INCENDIE DES GRANDS MOULINS DE CORBEIL
L'amidon et la fécule, en suspension dans l'air, ont à plusieurs reprises déterminé de légères explosions par suite du mélange détonant formé par ces matières et par l'air.
Les poussières que l'on recueille dans les chambres à poussière des moulins ne sont pas de nature minérale. Nous avons constaté qu'elles sont susceptibles de brûler sans laisser de quantités appréciables de cendres. Examinées au microscope, elles paraissent presque exclusivement constituées par les débris des poils qui se trouvent à la surface du grain de blé. Ces poussières sont donc capables, comme la poussière de charbon, de liège, l'amidon et la fécule, de former avec l'air des mélanges explosifs. Nous avons pu vérifier nous-mêmes, avec de la poussière de blé semblable à celle qui existait dans les chambres à poussière des moulins de Corbeil, qu'en insufflant de l'air dans un flacon rempli de cette poussière, le nuage ainsi obtenu pouvait s'enflammer au contact d'une flamme et l'inflammation se propager rapidement et sous forme explosible.
' Ce phénomène est du reste difficile à produire d'une manière régulière. Il est nécessaire que le poids de la poussière atteigne une certaine proportion qu'il est impossible de déterminer par une expérience directe. La quantité d'oxygène contenue dans un litre d'air est voisine de Os^S. Ce poids peut brûler complètement €^'■,27 de poudres telles que l'amidon, la cellulose, qui ont sensiblement la même composition que les poussières de blé. Il est facile de voir que l'air pouvait tenir en suspension un poids égal de matières solides en suspension à certains moments du balayage, et nous avons constaté qu'en insufflant de l'air chargé de poussière dans un flacon, on pouvait y faire enti'er une quantité de poussière plus considérable. Ce poids devait même, probablement, être supérieur à la proportion indiquée, car sans cela l'explosion aurait brûlé ces poussières instantanément et n'aurait pas été suivie d'un retour de flamme ayant causé l'incendie.
Il nous paraît infiniment peu probable que l'explosion ait été déterminée par une étincelle due au frottement d'une pelle sur un clou ou sur un morceau de silex. Nous n'avons jamais pu déterminer l'inflammation de l'air chargé de poussières, en y faisant passer des étincelles électriques. Le contact d'une flamme nous parait une condition nécessaire de l'inflammation. La présence d'une lanterne allumée dans laquelle circule un courant d'air
conlinu, mélangé de poassièfe, est parraitemeiit suffisante pour déterminer l'explosion. Ou pouirait objecter, il est vrai, que pendant de nombreuses années on s'est servi impunémenl de. lanternes, dans les moulins de Gorbeil, pendant le nettoyage des chambres à poussière. Cette objection ne nous paraît pas fondée. Il a suffi qu'à un moment donné, par suite d'un coup de balai plus violent, la proportion de la poussière en suspension dans l'air ait pu se rapprocher de celle indiquée plus haut, condition qui a pu n'être jamais réalisée auparavant. Il faut peut-être tenir compte de ce fait, que l'accident s'est produit le lendemain delà fête du pays ; quelques ouvriers ont pu, en jouant, soulever plus de poussière qu'à l'ordinaire et déterminer ainsi l'explosion.
11 est inutile d'admettre une imprudence de fumeur: cette hypothèse est contredite par toutes les dépositions recueillies et d'ailleurs la flamme d'une allumette ne présente pas plus de dangers que celle d'une lanterne allumée.
Enfin, il résulte de la déposition si nette de Turin, que l'inflammation a commencé à se produire au contact d'une lanterne.
Nous admettrons donc, suivant toute probabilité, que Vexplosion doit être attribuée à la présence de lanternes allumées dans les chambres à poussière au moment du nettoyage.
Deuxième question. — Dans quelles conditions les p)Oussières de blé deviennent-elles inflammables ?
