EXPLOSION DE FAKINE DANS UNE BOULANGERIE
plusieurs années, au moyen d'un appareil nommé par les inventeurs pyréolophore. Voici en quoi consistait à peu près cet appareil : C'était un cylindre, muni d'un piston, où l'air atmosphérique était introduit à la densité ordinaire. L'on y projetait une matière très combustible, réduite à un grand état de ténuité et qui restait un moment en suspension dans l'air, puis on y mettait le feu. L'inflammation produisait à peu près le même effet que si le fluide élastique eût été un mélanf^e d'air et de gaz combustible, d'air et d'hydrogène carboné, par exemple ; il y avait une sorte d'explosion et une dilatation subile du fluide élastique, dilatation que l'on mettait à profit en la faisant agir tout entière contre le piston. Gtdui-ci prenait un mouvement d'une amplitude quelconque et la puissance motrice se trouvait ainsi réalisée.
<( Rien n'empêchait de renouveler l'air et de recommencer une opération semblable à la première.
« Cette machine, fort ingénieuse et intéressante surtout par la nouveauté de son principe, péchait par un point capital. La matière dont on faisait usage comme combustible (c'était la poussière de lycopode, employée à produire des flammes sur nos théâtres) était trop chère pour que tout avantage ne disparût pas par cette cause; et malheureusement, il était difficile d'employer un combustible de prix modéré, car il fallait un corps en poudre liés fine dont l'inflammation fût prompte, facile à propager, et laissât peu ou point de cendre.
« Au lieu d'opérer comme le faisait M. Niepce, il nous eût semblé préférable de comprimer l'air par des pompes pneumatiques, de lui faire traverser un foyer parfaitement clos dans lequel on eût introduit le combustible en petites portions par un mécanisme facile à concevoir, etc. (1). »
(1) Le mùmoire de Sadi Caruot qui, dès son apparition, ne fît pas grande sensation en France, est cependant très intéressant et fut très remarqué en Angleterre, où des essais sur le développement de la puissance motrice de la chaleur par l'air atmosphérique venaient d'être récemment faits (1824). Garnot ne croit pas insurmontables les grandes difficultés que pourrait présenter dans la pratique l'emploi de l'air chaud comme force motrice, et il ajoute que si l'on parvenait à les vaincre, l'air offrirait uue supériorité remarquable sur la vapeur d'eau.
Quelques années plus tard, l'iugéuieur suédois Ei-icson construisait
Il résulte de cet exposé et des recherches auxquelles je me suis livré, que les explosions de farine sont excessivement rares et que l'explosion de la rue Croix-des-Petits-Champs a eu pour cause riiTLiplion brusque de la folle farine dans un état de divisibilité extrême, qui, formant avec l'air un mélange combustible et explosible, s'est enflammée au contact du bec de gaz et a occasionné les brûlures du garçon boulanger et le bris des deux glaces.
Votre délégué ne croit pas qu'il y ait lieu d'imposer aux boulangers des prescriptions autres que celles généralement faites jusqu'à ce jour et qui ont pour but de prévenir les commencements d'incendie assez fréquents d'ailleurs dans ces éfablissements.
13. Incendie des Grands Moulins de Corbeil. Rapport d'expertise, par MM. Béthouart, Vaury et Villiers (1). — Nous soussignés :
Béthouart, président du tribunal de commerce de Chartres, constructeur-mécanicien ;
Vaury, juge au tribunal de commerce de la Seine, meunier ;
Villiers, docleur es sciences, professeur agrégé à l'École supérieure de pharmacie de Paris ;
Commis par une ordonnance de M. Lesage, juge d'instruction près le tribunal de Corbeil, à l'efTet de :
1" Rechercher les causes de l'incendie;
2° Rechercher dans quelles conditions les poussières de blé deviennent inflammables ;
3° Les chambres à poussière étaient-elles construites dans des conditions de sécurité suffisantes?
40 N'y avait-il pas imprudence à avoir des chambres obscures dans lesquelles on ne pouvait pénétrer qu'avec une lumière?
5° N'y avait-il pas imprudence à se servir de lanternes ordinaires qui pouvaient mettre le feu aux poussières en suspension dans l'atmosphère ou déposées à terre et déterminer l'explosion ?
G" Les grandes chaleurs ne nécessitaient-elles pas des précautions supplémentaires?
les premières machines à air chaud, et Hugou et Lenolr inventaient les premières machines à gaz.
(1) Bétliouart, Vaury et Villiers, Incendie des Grands Moulins de Corbeil Ann. d'flyg., 1892, tome XXVIII, p. 11:)).
