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Explosion dans un dépôt d'amorces et bouchons-amorces

— Je soussigné, Jules Socquet, docteur en médecine, commis par M. Atlhalin, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 24 novembre 1885, ainsi conçue :

« Vu la procédure en information contre A... (Félix), trenteneuf ans, libre, inculpé de blessures par imprudence et de contravention à l'ordonnance du 17 septembre 1878.

« Attendu qu'à la date du 12 juillet 1883, une explosion a eu lieu au sixième étage de la maison, 35, boulevard Arago, où le sieur A... avait déposé des amorces et bouchons-amorces.

<c Attendu que la demoiselle P... (Élise), lingère, demeurant 33, boulevard Arago, qui habitait une des chambres au sixième étage, a déclaré ce qui suit le 29 novembre courant:

« Ma porte a sauté; mon lit, en bois, s'est ouvert en deux ; tout « s'est écroulé autour de moi. J'ai été couverte de plâtras, de débris « de verre ; j'ai été fortement contusionnée. J'ai toujours, dans le « côté, une douleur qui provient, je pense, de la secousse, et qui, « pendant les trois premières semaines, m'a complètement em- « pèchée de travailler. »

« Prions M. le D'" Socquet, serment préalablement prêté, de procédera l'examen médical de la demoiselle P... au point de vue des blessures et contusions qu'elle déclare avoir reçues. » .

Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen, le 27 novembre 1883.

La demoiselle P... (Élise), âgée de trente-deux ans, est petite de taille et ne parait pas très vigoureuse. Elle nous déclare cependant avoir toujours eu une excellente santé, jusqu'au jour de l'accident dont elle aurait été victime le 12 juillet dernier. Après nous avoir raconté les détails de l'accident, cette demoiselle nous déclare qu'elle aurait eu le corps couvert de nombreuses ecchymoses et que ses règles, qu'elle avait à ce moment, se seraient subitement arrêtées. Avant le 12 juillet, ses règles auraient été toujours régulières, mais depuis cette date elle aurait été trois mois environ sans les voir. Actuellement, elle serait indisposée depuis deux jours.

Pendant trois semaines, nous déclare celte demoiselle, elle n'aurait pu travailler el actuellement elle ne pourrait travailler qu'étant assise, dès qu'elle se livre à des marches un peu longues elle éprouverait des douleurs assez vives dans le côté gauche de l'abdomen.

La demoiselle P... déclare également être très nerveuse et avoir des pertes de connaissance de près de trois quarts d'heure environ.

On ne constate actuellement aucune trace de violences sur les différentes parties du corps.

L'auscultation et la percussion de la poitrine et du cœur ne révèlent l'existence d'aucun bruit anormal.

Il n'existe aucun trouble de la sensibilité, de la vue ou de l'ouïe.

Conclusions. — 1° Si l'on s'en rapporte aux dires de la demoiselle P..., elle aurait été victime, le 12 juillet dernier, d'un accident qui aurait occasionné une incapacité de travail de trois semaines environ.

2° Actuellement, c'est-à-dire quatre mois et demi après l'accident, on ne constate sur les différentes parties du corps de cette " demoiselle, aucune trace de violences, de fractures, etc., pouvant être considérées comme étant la suite de cet accident.

3° L'accident du 12 juillet dernier n'entraînera, pour la demoiselle P..., aucune infirmité permanente ou temporaire.

32. Explosion de dynamite. Affaire du boulevard Magenta. Homicides. Blessures. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par M. Althalin, juge d'instruction prés le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 26 avril 1892, ainsi conçue :

« Vu la procédure ouverte contre les auteurs de tentatives d'assassinat commises notamment à l'égard des sieurs Lhérot et Véry, 22, boulevard Magenta, dans la soirée du lundi 25 avril courant ;

« Prions M. le D'' Brouardel de vouloir bien, serment prêté, procéder à l'ejïamen médico-légal des personnes suivantes qui se trouvaient dans le débit, et ont été atteintes plus ou moins grièvement :

« 1° M. Véry (Jean-Marcel), trente-huit ans, demeurant, 22, boulevard Magenta (à l'hôpital Saint-Louis);

« 2° M"»^ Véry (Julie L...), demeurant, 22, boulevard Magenta (à l'hôpital Saint-Louis);

« 3" Véry (Jeanne), demeurant chez ses parents, 22, boulevard Magenta (à l'hôpital Saint-Louis);

« 4° G... (Léger) trente-neuf ans, typographe, denieurani, 77, rue Saint-Martin (à l'hôpital Saint-Louis) ;

« 5° Hamonod (Victor), typographe, demeurant, 56, rue Chapon (à l'hôpital Saint-Louis).

« 6° B... (Jean), Irente-huit ans, menuisier, 27, rue de Montreuil.

« 7° G... (Auguste) (rente ans, menuisier, 13, rue Saint-Bernard.

« 8° M... (Alexandre), trente-six ans, menuisier, passage de la Forge-Royale, n° 22.

a 9° M"<= F... (Marie), quarante-quatre ans, 17, rue du Delta.

« 10" M'"= T... (Charlotte), quarante-quatre ans, 19, rue du Délia.

« El de procéder en outre à l'examen des vêlements des personnes qui ont été transportées à l'hôpital Saint-Louis à la suite de l'explosion. »

Le 14 mai 1892, M. Atthalin, juge d'instruction, me commellait par une nouvelle ordonnance ainsi conçue :

« Vu la procédure relative à l'explosion qui a eu lieu boulevard Magenta le lundi 2o avril dernier ;

« Vu notre précédente ordonnance i

Prions M. le D'" Brouardel de vouloir bien, serment prêté procéder à l'examen médico-légal de la dame G..., demeurant, 178, rue du Faubourg-Saint-Denis, laquelle dame G... a été atteinte au pied au moment où elle passait en tramway devant le restaurant V... »

Serment préalablement prêté, ai procédé à l'examen des blessés.

1. Véry [Jean-Marcel), marchand de vins traiteur, ancien sommelier. — Véry, âgé de trente-huit ans, de taille petite, mais assez vigoureux, a été apporté à l'hôpital dans la nuit du 23 avril. Quand nous le voyons le matin, on nous fournit les renseignements suivants :

Au moment de son entrée, Véry ne proférait aucune plainte. Quand on lui parlait, il ne répondait pas. 11 laissait aller sous lui ses matières fécales. Il avait une épistaxis abondante. Dans le conduit auditif gauche, il y avait du sang. Celui-ci provenait probablement de l'hémorrhagie nasale, car après avoir nettoyé le conduit de l'oreille, le sang n'a pas reparu.

La jambe gauche était absolument dilacérée. On avait arrêté l'hémorrhagie en appliquant sur la cuisse une bande d'Esniarch à 10 centimètres au-dessus du genou. L'état de la jambe était tel que les internes en médecine jugèrent l'amputation immédiate indispensable. (Nous décrivons plus loin les lésions du membre inférieur, que nous avons fait conserver dans l'alcool.)