Les poussières recueillies dans les chambres à poussière sont toujours capables, quand la proportion en est suffisante, de former avec l'air des mélanges explosifs. En réalité, le degré de sécheresse et la température de l'air doivent avoir une certaine influence sur cette intlammabilité. Cependant les essais que nous avons faits, à ce sujet, nous ont montré que cette influence n'est pas très sensible.
Troisiîîme question. — Les chambres à poussière étaient-elles construites dans des conditions de sécurité suffisantes ?
Les chambres à poussière étaient établies comme dans la plupart des moulins. La gravité du sinistre montre que cette installation est fort défectueuse : il est indispensable que l'on puisse procéder au nettoyage des chambres à poussière sans y apporter de lumière. L'usage même de lampes électriques nous paraît devoir être interdit, bien que l'expérience nous ait montré
INCENDIli; DliS GRANDS MOULINS DE CÛRBEIL. Io7
que la production d'une étincelle électrique ne présente guère de danger.
Dans les visites que nous avons faites à ce sujet, nous avons trouvé, dans un moulin, une installation très convenable pour les chambres à poussière. Ces chambres y sont closes, mais elles donnent sur un couloir largement éclairé par des fenêtres. Elles communiquent par des portes avec ce couloir. Au moment du nettoyage, on ouvre ces dernières et les chambres sont ainsi parfaitement éclairées par la lumière naturelle. Une pareille installation devrait être exigée dans tous les moulins.
Il nous paraît, du reste, que l'explosion des moulins de Corbeil doit servir d'enseignement pour l'avenir, mais ne peut guère engager la responsabilité de la Société. Les conditions n'y étaient pas plus défeclueuses, nous le répétons, que dans presque tous les autres moulins, et les accidents du même genre qui se sont produits sont trop peu importants ou ont une cause trop incertaine pour avoir pu servir d'avertissement suffisant.
Quatrième et cinquième questioïns. — N'y avait-il pas imprudence à avoir des chambres obscures dans lesquelles on ne pouvait pénétrer qu'avec une lumière ? — iV'y avait-il pas imprudence à se servir de lanternes ordinaires qui pouvaient mettre le feu aux poussières en suspension dans l'atmosphère ou déposées à terre et déterminer Vexplosion ?
La réponse à la question précédente s'applique également à ces deux dernières.
Sixième question. — Les grandes chaleurs ne nécessitaient-elLs pas des précautions supplémentaires ?
Une seule précaution est à prendre, c'est de disposer les chambres à farine de telle sorte qu'on ne soit pas obligé d'y introduire une lumière artificielle et cette précaution est à prendre dans tous les cas. Toutefois le danger est un peu plus grand quand la température est très élevée.
Septième question. — iV'y avait-il pas imprudence à se servir de lanternes non nettoyées ?
Nous estimons qu'une lanterne allumée est aussi dangereuse qu'une flamme nue. Il importe donc peu que les lanternes soient plus ou moins en état.
Huitième question. — Le fait de laisser la poussière s'accumuler ■pendant quinze jours environ ne présentait-il pas un danger?
La quantité de poussière contenue dans les chambres à poussière n'a pas d'importance au point de vue du danger d'explosion, puisque celle-ci ne peut se produire que par l'inflammation des poussières en suspension dans l'air, dont la proportion est indépendante de la quantité de celles qui sont déposées sur le soi.
14. Explosion d'une tourie de pétrole (t). — Le 6 janvier 1862, Tardieu fut chargé de procéder à l'autopsie de la veuve L..., que l'on trouva morte dans son appartement, situé au-dessus d'un magasin de produits chimiques, où une tourie de pétrole avait fait explosion et avait déterminé un violent incendie. Le feu n'avait pas atteint cette dame, mais une fumée très épaisse et odorante avait envahi sa chambre à coucher et l'avait fait périr par asphyxie.
Plus tard, les 16 et 23 février, Tardieu eut à examiner les cadavres de deux autres victimes du même accident, qui succombèrent à l'hôpital des Cliniques, l'un six semaines, l'autre sept semaines après l'événement, aux suites de brûlures très étendues.
