de cliasse ; on voit également un lube à renversement contenant de l'acide sulfuriq ue et un mélange de sucre et de chlorate de potasse, lequel devait enflammer la poudre.
Fig. 19, — Boîte, enveloppe extérieure photographiée.
Il est arrivé souvent que ces sortes de colis contenaient des engins, ou n'en contenaient pas. Mais comment examiner des colis suspects du genre de celui que l'on voit figure 21, qui semble une innocente caissette?
Il suffirait encore de le soumettre à l'action des rayons Roentgen et l'on aurait l'image, qui est de dimension plus grande que la première, mais qui n'est absolument que la
caissette dont le contenu n'échappe pas à l'investigation des rayons X (fig. 22).
L'image semble tout à fait inattendue, avec ses clous si
Fig. 20. — La même boîte, radiographiée.
minutieusement reproduits, et jusqu'aux taches de cire qui cachettent la boîte en haut et en bas. Le bois, qui constitue l'enveloppe extérieure, a disparu ou du moins il n'a laissé que la trace qu'on aperçoit, qui ne gène pas pour la vue des objets insolites dont cette caisse-engin était garnie.
La .photographie laisse voir l'intérieur de l'engin, chargé aussi de poudre de chasse, de clous, de balles, au miHeu desquels on aperçoit un tube de verre contenant de l'acide sulfurique.
Fig. 21. — Boîte, enveloppe extérieure photographiée.
Une ficelle attachée à la face intérieure du couvercle avait son autre chef attaché à la partie effilée d'un tube à essai contenant de l'acide sulfurique.
Lorsque l'on ouvrait la boîte, la ficelle brisait le tube effilé
Fig. 'S?;' r- La même boîte,' radiographiée.
et l'acide sulfurique se répandait sur le mélange de sucre et de chlorate et amenait l'explosion.
Je fais passer sous vos yeux la série de photographies que je dois à Tobhgeance de M. Bordas (ûg. 19 à 22). Elles vous montrent comment on peut utiliser l'application des rayons Roentgen au diagnostic des engins suspects.
Vous concevez sans peine les services que rend celte découverte récente à ceux qui ont le périlleux honneur d'être chargés au Laboratoire municipal du service des explosifs.
Il est intéressant de connaître l'opinion des chimistes qui, au moment de l'envoi des missels, s'occupèrent de la question.
M. Berthelot pensait qu'il était difficile de fabriquer du fulminate de mercure en aussi grande quantité qu'en contenaient les missels sans posséder un outillage très perfectionné. Il était persuadé que ce fulminate avait dû être dérobé dans un de nos arsenaux ou un de nos ateliers maritimes. Les recherches dirigées de ce côté n'aboutirent pas.
L'hypothèse de M. Berthelot semble d'après l'enquête probablement justifiée; toutefois lorsqu'on a lu le Manuel du parfait anarchiste, on ne doute pas qu'il ne soit possible de préparer du fulminate de mercure, sans trop de difficultés.
En 1894, une lettre fut adressée à M. de Rothschild ; elle avait l'apparence d'une supplique, pareille à celles que l'on reçoit tous les jours dans la maison.
L'enveloppe contenait une feuille de carton assez fort, préparée de façon à ménager en creux quatre compartiments peu épais : ces compartiments contenaient du fulminate de mercure, un cosaque reliait le premier de ces compartiments à l'enveloppe. Le tout était combiné de telle manière que la personne qui ouvrirait la lettre en coupant l'enveloppe, le long de son bord supérieur, avec un couteau à papier, ferait