Au moment de notre première visite, onze heures après l'accident, V... était dans un état semi-comateux, il répondait à peine aux questions qu'on lui posait, el, pour ne pas provoquer une fatigue qui aurait été nuisible, nous avons dû nous borner à un examen très sommaire. Nous l'avons revu cinq jours après.

Nous réunissons dans une seule description le résultat de nos deux visites :

Tête. — La peau de la face est couverte d'un enduit noirâtre, très adhérent à la peau. Pour l'enlever, on a ajouté de la vaseline, ce qui donne sous le doigt la sensation d'un enduit graisseux.

Les cheveux sont roussis, ainsi que les moustaches, les cils et les sourcils, mais ils ne sont pas complètement brûlés. (Ils ont été tlambés.)

Sur la peau de la paupière supérieure gauche, on note la présence de deux plaies, ayant de 7 à 8 millimètres de diamètre, à bords irréguliers. L'une d'elles contient un éclat de verre de 7 à 8 millimètres de longueur sur 3 ou 4 de largeur et d'épaisseur. Le soir de l'accident, bien que l'attention eût été attirée sur l'état des yeux par les plaies de la paupière supérieure, on n'a constaté aucune lésion de ceux-ci. Les 23 et 26 avril, il en fut de même.

Le quatrième jour, 27 avril, il survint une légère conjonctivite; l'exatnen à l'œil nu ne révélait encore rien, mais à la loupe avec éclairage spécial, on put distinguer une très petite ulcération de la cornée. Les soins spéciaux (atropine, lavages bori^jués, vaseline iodoformée, glace, etc.), n'empêchèrent pas la suppuration des cavités de l'œil de se produire.

Dès le 30, V... n'eut plus que des perceptions lumineuses, l'iris était déformé, la chambre antérieure opaque; la conjonctivite était peu marquée. Les jours suivants, le gonflement de l'œila ugmenla. Le chémosis et l'hypopyon firent juger l'ablation nécessaire. A. ce moment, bien que les plaies de la cuisse allassent bien, l'état général s'aggravait, la température montait lentement (diagnostic : panophthalmie).

P. Brouardel. — Les Explosifs. 15

Le 3 mai, on enleva l'œil. L'examen montra que la plaie de la conjonctive était à peu près complètement cicatrisée. Les cavités de l'œil étaient en pleine suppuration.

Sur le bord de l'insertion des cheveux, à gauche, au niveau de l'union de la région frontale et temporale, on note l'existence d'une plaie en V à sinus antérieur et supérieur.

On retire de cetle plaie un éclat de faïence, provenant probablement d'une soucoupe. Cet éclat pèse 0s'',55. Cette plaie a 2 centimèlres et demi de diamètre, elle s'accompagne d'un décollement de toute l'étendue du morceau de peau qui forme le V.

Tronc et membres supérieurs. — Aucune lésion, quelques érosions aux mains sans importance.

Membre inférieur gauche. — L'amputation de la cuisse gauche a été pratiquée el, lors de nos deux visites, la plaie paraissait en bon état et ne suppurait pas.

Examen de la jambe. — Celle-ci est broyée. La peau est coupée assez irrégulièrement à 5 ou 6 centimètres au-dessous de la rotule. La jambe est comme éventrée. Les muscles sont hachés, séparés en feuillets dans le sens vertical, effilochés dans le sens horizontal. La partie inférieure est réliée à la partie supérieure par une partie des muscles postérieurs et par l'aponévrose du jambier antérieur qui est intacte, alors que le muscle lui-même a complètement disparu.

Les os sont brisés en plusieurs endroits. La partie moyenne du tibia manque sur une longueur de 10 centimètres environ. Ce fragment a été retrouvé dans les débris du comptoir. Le tibia est absolument dépouillé de son périoste. On ne retrouve une partie de celui-ci qu'à la partie supérieure près de l'épine du tibia, où il forme un cul-de-sac de 1 cenlimèlre environ par décollement du bord inférieur.

Les artères sont déchirées au niveau de la partie moyenne de la jambe.

Membre inférieur droit. — La peau de la face externe présente plusieurs éraflures peu profondes. A la partie moyenne de la face externe, on voit une plaie demi-circulaire de 8 centimètres de diamètre. Cette plaie est entourée d'un décollement assez considérable.

Le blessé succombe le 9 mai dans la nuit, 14 jours après l'accident.

• Autopsie (33 heures après la mort). — Tête. — Les plaies de la paupière supérieure gauche sont cicatrisées. Il en est de même de la plaie résultant de Tablation de l'œil.

Les lèvres de la plaie de la région temporo-frontale sont réunies, mais, en les séparant, on trouve infiltré de pus le tissu cellulaire qui double le lambeau de peau primiLivement décollé.

Les deux lympaus sont perforés. Le tympan gauche est complètement détruit. Le droit est perforé dans sa moitié postérieure (1).

Membres supérieurs. — On voit sur la face externe des deux avant-bras des ecchymoses ayant 5 ou 6 centimètres de diamètre, très pâles. Ces ecchymoses n'existaient pas pendant les premiers jours qui ont suivi l'enlrée de V... à l'hôpital.

Il n'y a d'ecchymose ni sur le tronc, ni sur les bras.

Membre inférieur gauche. — Les lèvres de la plaie d'amputation sont presque complètement désunies. Vers le huitième jour après l'amputation, la réunion semblait faite, mais à ce moment le tissu cellulaire a commencé à se sphacéler.

Membre inférieur droit. — Sur toute l'étendue du membre inférieur droit, se trouvent réparties des plaques ecchymotiques qui n'ont apparu que huit jours après l'accident. Le tissu cellulaire qui double la peau est à leur niveau infiltré de sang, mais il n'y a pas de décollement du tissu cellulaire, ni, de grands foyers hémorrhagiques.

Encéphale. — Les os du crâne ne sont pas brisés. Au moment où on ouvre l'arachnoïde, il s'écoule des mailles de la pie-mère environ 150 grammes de liquide blanchâtre un peu trouble. La dure-mère sur toute l'étendue de la voûte est très adhérente au crâne, on ne peut complètement la détacher sans laisser quelques lambeaux. Ces adhérences sont anciennes, plus résistantes à droite qu'à gauche.

(1) M. le Dr Castex a examiné les oreilles de quelques-unes des victimes. Il a trouvé : chez Véry, à gauche, le tympan avait; disparu, ses débris étaient accolés au cadre tympanique, les osselets étaient disjoints et mobiles; à droite, la membrane tympauique était déchirée dans sa moitié postérieure. — Chez Hamonod, des deux côtés, rupture dans la moitié postérieure du tympan. La déchirure dessinait des traits circulaires et radiés (selon la disposition des fibres coujonclives de la membrane). Il y avait cpanchement sanguin abondant dans la caisse à gauche. 11 n'y a pas eu de lésions graves de l'oreille interne {Bulletins et mémoires de la Soc. franc, d'otologie, p. 248, 1893).