15. Explosion d'essence minérale. — Je soussigné, Jules Socquet, docteur en médecine, commis par M. Lefuel, substitut de M. le procureur de la République près le tribunal de première instance du déparlement de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 3 mai J892, ainsi conçue :
« Vu les articles 32 et 43 du code d'instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 5 mai 1892 par M. le commissaire de police du quartier Saint-Gervais constatant le transport à l'Hôtel- Dieu des sieurs B... et D... qui ont été, ainsi que la dame B..., brûlés par l'inflammation de l'essence minérale qu'ils transvasaient.
« Commettons M. le docteur Socquet à l'effet de procéder à l'examen des sieurs B... et D... et de la dame B... et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à ces divers examens.
I. Examen du sieur B... — Lorsque le 6 mai nous nous sommesprésente à l'Hôtel-Dieu à l'effet de procéder à l'examen du sieur B..., il nous a été répondu que cet homme était décédé la veille audit hôpital.
(1) Tardieu, Étude médico-légale sur les Llessiires, p. 296, Paris, 1870.
EXPLOSION d'essence MINÉRALE. 1 o9
Nous avons, sur une nouvelle ordonnance de M. le procureur de la République, procédé à son autopsie et rédigé un rapport spécial.
IL Examen de la dame B... les 6 et 21 mai 1892. — La dame B... a seulement élé pansée à l'Hôtel-Dieu, elle n'y est pas restée en traitement.
Cette femme, née Secondine L..., âgée de trente- sept ans, est d'une taille moyenne et ne paraît pas très vigoureuse. Cette femme porte sur la face palmaire de la main droite et sur la face antérieure du poignet droit, des brûlures au deuxième degré. Ces brûlures étaient presque complètement cicalrisées à la date du 21 mai, mais elle ne pourrait encore se servir de la main droite, les doigls étant légèrement rétractés.
IIL Examen du sieur D..., les 6, 24 mai, 10 et 25 juin 1892. — Le sieur D... (Joseph), âgé de trente-huit ans, est d'une taille moyenne et paraît assez vigoureux. Le o mai dernier, cet homme aurait été brûlé à la face et aux mains.
On constate sui' toute la face, des brûlures au premier degré; sur le fronl, les oreilles et la région postérieure du cou, des brûlures au troisième degré, recouvertes de croûtes épaisses. Les cils sont brûlés ; loute la face est rouge.
Sur la face dorsale de la main droite, se trouve une large brûlure au deuxième degré.
Toute la main gauche est brûlée au troisième degré ; les brûlures sont recouvertes de croûtes.
Lors de notre dernière visite, il existait encore des croûtes à la partie supérieure de chaque oreille. A la partie médiane delà face dorsale de la main gauche se trouvent encore une petite plaie de 2 centimètres de diamètre recouverte d'une croûte.
La vue et l'ouïe sont intactes.
Conclusions. — 1° La dame B... et le sieur D... portent chacun, sur différentes parties du corps, des brûlures au deuxième et troisième degré.
2° Ces différentes brûlui'es n'entraîneront aucune infirmité permanente ou temporaire. La durée de l'incapacité absolue de travail sera de quatre à cinq semaines pour la femme B... et de deux mois environ pour le sieur D...
16. Explosion d'essence minérale. — Je soussigné, Jules Socquet, docteur en médecine, commis par M. Lefuel, substitut de
160 OBSERVATIONS ET EXI'ERTISES MÉDICO-LÉGALES.
M, le procureur fJe la République près le tribunal de première instance du déparlement de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 6 mai 1892, ainsi conçue :
« Yu les articles 32 et 43 du code d'instruction criminelle et le procès-verbal dressé le 6 mai 1892 par M. le commissaire de police du quartier Saint-Gervais conslalant le transport à la Morgue du cadavre du sieur B..., décédé à l'Hôtel-Dieu le o mai 1892,
(( Commettons M. le docteur Socquet, à l'effet de procéder à l'aulopsie du sieur B... et de constater tous indices de crime ou délit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à cette autopsie le 11 mai 1892.