INCENDIE DES GRANDS MOULINS DE CORBHIL. loi
7° N'y avait-il pas imprudence à se servir de lanternes non nettoyées?
8° Le fait de laisser la poussière s'accumuler pendant quinze jours environ ne présentait-il pas un danger ?
9° Et généralement faire toutes recherches et constatations qu'ils croiront nécessaires.
Nous nous sommes transportés à Corbeil le 25 juin 1892, et après avoir prêté serment entre les mains de M. le juge d'instruction de Corbeil, nous avons visité les magasins incendiés, dans lesquels nous n'avons pu trouver aucun indice qui puisse nous mettre sur la voie de la cause du sinistre, la portion du bâtiment où l'explosion s'est produite ayant été complètement démolie.
Nous avons demandé aux personnes présentes : Laisney, directeur de la Société des Grands Moulins de Corbeil ; Mainfroy, directeur technique ; Dalton, chef du magasin à blé; Massart, menuisier ; Grener, forgeron ; Poulenc, taraudeur; Krebs, chauffeur, de nous fournir tous les renseignements possibles sur l'explosion. Toutes ces personnes, sauf M. Laisney, se trouvaient présentes, mais à une distance suffisante du centre de l'explosion pour avoir pu échapper aux conséquences de cette dernière ; quelques-uns cependant ont été légèrement blessés.
Des renseignements fournis par M. Laisney et par M. Mainfroy, il résulte que tous les mois on procède à un arrêt de mouture et à un inventaire. On en profite pour faire les réparations courantes et pour procéder au nettoyage et à la visite des machines, ce qui occasionne à ce moment la présence d'un personnel plus nombreux et d'ouvriers spéciaux (chauffeurs, mécaniciens, menuisiers), qui se trouvaient réunis aux divers étages du magasin pour leur service. — On procède aussi au nettoyage des chambres dites chambres à iMussière. Ces dernières sont des pièces dans lesquelles on chasse au moyen de ventilateurs l'air chargé de poussières qu'on enlève au blé au moment de sa réception, poussières qui sont surtout constituées par des débris de poils et qu'il est important de ne pas mélanger à la farine au moment de la mouture. Dans les chambres à poussière, le travail des hommes consistait à pousser la poussière avec des balais et des pelles de bois. Il pouvait y avoir une hauteur de 0™,2o de poussière avant le nettoyage. Les quantités de poussière recueillies étaient, en général, de 50 sacs au moins.
Le sinistre est arrivé le 30 mai 1892, on avait tout arrêté à 7 heures du malin. Quand l'explosion s'est produite, vers 11 heures un quart, le nettoyage était tiès avancé et le travail devait recommencer dans l'après-midi.
Les chambres à poussière ne pouvaient avoir de fenêtres dont les vitres auraient été rapidement couvertes de poussière. De plus, la chambre du 2^ étage, où l'explosion paraît avoir commencé, était munie de cloisons en chicanes, destinées à arrêter la poussière et qui auraient intercepté la lumière. C'est pour cela qu'on était obligé de se servir de lanternes. On ne fait pas usage de lampes électriques, parce que le nettoyage se fait quand les moteurs et le dynamo sont arrêtés.
Les essais faits il y a quelques années avec des lampes de mineurs ont montré que l'usage de ces lampes était très défectueux, car elles s'obstruent très rapidement par suite de la poussière qui vient remplir les mailles de la loile métallique. On ne fume jamais et les bruits qui ont couru à ce sujet ne sont pas élablis.
M. Dation était dans un bateau à blé, en face des magasins, et a enlendu l'explosion dont il compare le bruit à celui d'un coup de canon ; les gravats ont été projetés jusque sur le bateau.
Ses renseignements confirment les précédenis.
Il dit en outre qu'il y avait quatre chambres à poussière superposées : aux 2"=, 3®, 4^ et 5^ étages, communiquant par une ouverture dans le plancher. Une cheminée en bois menait sur le toit à partir de la plus élevée. On commençait par netloyer la chambre supérieure et on finissait par le bas où les poussières étaient recueillies dans des sacs accrochés sous le plancher du second étage. La chambre du 5" étage recevait seule le jour directement. Les autres n'avaient pas de fenêtres. La chambre du 2'^ étage était seule munie de chicanes. Dans chacune, une porte communiquait avec l'étage, de sorte que pendant le nettoyage on était obligé de les ouvrir, l'air étant rendu irrespirable par les poussières en suspension. Il y avait donc beaucoup de poussière dans les élages, ce qui explique la propagation de l'explosion, la pous. sière formant dans tout le vaisseau du bâtiment un mélange d'air et de corpuscules inflammables continu et d'une densité à peu près identique.