Les mailles de la pie-mère sur toute la surface des circonvolutions sont infiltrées de pus, on voit des traînées blanchâtres bordant les gros vaisseaux.

La pie-mère se détache facilement, elle est épaisse.

Les circonvolutions du cerveau sont petites, et laissent entre elles des intervalles plus larges que sur les cerveaux sains.

A la coupe, la substance cérébrale est pâle, elle ne contient aucun foyer hémorrhagique ou purulent.

Les sinus ne sont pas enflammés, notamment le sinus caverneux; ils ne contiennent ni pus ni caillot.

Cœur. — Les fibres musculaires sont un peu pâles, jaunâtres. Les valvules sont saines. Le cœur droit contient quelques caillots fibrineux.

Poumons. — Les bases sont 1res congestionnées. Il n'y a pas de foyer de pneumonie, il n'y a ni tubercules ni abcès.

Foie. — Le parenchyme est jaunâtre, résistant sous le doigt, il n'y a ni congestion, ni abcès.

Reins. — Le volume est normal. Ladécorlicalion est assez facile. La substance corticale est très étroite, le bile très volumineux. Le parenchyme est manifestement scléreux.

La rate, V estomac, les intestins sont sains.

Conclusions. — 1° L. mort de V... est la conséquence directe des blessures qu'il a reçues par le fait de l'explosion du 25 avril.

2° Ces blessures ont rendu indispensable l'amputalion de la cuisse gauche.

3° Les autres blessures, celles de la tête, de l'œil, étaient ellesmêmes très graves.

4° Deux circonstances propres aux blessures par explosion ajoutaient à la gravité des lésions ainsi produites :

a. Le choc de l'explosion avait déterminé une commotion cérébrale, qui meltait V... dans un état de résistance moindre vis-àvis des accidents ultérieurs provoqués par ses plaies.

b. Au moment] de l'explosion, les blessures sont produites non pas seulement par l'engin explosif ou ses enveloppes, maispar tous les objets pulvérisés et broyés, qui lancés par l'explosion deviennent eux-mêmes des projectiles. Or ces engins, ces débris de bois, de vêtements, pénètrent sous la peau par les petites blessures aussi bien que par les grandes et, chargés de saletés, de germes nuisibles, inoculent les plaies qu'ils déterminent. Dans ces con-

ditions, les moyens antiseptiques, qui constituent un si grand élément de sécurité dans les opérations et les plaies ordinaires, perdent la plus grande partie de leur efficacité.

5° Les lésions anciennes des méninges, des reins, etc., témoignent que V... avait depuis longtemps des habitudes alcooliques qui le prédisposaient à ce que les inoculations septiques indiquées plus haut déterminent dans ses organes des inflammations purulentes plus facilement que chez une autre personne.

II. M'"" Vévy {Julie L...), demeurant 22, boulevard Magenta. — M™«V.., âgée de trente-deux à trente-quatre ans, bien constituée, est restée près de trois jours dans un état semi-comateux, répondant à peine aux questions qui lui étaient posées.

Sa face, ses mains, ses cheveux étaient couverts d'un enduit noirâtre très adhérent, qui salissait tous les objets avec lesquels ils étaient en contact.

On ne trouvait aucune plaie sur son corps.

Le 7 mai, l'état de M™« V... était satisfaisant et sa guérison semblait assurée. Toutefois, après les commotions cérébrales, des réserves doivent toujours être faites.

Conclusions. — M'"'' V... a eu une commotion cérébrale grave. Bien qu'elle paraisse actuellement guérie, il y a lieu de réserver l'avenir et une conclusion définitive ne saurait être formulée avant un laps de temps que l'on peut évaluer à (rois ou quatre mois.

III. Véry [Jeanne), douze ans et demi, demeurant chez ses parents, 22, boulevard Magenta. — Cette petite fille, bien constituée, paraît très intelligente. Elle n'a eu aucune secousse cérébrale et quand nous la voyons onze heures après l'explosion, elle répond avec la plus grande précision aux questions qui lui sont posées.

La peau de la face et des mains est couverte de l'enduit que nous avons noté chez ses parents, mais peut-être est-il moins épais.

La joue droite est rouge, un peu flambée.

Elle a été atteinte à l'épaule droite, à la région supérieure de l'omoplate, par un éclat (de bois probablement) qui a fait une blessure 'triangulaire, la peau est nettement coupée, les muscles sont broyés au-dessous de la peau. On ne trouve pas de corps étranger dans les tissus.

Dix jours après, l'état général était resté excellent. Mais la plaie n'était pas encore complètement cicatrisée.

Conclmions. — La blessure qu'a reçue la jeune V... (Jeanne) est eu voie de guérison. Elle a causé une incapacité de travail de trois semaines environ.

IV. G... {Léger), trente-neuf ans, typographe, demeurant 77 , rue Saint-Martin. — Gel homme assez vigoureux, bien constitué, est couvert de l'enduit déjà indiqué, il présente plusieurs blessures.

A la joue droite, deux blessures de 5 à 6 centimètres s'entre-croisent, couvertes par une couche épaisse de coUodion. Ces plaies sont superficielles, elles n'ont pas pénétré jusqu'à l'intérieur de la cavité buccale. Cependant au moment de l'explosion deux grosses molaires de la mâchoire inférieure ont été expulsées de leurs alvéoles et arrachées. On constate les trous laissés par cette ablation. Les dénis enlevées ne m'ont pas été remises. Les autres dents ne sont pas ébranlées.

A l'épaule droite, dans la région scapulo-humérale, sur la partie postérieure du deltoïde, il y a deux plaies profondes, mâchées, d'où le chirurgien a relire des morceaux de bois.

La peau du membre inférieur droit est couverte de nombreuses estafilades. Il n'y a pas de plaie profonde.

<» Le blessé répond dès le premier jour aux questions qui lui sont posées. Il y a eu un ébranlement cérébral, mais moins profond que chez la plupart des autres blessés.

L'ouïe semble très affaiblie du côté droit.

Conclusions. — Les blessures de l'épaule et de la joue droite, bien que graves, ont guéri en un espace de temps qui n'a pas dépassé un mois.

Il ne semble pas qu'il y ait lieu de redouter des complications d'ordre nerveux consécutives à l'ébranlement.

V. Hamonod {Victor), typographe, demeurant 56, rue Chapon. — Cet homme est jeune, vigoureux. La peau de la tête, des membres inférieurs, des avant-bras et le côté gauche du tronc sont couverts d'un enduit noirâtre assez semblable à du cambouis. Il a la couleur d'un nègre.