Le cadavie est celui d'un homme de laille moyenne, âgé de vingt-sept ans, et paraissant assez vigoureux. La rigidité cadavérique a complètement disparu et la putréfaction est commencée.
La surface du corps est brûlée sur une giande étendue ; la peau se détache et s'enlève très facilement par larges lambeaux. Le cuir chevelu, y compris les cheveux, est complètement briilé. La face est recouverte d'un enduit noirâtre sur lequel le derme paraît intact.
Les sourcils et les cils sont complètement brûlés.
La peau du thorax présente de nouibreuses brûlures au deuxième degré; celle des membres supérieurs présente des brûlures au troisième degré.
Sur la peau du dos, des fesses et des cuisses se trouvent de larges plaques de brûlures au deuxième et troisième degré.
11 n'y a pas d'épanchement sanguin dans le cuir chevelu. Les os du crâne ne sont pas fracturés. Les méninges sont un peu congestionnées. Au niveau du bulbe, se trouvent les traces d'un petit pointillé hémorrhagique.
La trachée est gorgée d'une fine spume bronchique. Les poumons sont extrêmement congestionnés; les bronches contiennent beaucoup de spume finement aérée et légèrement sanguinolente. Il n'y a ni épanchement liquide dans les cavités pleurales, ni fausses membranes.
Un peu de liquide dans le péricarde. Le ventricule droit renferme un caillot fibrineux ; le ventricule gauche un caillot cruorique ; les valvules sont saines.
L'estomac est vide ; sa muqueuse présente, par places, de pe-
tiles ulcérations de la grandeur d'une lentille ne comprenant que la couche muqueuse. Dans la première partie du duodénum se trouve un piqueté hémorrhagique très net et quelques petites ulcérations ne comprenant pas toute l'épaisseur de la paroi.
Le foie est gros ; la vésicule biliaire ne contient pas de calculs hépatiques.
La rate est saine ; elle n'est pas diffluente.
Les reins se décortiquent facilement.
Les intestins sont congestionnés; il n'y a pas d'épanchement dans la cavité abdominale.
La vessie est vide ; sa muqueuse est saine.
Conclusions. — La mort du sieur B... est le résultat d'une congestion pulmonaire double, consécutive à des brûlures au deuxième et au troisième degré.
17. Homicides et blessures par explosion de machine à vapeur. Explosion de Joinville-le-Pont. — Je soussigné, Jules Socquet, docteur en médecine, commis par M. Espinas, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 9 février 1893, ainsi conçue :
u Vu la procédure commencée à l'occasion d'une explosion ayant eu lieu à l'usine du Bi-Métal à Joinville-le-Pont,
<( Prions M. le D'' Socquet, serment prêté, d'examiner :
« 1° A l'hôpital Saint-Antoine, le cadavre de la femme M...;
« 2° A l'hôpital cantonal de Saint-Maurice, celtiide M... (Joseph);
« 3° A la Morgue celui de M... (Charles) ;
<( 4° Et d'examiner également l'état des blessés, dont le domicile lui serait indiqué par M. le commissaire de police de Joinville-le- Pont ;
a Et de donner un rapport aux fins de droit. »
Serment préalablement prêté, ai procédé à ces diverses opérations.
I. ExAMEM MÉDICO-LÉGAL DES CADAVRES. — 1° Exameu de la femme M... à riiôpital Saint-Antoine, le 10 fécrier 1893. — Le caJavre est celui d'une femme de taille moyenne, paraissant bien constituée. Les cheveux sont couverts de plâtre et de terre.
La face et les bras sont le siège de nombreuses brûlures aux 2^= et 3*^ degrés. — La voûte du palais et la langue sont également P. Brouakdel. — Les Explosifs. il
brûlées. — La moitié supérieure du dos est le siège d'une vaste brûlure au 2® degré. — Sur les deux jambes se trouvent plusieurs petites érosions. — Sur la face dorsale du pied droit se trouve une large plaie conluse en forme de fer à cheval, comprenant toute la moitié externe du pied. — On ne constate pas, sur les ditierentes parties du corps, de fracture des os.
