‹ Les explosifs et les explosions au point de vue médico-légalChapitre 34 sur 48 · Explosion d'appareil de chauffage à l'eau chaude · texte numérisé non relu

Explosion d'appareil de chauffage à l'eau chaude

(D"" A. Guérard) (2). — Le 8 janvier 1858, à l'église Saint-Sulpice, à Paris, à dix heures et demie du malin, pendant la messe basse qui se célébrait à la chapelle de la Vierge, une violente et subite détonation se fit entendre, et en un instant la chapelle fut remplie d'une vapeur épaisse, le sol inondé d'eau bouillante, la petite chaire placée à l'entrée de la chapelle mise en pièces, ainsi qu'un grand nombre de chaises.

Trois personnes furent tuées sur le coup, deux autres succombèrent dans la journée.

Quant aux blessés, leur nombre a dépassé dix, et quelques-uns l'ont été d'une manière extrêmement grave ; un de ces derniers a eu la joue presque enlevée et la mâchoire inférieure brisée.

Les accidents produits ont consisté en brûlures au premier et au second degré, plaies par arrachement, plaies confuses, contusions; chez quelques personnes, ily a eu asphyxie et congestion cérébrale, dues à l'action delà vapeur brûlante qui remplissait l'espace.

Lnfln l'émotion causée par un événement aussi déplorable qu'imprévu a entraîné les suites les plus fâcheuses chez quelquesuns des assistants.

(1) Tardieu, Étude médico-légale sur les blessures, p. 342.

(2) A. Guérard, Sur les explosions des appareils à eau employés pour chauffer et ventiler les édifices publics en particulier {Aun. d'hyg., I8b8, tome IX, p. 380).

La projection de l'eau bouillante a suivi de près celle des débris de la chaire et des chaises sur les principales victimes : je me crois fondé à le supposer par le siège de la brûlure qui occupait toute la face et rendait méconnaissable les traits du visage. On a pu constater ce résultat sur trois personnes déposées à la Morgue, dont la figure d'un rouge vif, était en même temps le siège d'une tuméfaction énorme. Ces victimes ont dû être d'abord renversées, puis inondées d'eau bouillante.

J'ai été immédiatement appelé à donner des soins à une dame qui offrait à la figure et aux mains des brûlures superficielles, à la partie interne de la cuisse gauche une large contusion, et en dedans du genou droit une autre contusion beaucoup moins étendue. Les vêtements de cette dame étaient trempés; elle m'a dit avoir été transportée, sans savoir comment, assez loin de sa place première. Les brûlures ont été guéries en peu de jours; quant aux contusions, la peau désorganisée s'est séparée peu à peu des parties saines, et, à la chute des eschares, la plaie de la cuisse gauche mesurait environ 20 centimètres en hauteur sur 12 en longueur, et celle du genou 8 centimètres sur 6. La première n'est pas encore cicatrisée aujourd'hui 31 mars (près de trois mois après l'accident). Il est important de remarquer que, par la position de la malade au moment de l'explosion, c'est le côté externe de la cuisse gauche qui était tourné du côté du poêle, circonstance qui prouve qu'ici la plaie contuse a été produite par l'action des projectiles.

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