Les cheveux sont brûlés, les cils complètement détruits, les sourcils et la moustache très brûlés.

1 est criblé de blessures les unes profondes, les autres superficielles. Elles sont absolument innombrables.

Le membre inférieur droit est le plus atteint. On note sur sa face externe :

Au niveau de la malléole externe, une plaie de 3 centimètres, d'où le chirurgien a extrait un fragment de bois du volume d'une noisette, qui a fracturé l'extrémité inférieure du péroné. Celle plaie saigne abondamment.

A 3 centimètres au-dessus, sur le bord antérieur du péroné, une plaie assez profonde de 1 centimètre de diamètre.

Sur la face externe de la jambe, une quinzaine de plaies de 5 centimètres à 1 centimètre de diamètre, desquelles on retire des débris de bois et de vêtements. Ces plaies saignent peu.

Sur la cuisse, au niveau de la région externe et moyenne, une vasle plaie profonde de 13 à 14 centimètres, atteignant le fémur. On en retire des morceaux de bois et des débris de vêtements, et le 2 mai, un clou de 7 à 8 centimètres de longueur tordu sur luimême. Cette plaie saignait beaucoup lors de l'entrée du blessé à l'hôpital. On dut arrêter l'hémorrhagie en appliquant une pince que l'on laissa à demeure.

Au niveau du grand Irochanter, deux autres plaies de 2 centimètres et, un peu plus en arrière, une troisième plaie longue de 7 centimètres et profonde de 3 centimètres.

Outre ces plaies, le membre inférieur est couvert d'écorchures, de brûlures, au premier degré, et de très petites plaies qui ont fait comparer le membre inférieur à une écumoire.

La face interne du membre inférieur gauche est atteinte, dans les parties que la droite n'a pas protégées, de brûlures et de petites plaies contenant aussi des débris de bois et de vêtements. Au niveau de la partie moyenne delà cuisse, on voit une plaie analogue à la plaie de la cuisse droite, admettant l'index tout entier.

La face gauche présente une plaie de 12 centimètres de longueur et de 10 centimètres de largeur. Les grands elles moyens fessiers sont complètement sectionnés. Du côté gauche de celte plaie, il y a un décollement assez considérable.

Les faces externe du bras droit et interne de Pavant-bras droit présentent six plaies principales et une multitude de plaies petites, d'où on a retiré également des débris de bois et de vêtements. Une plaie de 1 centimètre et demi intéresse le bord interne de la main.

Vavant-bras gauche est atteint dans sa face palmaire d'une multitude d'écorchures sans profondeur. Elles ne contiennent pas de corps étranger.

Dans la région de Vomoplate droite, ou note deux plaies dei centimètre et demi à 2 centimètres de longueur sur 1 centimètre de largeur.

Au niveau de la dixième côte droite, on trouve une plaie analogue.

Le premier jour, H... était dans un étal nerveux assez singulier. Il se rendait compte de ce qui se passait, mais laissait faire les opérations nécessitées par ces nombreuses plaies sans se plaindre, témoignant qu'il sentait par quelques gestes et quelques mouvements faciles à modérer. Sa sensibilité générale était manifestement très diminuée.

Les jours suivants, H... eut une fièvre intense, du délire; il succomba le douzième jour (1).

Conclusions. — 1° La mort d'H... a eu pour cause direcle des blessures reçues dans l'explosion du 23 avril.

2" Le choc reçu au moment de l'explosion a mis son organisme dans des conditions d'infériorité pour résister aux blessures qui l'avaient atteint.

3' Ces blessures, extrêmement nombreuses, étaient les unes graves par leurs dimensions, les autres graves par les décollements qui entouraient même les blessures de petites dimensions.

a. Les fragments de bois, les débris peu volumineux ont en effet perforé la peau et les gaz de l'explosion ont pénétré à leur suite, décollant le tissu cellulaire et dilacérant les muscles.

b. Ces fragments emportaient avec eux les saletés, les poussières, l«s germes nocifs de toute nature qui se trouvaient accumulés dans la boutique.

c. Il était impossible, même à l'aide de l'antisepsie, de pouvoir pénétrer dans tous les décollements décrits ci-dessus pour aller sur place détruire ces germes inoculateurs.

VI. B... {Jean), rente-huit ans, menuisier, 27, rue de Montreuil. — B... était, dans le débit de V..., assis à une table. Il faisait face au boulevard, il a été soulevé de sa place. En se sauvant, son pied a été pris entre deux lames de parquet. Son pantalon a été déchiqueté par l'explosion, il était couveit de débris de verre. Il n'a pas eu de brûlures.

Quand nous le voyons, le 7 mai, il ne souffre plus de son pied.

(1) Je n'ai pu faire l'autopsie, étant lualade eu ce moment. M. le juge d'instruction a donné cette mission à un de mes collègues, M. le Dr Vibert.

II déclare êLre sourJ de l'oreille droite, et en effet il entend assez mal. Il entend bien de l'oreille gauche. Il avait de ce côté de la ouate dans l'oreille au moment de l'accident.

Pendant les jours qui ont suivi le 2o avril, il avait des courbatures générales, des étourdissements, des battements de cœur et de véritables moments d'absence, c'est-à-dire que par intervalles il ne se souvenait plus de rien, puis quelques instants après il rentrait en possession de lui-même.

Il n'y a ni analgésie, ni anesthésle ; le champ visuel ne paraît pas rétréci.

Conclusions. — 1° Les lésions subies par B... n'ont pas mis sa vie en danger.

' 2° Il est probable que l'ouïe de l'oreille droite restera diminuée.

.3° Il'y a lieu de faire quelques réserves au point de vue de l'avenir. Il est possible que les troubles temporaires de la mémoire aient une durée assez longue (quelques mois) et l'empêchent pendant ce temps de se livrer à ses travaux avecl'activité nécessaire,

VII. G... [Auguste), trente ans, menuisier, 13, rue Saint-Bernard.

— G... élail, dans le débit de V..., appuyé contre le mur, tournant le dos au boulevard.

Comme toutes les autres personnes, il a été couvert de suie. Les vêtements n'ont pas été déchirés, les cheveux n'ont pas été brûlés.

Il a eu au pavillon de l'oreille gauche une écorchure, aujourd'hui cicatrisée (12 jours après l'explosion).

Il a eu pendant les premiers jours une surdité, qui actuellement a presque complètement disparu.

Il dort bien, mais, sous l'influence du moindre bruit imprévu, il bondit, a des palpitations du cœur. Il a également eu des moments d'absence avec perte temporaire de la mémoire. Ces sortes de lacunes intellectuelles tendent à disparaître.

Il n'y a pas d'anesthésie ou d'analgésie. L'étendue du champ visuel ne semble pas rétréci.

Conclusions. — 1° G... n'a eu que des lésions insigniQantes.