Sur la ligne médiane de l'abdomen, un peu au-dessous de l'ombilic, se trouve une incision linéaire chirurgicale, mesurant 15 centimètres de longueur. — Cette incision s'étend jusqu'à l'intérieur de l'ulérus, elle a été pratiquée à l'hôpital Saint-Antoine aussitôt après la mort de cette femme, pour extraire le fœtus qu'elle portail, et qui était encore vivant. — Ce fœtus, qui a succombé quelques minutes après sa naissance, était du sexe masculin; il pesait 2'''',200 et mesurait 46 centimètres de longueur; il paraissait être arrivé au huitième mois environ de la vie intrautérine.
2" Examen du sieur M... {Charles). — Le cadavre du sieur M... (Charles), déposé à la Morgue de Paris, est celui d'un homme bien constitué, paraissant âgé de trente-huit à quarante ans environ. La face et le cuir chevelu sont couverts de terre, de plâtras. — Les cuisses et les jambes, les bras, les avant-bras et les mains, sont le siège de nombreuses brûlures aux l^"" et 2« degrés. — En certains endroits, l'épiderme s'enlève par larges lambeaux. — Toute la région postérieure de la poitrine et l'abdomen sont également le siège de larges brûlures. — La face est brûlée en nombreux endroits.
La cuisse gauche est fracturée à l'union du tiers inférieur avec le tiers moyen. — La jambe droite est fracturée à sa partie médiane; les fragments osseux ont perforé la peau et font issue ; on constate également sur les jambes plusieurs petites plaies contuses.
3° Examen du cadavre du sieur M... [Joseph). — Le cadavre du sieur M... (Joseph), que nous avons examiné à l'hôpital cantonal de Saint-Maurice, est celui d'un homme paraissant âgé de cinquante-huit à cinquante-neuf ans environ. Cet homme est décédé quelques heures après son arrivée audit hôpital.
On constate actuellement les lésions suivantes :
Sur le cuir chevelu, au niveau du pariétal gauche, un peu en arrière de l'oreille, se trouve une large plaie contuse, comprenant
toute l'épaisseur du cuir chevelu. Toute la face, principalement le côté gauche, est le siège de nombreuses brûlures aux l^'' et 2^ degrés. Large brûlure de tout le membre inférieur gauche. — Sur la face externe du genou droit se (rouve une large brûlure au 2" degré. Sur les autres parties du corps, notamment sur les mains, se trouvent plusieurs petites brûlures disséminées.
Sur la face dorsale de la main gauche, se trouvent deux larges plaies contuses.
Le bras gauche est fracturé au niveau de sa partie moyenne. — La jambe droite est complètement fracturée à l'union du tiers inférieur avec le tiers moyen.
4° Examen de (}... {Guillaume), le 10 et 22 février, à Saint- Maurice. — Le sieur G... (Guillaume), âgé de Irenle-sept ans, se trouvait dans l'écurie au moment où se produisit l'explosion; il aurait eu la jambe droite emportée par un débris de la machine. Transporté le jour même à l'hôpital cantonal de Saint-Maurice, la plaie de lajambe droite aurait été régularisée, en vue d'obtenir une cicatrisation et par suite un moignon.
Lors de notre première visite, on constate que le blessé est dans un état d'abatlement très grave, le pouls est très agité, la langue est sèche, la température assez élevée, et il ne répond que par monosyllables aux diverses questions que nous lui posons. — Sur la lèvre supérieure, au niveau de la partie médiane, se trouve une plaie assez profonde. — Sur le côté droit de la face se trouvent plusieurs brûlures au 2^ degré.