Les chambres étaient obscures. On accrochait à un clou dans
INCENDIE DES GUAiVDS MOULINS DE CORBEIL. 153
chacune d'elles une lanterne ordinaire à quatre faces comme cela se pratique dans les moulins.
Tous les hommes ont été hrùlés en quelques secondes, par suite de l'explosion et non de l'incendie qui l'a suivie. Trois sont morts sur le coup. Un ouvrier, nouveau depuis deux mois, a été retrouvé mort dans la chambre du second, la plus chargée de poussière, couché contre le mur de la maison voisine.
Massart, menuisier, était près de la machine au rez-de-chaussée, dans un endroit sans poussière. Les bourreliers ont été brûlés, ils étaient dans un local où il y avait de la poussière.
Il y a dix ans, il s'est produit une légère explosion dans une chambre à farine. Trois ouvriers ont été légèrement brûlés.
Grener (Adam), forgeron, était en train de raccommoder les pompes; l'explosion est venue d'en haut. Il n'y avait pas, à l'endroit où il se trouvait, de poussière avant l'explosion. On ne fumait pas. Ceux qui auraient fumé eussent été renvoyés.
Poulenc, taraudeur, était dans la machine, dans le bas. Pas de poussières. Il a été blessé par un morceau de bois. Pas brûlé. N'a jamais vu fumer.
Krebs, chaufTeur, était à la machine ; a seulement entendu l'explosion et vu la flamme ensuite, le plafond ayant été crevé. Il n'y avait pas de poussière dans cet endroit, avant la rupture du plafond. Au-dessus, il y avait le transporteur et par conséquent beaucoup de poussière. Personne ne fume.
A ces renseignements, nous joindrons la déposition du nommé Turin, blessé par l'incendie et qui est mort peu de temps après. Cette déposition, recueillie à un moment où, d'après le dire des témoins, il avait toute sa lucidité d'esprit, nous a été communiquée par M. le juge d'instruction. Elle donne des détails très précis :
« Je me trouvais dans la chambre à poussière, occupe au nettoyage avec quelques camarades. Tout à coup, j'ai vu quelques flammèches sortir de la lanterne fixée au mur et lécher les parois de celui-ci. Ces flammèches avaient d'abord peu de dimension, puis, petit à petit, prenaient de l'extension ; j'ai cherché à éteindre ce feu qui prenait à la poussière fixée au mur, mais je n'en ai pas été maître; en un clin d'œil tout le mur a été envahi; puis le plafond, et enfin l'explosion s'est produite. Je ne puis dire comment cela s'est passé ensuite ; lorsque la façade a été écroulée
j'avais perdu la tête, je sais cependant que j'ai sauté dans le vide.
M Selon moi, l'explosion est due à la mauvaise condition de la lanterne, qui, probablement, fermait mal.
« Nous étions environ douze ouvriers dans cette salle, et par suite de sa disposition intérieure nous ne pouvions nous voir les uns les autres, car elle forme, pour les besoins du travail, une sorte de labyrinthe. Je ne crois pas à une imprudence de fumeur; dans tous les cas, je n'ai rien vu ; à mon avis, je le répète, l'explosion provient du fait que seul j'ai constaté. »
Cette déposition paraît indiquer très nettement le point où l'explosion a commencé : soit la chambre à poussière située au 2^ étage, puisque dans cette chambre seule étaient disposées, ainsi que nous l'avons dit, des cloisons en chicanes. Elle donne aussi des indications très nettes sur la cause de l'explosion.
Toutes ces déclarations sont concordantes et conduisent aux conclusions suivantes:
Tous les hommes ont été brûlés par l'explosion et non par l'incendie <{ui l'a suivie.
L'explosion s'est étendue dans toutes les parties contenant des poussières de blé.
Il faisait très chaud et très sec (30° à 40°).
Les lampes de mineurs sont difficilement applicables dans les chambres à poussière.
Il était sévèrement interdit de fumer.
Première question. — Quelles sont les causes de V incendie ?
Ce n'est pas la première fois que des accidents analogues se sont produits, mais une fois seulement, ils ont atteint des proportions aussi considérables, dans les grands moulins de Minneapolis situés sur une des chutes du Mississipi (Étals-Unis), en 1878.
Ils s'expliquent facilement par la propriété que possèdent les poussières inflammables de former avec l'air des mélanges explosifs. Celte propriété est anciennement connue et des machines motrices fondées sur l'inflammabililé d'un mélange d'air et de poussière de charbon ont même fonctionné il y a un certain nombre d'années.
Récemment encore, une usine a été détruite à Nice par suite de l'explosion produite par de la poussière de liège, et cela, sans qu'il y ait eu d'incendie à la suite de l'explosion.