- 2° Il semble 1res probable que l'ouïe recouvrera son intégrité. 3° Les troubles temporaires de la mémoire résultant du choc

subi le 2o avril auront une durée et une imporlance qu'il est actuellement impossible de préciser.

VIIL M... [Alexandre), trente-six ans, menuisier, passage de la

Forge-Royale, n" 22. — M... était, dans le débit de vin, assis à la même table que B... et G .., il tournait le dos au boulevard.

Il n'a reçu aucune blessure grave, il a eu seulement quelques écorchures des mains. Son pantalon a été déchiré, coupé par places, ses cheveux ont été un peu grillés.

Depuis ce moment, il est sourd de l'oreille droite (déchirure probable de la membrane du tympan). Il est devenu très irascible. Il a des troubles delà mémoire, de véritables moments d'absence. Il oublie les commandes que lui font les clients.

Il n'y a pas d'anesthésie vraie, cependant la sensibiUté paraît retardée. Le champ visuel ne semble pas diminué.

Conclusions. — 1° M... n'a reçu aucune blessure grave.

2° La surdité relative de l'oreille droite persistera probablement.

3° Les troubles de la mémoire aulorisenl, par leur persistance et leur intensité, à faire les réserves les plus expresses sur leur durée et sur la possibilité pour M... de conserver ses occupations actuelles.

IX. M°i« jF... (Marie), quaranle-qualre ans, 17, ime du Delta. — M'"'= F... était assise, dans le débit de V..., àla table sur laquelle était le portrait de Ravachol, le dos tourné du côté du boulevard.

Elle n'a pas entendu le bruit de l'explosion, mais seulement un sifflement. Elle a perdu ses jupons et son corsage a été dégrafé. Le visage et les mains étaient couverts d'un enduit noirâtre. Les cheveux n'ont pas été brûlés.

Le bras gauche a été meurtri, probablement par quelqu'un qui Ta attirée au dehors.

Les mains ont eu quelques écorchures.

Trois ou quatre jours après l'explosion, la peau de la jambe droite, et même, mais à un degré moindre, de la jambe gauche a été couverte par une ecchymose ayant toute l'étendue de la jambe. Cette ecchymose est encore très apparente aujourd'hui 7 mai.

Depuis lors. M™'' F... a des palpitations de cœur, des troubles nerveux au moindre bruit, une sonnerie dans l'oreille droite, aucun bruit dans l'oreille gauche.

Conclusions. — Les blessures reçues par M""" F... ne présentent aucune gravité, elles n'auront aucune conséquence pour l'avenir.

X. M"^^ T... [Charlotte), quarante-quatre ans, 19, rue du Delta. —

M"« T... était assise à la même table que M°i« F..., la face tournée du côté du boulevard. Elle n'a eu ni brûlure, ni ecchymose. Elle a perdu son jupon et a eu son corsage dégrafé. Les cheveux n'ont pas été brûlés, mais ils ont été défaits. Le visage et les mains ont été couverts d'une matière noire.

Depuis l'accident, elle a des bourdonnements d'oreilles, des palpilalions de cœur, une certaine difficulté à prononcer certains mots.

Il n'y a pas de (roubles de la sensibilité cutanée, ni de rétrécissement apparent du champ visuel.

Condmions. — Les troubles éprouvés par M°"^ T... ont eu peu de gravité et ne paraissent pas avoir de conséquence dans l'avenir.

XL ili™'= G..., demeurant, 178, rue du Fauboiirg-Samt-Denis. — M™'^ G..., trente-deux ans, teinturière, était sur l'impériale d'un tramway qui passait devant le restaurant V... au moment de l'explosion.

Elle a reçu deux blessures au pied droit. Le pied est resté enflé et a obligé M""^ G... à ne pas travailler pendant trois semaines.

Aujourd'hui, 18 mai, on voit sur la peau de la région antérieure du tibia, dans son tiers inférieur, une tache ecchymotique diffuse. Cette contusion est guérie.

Mais sur la face dorsale du pied, on trouve une tuméfaction fluctuante, sans chaleur, ni rougeur, un peu douloureuse. Cette tuméfaction augmente par la marche, oblige la blessée à ne pas plier le pied. Elle est constituée par un liquide non purulent, conséquence de l'épanchement sanguin consécutif à la blessure.

M™" G... nous déclare que son mari qui élait assis à côté d'elle a reçu une contusion à la partie externe de la jambe gauche, près du genou. Cette contusion sans gravité a été rapidement guérie.

Conclusions. — Les contusions reçues par I\l""= G... ont entraîné une impossibilité absolue de travailler pendant vingt et un jours. Elle lui rendront tout travail difficile pendant au moins deux ou -trois mois comptés à partir de l'accident.

XIL Examen des vêtements. i° Petit bocal étiqueté H.... — Débris de laine, matières noires, graisse. Petits fragments de bois; fragments osseux d'un os spongieux ; débris musculaires.

2° Petit bocal étiqueté G.... — Fraf^mnent de bois de 1 centimètre et demi sur 1 centimètre environ, imprégné de sang ; sur ce fragment, une petite masse noire formée de chair musculaire, de parcelles noires amorphes, de filaments de laine et de coton.

3° Vêtements de V.... — a. Pantalon gris. — Complètement déchiré, coupé aux ciseaux en divers endroits. Nombreuses taches de sang de peu d'épaisseur sur les fesses droite et gauche (à l'extérieur de l'étoffe seulement) ; taches de sang épaisses, imprégnant complètement l'étoffe, au bas de la jambe gauche; taches de plâtre en divers endroits, notamment sur la fesse droite. La moitié de l'étoffe de la jambe droite a disparu ; de la jambe gauche, il ne reste presque plus rien qu'une lanière étroite et effiloquée. Débris de verre adhérents à l'étoffe, très petits, très minces. Quelques débris d'étain.

b. Jaquette noire. — Déchirée à la couture au niveau des reins du côté gauche. Sur le haut de la manche droite, et un peu partout, des débris très petits et très fins d'étain (du comptoir'.'). Diverses taches de plâtre, sur l'épaule gauche, grande tache d'encre violette; au bas, du côté droit, taches de boue. Il n'j- a pas de sang en quantité notable.

- c. Gilet de drap noir. — Tache de sang au bas du collet, côté droit; débris de verre et d'étain autour du col.

d. Chemise à carreaux noirs. — Taches de sang au-dessous du col, côté droit; sur le col, taches d'encre violette. Autres taches de sang, peu étendues.

e. Mouchoir jaune. — Sans intérêt.

f. Cravate. — Quelques petites taches de sang. Dans un repli de la cravate se trouve un petit fragment de faïence.