La jambe droite du sieur G..., qui a été retrouvée dans les décombres, était sectionnée à l'union du tiers moyen avec le tiers supérieur. La ligne de section élait irrégulière et un large lambeau postérieur, allant jusqu'au genou, faisait partie du débris.
Le sieur G... est décédé à l'hôpital Saint-Maurice des suites d'un phlegmon volumineux de la jambe et de la cuisse droite; l'examen du cadavre a été pratiqué le 22 février courant.
IL Examen des blessés. — Les blessés de l'explosion de Joinvillele-Pont sont au nombre de quatre; ce sont: a. La jeune M... (Jeanne), en traitement à l'hôpital Trousseau. p. Le sieur M... (Lucien), en traitement à l'hôpital de Sainl- Maurice.
y. Le sieur H... (Louis), demeurant, 27, avenue Gaflin, à La Varenne.
0. Le sieur P... (Joseph), demeurant, 42, avenue Caffin, à La Varenne.
i° Examen de la jeune M... [Jeanne], le 10, 16 février, 14 et 29 mars 1893. — La jeune M... (Jeanne-Germaine), âgée de trois ans el demi, est de petite taille et ne paraît pas très vigoureuse. On constate actuellement les lésions suivantes :
{o Sur la partie médiane du front, au niveau de la naissance du cuir chevelu, se trouve une plaie contuse, comprenant toute l'épaisseur du cuir chevelu, mesurant 3 centimètres environ de longueur;
2" Au-dessus du sourcil gauche se trouve une plaie contuse, parallèle à l'arcade sourcilière, mesurant 4 centimètres de longueur ;
3° Sur le côté droit du menton et au niveau du menton se trouvent des brûlures au 1^'' degré;
4° Sur la cornée gauche se trouve une légère opacité;
5° La cornée de l'œil droit est intacte, mais les paupières sont le siège d'un œdème considérable;
6° La main droite est le siège de nombreuses brûlures au 2^ degré el par places au 3e degré;
7o Larges brûlures sur toute la face dorsale de la main gauche.
Lors de notre seconde visite, nous avons constaté que l'opacité de la cornée gauche avait complètement disparu ; la vue était intacte.
A notre dernière visile, le 21 mars, on constate que les plaies contuses et les brûlures des mains sont à peu près cicatrisées. La phalangette du doigt indicateur de la main droite est tombée.
2° Examen du sieur M... [Lucien], les 10, 20 février et 10 mars, 1895. — Le sieur M... (Lucien), âgé de vingt-deux ans, comptable-caissier à la Compagnie française du Bi-Métal, est de taille moyenne et paraît fort, très vigoureux. Par suite de la commotion, il aurait été renversé à terre, recouvert de débris de verre provenant du vitrail du bureau et de plâtras, et brûlé, par la vapeur, sur différentes parties du corps, nolamment à la figure et aux mains. Les cinq ou six premiers jours qui suivirent l'accident, il n'aurait pu se nourrir que d'alimenls liquides ou semiliquides.
Le 10 février, on constatait sur la bosse fronlale gauche, près de la naissance du cuir chevelu, une plaie contusi' en forme de fer à
cheval, à concavité inférieure, mesurant 6 centimètres de longueur. Les bords de cette plaie ont été réunis par des poinis de suture.
Sur la figure et les mains se trouvent de nombreuses brûlures aux le et 2e degrés.
Lors de notre dernière visite, on constatait que les brûlures étaient cicatrisées et ne laissaient aucune trace appréciable. La plaie du cuir chevelu était presque complètement cical risée. — Le blessé mange et boit bien; il pourra bientôt reprendre ses occupations.