4o Vêtements de Hamonod. — a. Soulier droit. — Taches de sang très abondantes ; à l'extrémité, taches de plâtre. La semelle est décollée sur le rebord droit ; très nombreuses déchirures sur le côté droit ; lambeaux de cuir arrachés, principalement sur la partie avoisinant la cheville. Une partie du talon est enlevée. Le soulier gauche est intact, et porte quelques taches de sang.

b. Chaussette. — Complètement déchirée sur le cou-de-pied. Imprégnée de sang. L'autre chaussette n'a pas de déchirures.

c. Veston quadrillé brun. — Déchirure au milieu du dos montant jusqu'au col. L'étoffe et surtout la doublure est effiloquée en min-

ces lanières. Le bas du dos, la poche droite, complètement lacérés. Les taches de sang sont de peu d'importance.

d. Pantalon. — Il n'en reste que fort peu de chose :1a ceinture, la région des reins, le côté externe de la jambe gauche; taches de sang dans cette dernière partie, ainsi que sur la doublure du fond. Un morceau est détaché du bas de l'une des jambes.

e. Gilet. — Une déchirure sous l'aisselle droite ; au-dessous, tache de sang étendue. Le reste en bon état.

. f. Chemise. — Déchirure et tache de sang correspondant à la déchirure du gilet. Trous et taches de sang, dans la région des fesses. Tâches noires ou grises un peu partout.

S° Vêtements de G... [Léger). — a. Cravate. — Maculée de sang.

b. Pania/on.— La jambe gauche est presque entièrement déchirée le long des deux coutures. Déchirures transversales, à la partie postérieure de la cuisse gauche. Jambe droite : morceaux enlevés à la partie antérieure; déchirures le long des coutures. (Les déchirures longitudinales ne paraissent pas dues à l'explosion.) Pas de sang.

c. Gilet. — Un peu de sang sur la doublure. Pas de déchirures caractéristiques.

d. Morceau de drap gris. — Enveloppé dans un papier portant des indications pour les courses.

e. Chemise. — Taches de sang en gouttes sur le col et le plastron. Trous et taches de sang dans la région deltoïdienne droite.

f. Vejton. — Trous et taches de sang, peu abondantes, dans la région deltoïdienne droite. Autres taches de sang, dans la doublure, sur un bouton, sur le bas du revers du collet gauche.

g. Bottines. — En bon état. Sang sur la bottine droite. h. Chaussettes. — Rien.

6° Tube de verve. — A l'orifice d'un bout de tube de verre, quelques parcelles d'une trace de matière noire. Au microscope, grains amorphes, li'ès petits, dont l'examen ne révèle rien de particulier; ils sont analogues à du noir de fumée.

7° Dans les taches blanches, ou débris de poussières recueillis sur plusieurs de ces vêtements, j'ai cherché, sans succès, la présence de diatomées, qui auraient pu démontrer que l'engin contenait de la dynamite. Mais la dynamite est souvent faite avec des produits ne contenant pas de diatomées, notre examen ne permet donc pas de rejeter cette hypothèse.

33. Explosion à l'hôtel de Sagan. — Je soussigné, Jules Socquet, docteur en médecine, commis par M. Anquetil (Emile), juge d'instruction près le tribunal de première instance du déparlement de la Seine, en vertu d'une ordonnance eu date du l^r mars 1892, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre « inconnu », inculpé de destruction d'immeubles par matière explosible.

« Attendu la nécessité de constater judiciairement l'état oîi se trouve en ce moment le sieur P. .. (Joseph), quarante-cinq ans,con" cierge de l'hôtel de Sagan, rue Saint-Dominique, S7, blessé par suite de cette explosion.

i. « Ordonnons qu'il y sera procédé par M. Socquet, docteur en médecine, lequel après avoir reconnu l'état où se trouve ledit P..., actuellement obligé de garder la chambre, s'expliquera sur les causes de ses blessures, ainsi que sur les conséquences qu'elles pourront avoir. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à cet examen les 3, 9 et 15 mars 1892.

Le sieur P... (Joseph), âgé de quarante-cinq ans, est grand et paraît vigoureux. L'attentat dont il aurait été victime remonterait au 29 février. Ce jour-là, nous dit-il, il aurait été atteint à la face, par différents objets résultant d'une explosion qui aurait eu lieu près de lui. Lors de notre première visite, on constatait, sur la paupière inférieure de l'œil droit, au niveau du rebord orbitaire, une petite plaie contuse de 5 à 6 millimètres de longueur. Cette plaie aurait occasionné une hémorrhagie abondante.

Sur l'œil gauche, on constate une infiltration grisâtre de la cornée, située à la partie externe et inférieure. Cette infiltration avait complètement disparu lors de notre' dernière visite; il persistait seulement une légère douleur.

Le 15 mars, on perçoit très nettement, à l'aide du spéculum, une perforation de la membrane du tympan gauche. Le blessé nous déclare avoir complètement perdu l'ouïe de ce côté,

La vue est complètement revenue, et la peau de la paupière inférieure droite est cicatrisée.

Conclusions. — 1° L'attentat dont le sieur P... (Joseph) a été victime le 29 février a eu pour conséquences immédiates une plaie contuse de la paupière inférieure droite, et une perforation de la membrane du tympan gauche.

. 2° La perforalion de la membrane du tympan constilue une infirmilé permanente, caractérisée par la perte de l'ouïe de ce côté.

3° La durée de l'incapacité absolue de travail sera de Irois semaines environ»

34. Affaire Vaillant. — A. Premier rapport. — Je soussigné, Jules Socquet, docteur en médecine, commis par M. Mej^er, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, en vertu d'une ordonnance, en date du 10 décembre 1893, ainsi conçue :

« Vu la procédure commencée contre :

« Vaillant (Auguste), détenu, inculpé de tentative d'assassinat et de destruction d'édifice.

« Attendu qu'il y a lieu de constater les blessures reçues par les personnes dont les noms sont ci-après énoncés :

« 1° M. 0... (Joseph-Alexandre), demeurant 121, rue d'Aguesseau, à Boulogne-sur-Seine;

« 2° M. D... (André), demeurant, 11, rue Piron ;

(( 3** M. L. C... (Albert), député, demeurant, 6, rue Thénard ;

« 4° M. D... (Pierre), demeurant, 93, rue Lafayette ;

« 5° M. H... (Charles), demeurant, 25, rue du Petit-Musc;

« 6° M. M... (Antoine), demeurant, lo2, rue Montmartre;

« 7° M. L... (Marins), demeurant, 103, rue Saint-Dominique;

« 8° M. R... (Pierre), demeurant, 6, rue de Romainville, à Bobigny ;

« 9° M. V... (Albert), demeurant, 3o, rue du Niger;

« 10" M™" P... (Pauline), demeurant, 29, rue Cambon ;

a 13° M. B... -G... (Eugène), demeurant, 6, rue Descourbes;

« 14° M. le colonel V... N..., demeurant à l'hôtel du Louvre;

« 15° M. T... (Paul), demeurant, 71, rue des BalignoUes ;

« 16° M. L... (Emile) 1 , , ^ , , ^,

\ / demeuranl, 146, rue de la Chapelle; « n° M'"'^ L... (Marie) ] ^ '

« Commettons, à cet effet, M. Socquet, docleur en médecine. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à ces divers examens.

demeurant, 23, rue Hauteville ;

demeurant à l'hôtel Terminus;

I. Examen de M. 0..., le 12 décembre i893. — M. 0... (Josepli- Alexandre), âgé de (rente-cinq ans, est de taille moyenne et paraît assez vigoureux. Le 9 décembre dernier, au moment de l'explosion, M. 0... se trouvait, nous diL-il, dans la tribune avec billets. Il aurait éprouvé une « forte commotioR » sur le côté gauche de la face et depuis il aurait des douleurs de tête et un peu de surdité à gauche. Outre cette commotion, il aurait été blessé, par deux projectiles, à l'avant-bras droit.

On constate actuellement sur la face postérieure de l'avant-bras droit, deux petites plaies contuses, linéaires, mesurant chacune un] centimètre de longueur. Ces deux plaies sont actuellement recouvertes d'une croûte sanguine. Sur les autres parties du corps, on ne constate aucune trace de violences.

Résumé. — 1° M. 0... a été atteint à l'avant-bras droit par deux projectiles ayant occasionné chacun une petite plaie contuse.

2° Ces blessures et la commotion qu'il déclare avoir ressentie n'entraîneront aucune infirmité permanente ou temporaire. La durée de l'incapacité absolue de travail sera de douze à quinze jours environ.

n. Examen de M. D..., le 12 décembre 1893. — M. D... (André), âgé de vingt-cinq ans, ingénieur civil, nous déclare qu'au moment de l'accident il se trouvait dans une tribune de face. Il aurait été atteint par un projectile au niveau de l'oceille gauche; la blessure aurait occasionné une hémorrhagie assez abondanle.

On constate actuellement sur l'oreille gauche deux petites plaies contuses, dont l'une, située au niveau du -(ragus, mesure 1 centimètre et demi de longueur, et l'dutie, située à la partie médiane du pavillon, mesure un centimètre; ces deux plaies sont recouvertes chacune d'une croûte sanguine noirâtre. Pas de traces de violences sur les autres parties du corps. -

Résumé. — 1° Le sieur D... (André) «porte sur l'oreille gauche deux petites plaies contuses résultant de la projeetion d'un clou.

2° Cette blessure n'a pas entraîné d'incapacité absolue de travail.

Ul. Examen cleM.L.C... {Albert), le il décembre 1803. — M. L.C... (Albert), âgé de trente-six ans, député, est de petite taille, mais paraît assez vigoureux. Au moment de l'explosion, M. L... se tenait la tète appuyée sur la main gauche, le pouce placé entre

l'indicateur el le médius. C'est sur ces trois doigts que nous constatons les blessures suivantes :

l'^ Sur la face palmaire du pouce gauche, se trouvent deux petites plaies contuses, irrégulières, superposées, mesurant chacune 1 centimètre et demi de longueur.

2° Sur la face interne du doigt indicateur, se trouve une petite plaie contuse, assez régulière, n'intéressant que la peau.

3° Sur la face externe du doigt médius, au même niveau que sur le doigt indicateur, se trouve une petite plaie analogue à la précédente.

Ces blessures auraient occasionné une hémorrhagie assez abondante.

Résumé. — 1^ M. L.C... porte sur les trois premiers doigts de la main gauche des petites plaies contuses assez superficielles.

2° Ces blessures n'ont pas entraîné d'incapacité absolue de travail.

IV, Examen de B... {Pierre), les 11 et 19 décembre 1893. — M. D... (Pierre), âgé de trente-deux ans, est de taille moyenne et parait vigoureux. Le 9 décembre, nous dit-il, il se trouvait dans la tribune du bureau, debout au troisième rang, au moment de l'explosion ; il aurait été blessé à la tête.

Le 11 décembre, lors de notre première visite à l'hôpital Lariboisière où le blessé est en traitement, on constatait :

a. A la région temporale droite, immédiatement au niveau do l'oreille, au commencement du tragus, une plaie assez nette, bien qu'à bords un peu contus, dirigée de haut en bas, d'avant en arrière et mesurant 2 centimètres et demi de longueur. La partie supérieure de l'oreille est soulevée par un peu de gonflement ; la peau présente à ce niveau une teinte ecchjmotique. Le chirurgien traitant a retiré, de cette plaie, un clou à sabot à grosse tète. Le temporal, immédiatement au-iessus du conduit auditif, a été dénudé par le projectile.

p. Au niveau du sillon ju go-nasal gauche, une petite plaie contuse, mesurant un centimètre environ de longueur.

y. Au niveau de l'insertion inférieure du deltoïde gauche, une plaie contuse superficielle, mesui'ant 3 centimètres et demi de longueur, un peu obliquement dirigée. A 1 centimètre au-dessus de cette plaie, se trouvent plusieurs petites éraflares parallèles entourées d'une zone ecchymotique.

P. Brouardel. — Les Explosifs. 16

Le blessé a quitté l'hôpital le 19 décembre ; ce jour-là, on constate que les plaies delà face et du bras gauche sont cicatrisées. La plaie du crâne est en voie de cicatrisation. Le blessé nous déclare éprouver quelques douleurs de tête et des fourmillements ; le sommeil et l'appétit seraient bons.

Résumé. — 1° Le sieur D... (Pierre) porte à la région temporale droite, une plaie contuse allant jusqu'à l'os, occasionnée par la pénétration d'un clou à sabot à grosse tête.

2° Il porte également sur la face et le bras gauche, deux petites plaies avec contusion ecchymotique.

3° S'il ne survient aucune complication tardive, actuellement impossible à prévoir, la durée de l'incapacité absolue de travail sera de trois à quatre semaines environ.

V. Examen de M. H..., le il décembre 1893. — M. H... (Charles), âgé de soixante-six ans, est grand et parait assez vigoureux. Au moment de l'explosion, cet homme se trouvait debout, dans la tribune publique; il aurait été blessé au bras gauche, et la blessure n'aurait pas occasionné d'hémorrhagie abondante.

Actuellement on constate à la partie médiane de la face postéro-externe du bras gauche, une petite plaie circulaire, noirâtre, mesurant S à 6 millimètres de diamètre, entourée d'une zone inflammatoire et rougeàtre. Le bras est gonflé et un peu douloureux à la pression, le blessé accuse quelques engourdissements dans le doigt médius. Sur les autres parties du corps, il n'y a pas de traces de violences.

Résumé. — 1° Le sieur H... porte à la partie médiane du bras gauche, une petite plaie circulaire, faite par un instrument piquant, tel que la pointe d'un clou.