3" Examen du sieur H... {Louis), les 9 février et 9 mars 1893. — Le sieur H... (Louis), âgé de trente et un ans, se trouvait dans le bureau, avec le sieur M..., lors de l'explosion. Le 9 février, on constatait les blessures suivantes : {° Sur le front, se trouvent une brûlure au 2<= degré et une petite plaie contuse;
2° Sur la partie médiane du nez et des lèvres, se trouvent des brûlures au 1'^^ degré;
3° Sur la main droite, quelques brûlures au i^'' degré avec de nombreuses phlyctènes. — Sur le doigt indicateur se trouve, au niveau de la première phalange, une plaie contuse de 2 centimè- Ires de diamètre;
4° Sur la main gauche, au niveau de la face palmaire de la dernière phalange, se trouve une large phlyctène;
5° Au niveau de la malléole externe du pied gauche, se trouve une plaie contuse de 2 centimètres environ de diamètre.
Le 9 mars, on constate que toutes les plaies et brûlures, à l'exception de la plaie contuse de la malléole exierne gauche, sont cicatrisées. — Celte dernière plaie est en voie de cicatrisation; le pied est légèrement gonflé et il existe encore un peu de gène dans la marche.
4° Examen du sieur P... {Joseph), les 9 février et 2 mars 189'6. — Le sieur P... (Joseph), âgé de dix-neuf ans et demi, est de taille moyenne et paraît assez vigoureux. Lors de l'explosion, il se trouvait au milieu du bureau; il aurait été renversé sur le côté droit et le sieur M... (Louis) serait tombé sur ses jambes. Le 9 février, on constatait les blessures suivantes: i° Sur la bosse frontale droite, au niveau de la naissance du cuir chevelu, se trouve une petite érosion de la peau ;
2" Sur la région mastoïdienne droite, petite érosion avec ecchymose.
3° A la partie supérieure de l'oreille gauche, au niveau du bourrelet, se trouve une petite érosion de la peau ;
4° Au niveau de la commissure droite des lèvres, petite érosion de la peau ;
5° Sur la main droite, à l'extrémité de l'index et du médius, se trouvent deux coupures mesurant chacune 15 millimètres de longueur ;
6° Sur la main gauche, face dorsale, se trouvent trois petites érosions. Sur la face externe du petit doigt, érosion de 2 centimètres. Sur la deuxième phalange du doigt annulaire se trouve une plaie conUise de 2 centimètres environ;
7° Au niveau de l'épine iliaque antéio-supérieure gauche se trouve une petite plaie contuse d'un centimètre de diamètre, entourée d'une large ecchymose de 6 centimètres. — A 10 centimètres en arrière se trouve une petite érosion de la peau. — Cette région est douloureuse à la pression.
Le blessé accuse quelques douleurs de tête : la première nuit, nous dit-il, avait été bien agitée et troublée par des cauchemars affreux. — L'appétit est bon et la digestion se fait bien.
Lors de notre visite du 2 avril, on constatait que toutes les plaies étaient complètement cicatrisées ; le blessé avait pu reprendre ses occupations depuis plusieurs jours.
Conclusions. — 1° L'explosion qui a eu lieu à l'usine du Bi- Métal, à Joinville-le-Pont, le 8 février, a occasionné la mort de quatre personnes : i° de la femme M... ; 2° du sieur M... (Charles); 3" du sieur M... (Joseph) ; 4° du sieur G... (Guillaume). Ce dernier a succombé une dizaine de jours environ après l'explosion, des suites de ses blessures.
2° Celte même explosion a occasionné des blessures, plus ou moins graves, à quatre personnes : 1° la jeune M... (Jeanne) ; 2° le sieur M... (Lucien) ; 3° le sieur H... (Loui?) ; 4° le sieur P.. . (Joseph).
3° Ces différentes blessures n'occasionneront aux blessés aucune infirmité permanente ou temporaire. Seule, la jeune M... (Jeanne) aura une difformité de la main droite, consistant dans la perle de la phalangette du doigt indicateur.
4° La durée de l'incapacité absolue de travail sera de :
a. Deux mois environ pour la jeune M... (Jeanne).
EXPLOSION d'appareils DE CHAUFFAGE A l'eAU CHAUDE. 167
p. Six semaines pour le sieur M... (Lucien).
y. Quatre semaines pour le sieur H... (Louis).
0. Douze à quinze jours environ pour le sieur P.. . (Joseph).