2° Cette blessure n'occasionnera aucune infirmité permanente, ou temporaire; la durée de l'incapacité de travail, sauf complications, sera de douze à quinze jours environ.

VI. Examen du sùur ili..., le 12 décembre 1893. — Le sieur M... (Antoine), âgé de trente-neuf ans, de taille assez grande, vigoureux, se trouvait, nous dit-il, au deuxième rang de la tribune avec billets. Au moment de l'accident, il aurait ressenti une commotion qui l'aurait renversé sur le côté droit, et l'aurait rendu sourd près de quarante-huit heures.

Actuellement, on constate les blessures suivantes:

a. Un peu au-dessus de la rotule droite, se trouve une petite

plaie de 0 à 6 millimètres de diamètre recouverte d'une croûte noirâtre. Sous la peau, se trouve un peu d'emphysème souscutané.

p. Au niveau du tiers externe et inférieur de la jambe droite se trouve une petite plaie contuse de 1 centimètre et demi environ de diamètre.

Le blessé marche difficilement et éprouve un peu de gêne dans les mouvements de l'articulation du genou droit.

Résumé. — 1"^ Le sieur M... (Antoine) porte sur la jambe droite deux petites plaies, dont une, la supérieure, a été faite par un instrument piquant, tel qu'une pointe de clou.

2° S'il ne survient aucune complication, la durée de l'incapacité de travail sera de quinze jours environ.

VIL Examen du sieur L... [Marlus), le 19 décembre 1893. — Le sieur L... (Marius), âgé de Irente-cinq ans, exerçant la profession de cuisinier, est de taille moyenne et paraît assez vigoureux; il se trouvait, nous dit-il, à la première tribune avec cartes. Au moment de l'explosion, il aurait été blessé à la tète ; les plaies auraient occasionné une hémorrhagie abondante.

On constate actuellement, sur le cuir chevelu, deux plaies contuses : une de ces plaies, comprenant toute l'épaisseur du cuir chevelu, siège sur le sommet du crâne ; elle mesure 5 à 6 millimètres de longueur. L'autre est située à la région antérieure et médiane du pariétal droit, elle mesure 3 centimètres de longueur. Ses bords sont contus, irréguliers et sa direction est oblique de haut en bas et d'avant en arrière. — Ces deux plaies sont actuellement en voie de cicatrisation, mais le blessé accuse encore des étourdisseinents qui l'empêchent de reprendre son travail.

Résumé. — i° Le sieur L... (Mirius) porte sur le cuir chevelu deux plaies contuses, faites avec un instrument contondani, tel qu'un clou à sabo!:, à tôle carrée.

2" Les blessures entraîneront une incapacité absolue de travail de quinze à dix-huit jours environ.

VIII. Examen du sieur R... {Pierre), le 12 décembre 1893. — Le sieur R... (Pierre-LéopolJ), marchand de vin, âgé de quarante ans, est de taille moyenne et paraît vigoureux. Le 9 décembre dernier, il se trouvait, nous dit-il, dans la tribune du bureau.

On constate actuellement sur la peau du front, au niveau de la

bosse frontale droite, une plaie conluse, irrégulière, mesurant 3 cenlimèlres de largeur. La réi-^ion droite du crâne est douloureuse à la pression ; le blessé accuse des douleurs de tête, et il déclare avoir des étourdissements. Le sommeil serait agité et troublé par des cauchemars afîreux; l'appétit serait assez bien conservé.

Résumé. — 1° Le sieur R... (Pierre), porte à la région droite du front une plaie contuse faite avec un instrument contondant, tel qu'un gros clou à sabot.

2° S'il ne survient aucune complication, telle qu'un érysipèle, la durée de l'incapacité absolue du travail sera de dix jours environ.

IX. Examen du sieur V... {Albert), le 12 décembre 1893. — Le sieur V... (Albert), âgé de trente-cinq ans, est grand et paraît vigoureux ; il se trouvait, nous dit-il, au troisième rang de la tribune publique avec billets.

Actuellement on constate les blessures suivantes:

a. A la partie supérieure du front, près de la naissance du cuir chevelu, un peu à gauche de la ligne médiane, se trouve une plaie verticale, à bords contus, recouverte d'une croûte sanguine, et mesurant 1 centimètre et demi de longueur.

[5. A la partie supérieure de l'aile gauche du nez, se trouve une petite plaie contuse, mesurant 8 à 10 millimètres de longueur.

Ces deux plaies, mais principalement celle du front, auraient occasionné une hémorrhagie assez abondante.

Résumé, — 1° Le sieur V... (Alberl) porte, au front et au nez, deux plaies faites avec un instrument contondant, tel qu'un clou à sabot.

2° La durée de l'incapacité absolue de travail sera de huit jours, environ.

X. Examen de M"^^ P..., les 11 et J9 décembre 1893. — M'^'^ P..., née D. V... (Pauline), âgée de trente-cinq ans, est grande et paraît assez vigoureuse. Cette dame a été blessée à l'avant-bras droit par la tête d'un clou.

On constate actuellement sur la face postérieure de l'avanlbras droit, à l'union du tiers inférieur avec le tiers moyen, une plaie conluse, à bords déchiquetés, de forme circulaire, mesurant 2 centimètres de diamètre. Cette plaie présente un décollement sous-cutané, à la partie supérieure, de 5 centimètres ^ de longueur environ. A la partie supérieure de lavant-bras se trouve

uns teinte ecchymolique assez étendue. Le bras est légèrement enflé, mais les mouvements des doigts s'accomplissent normalement. Cette blessure aurait occasionné une héraorrhagie assez abondante. Sur les autres parties du corps, il n'y aurait pas de traces de violences.

A notre seconde visite, la plaie était en voie de cicatrisation : il n'était survenu aucune complication.

Résumé. — i° iM™'= P... porte sur l'avant-bras droit une plaie contuse faite par la tête d'un clou à sabot.

2° Cette blessure occasionnera une incapacité de travail de trois semaines environ.

XI. Examen de M. I... [Charles], le 12 décembre 1893. — Le sieur L.. (Charles), âgé de cinquante-deux ans, est de taille moyenne et ne parait pas très vigoureux. Le 9 décembre dernier, il se trouvait, avec sa sœur, dans la tribune avec billets. Il aurait été atteint à la tête par deux projectiles.

On constate actuellement que sur le cuir chevelu, au niveau de la partie supérieure du temporal droit, se trouvent deux plaies : l'une de S cenlimètres de longueur intéresse toute l'épaisseur de la peau ; le périoste est à nu sur une longueur de 3 centimètres environ. La seconde, située au-dessus et en arrière de la première, est aussi grande, mais moins profonde.

Sur la joue, au niveau de l'os malaire gauche, se trouve une ■contusion ecchymolique doublée d'un épancheraent sanguin ayant envahi tout le poutour de l'orbite.

Ces plaies auraient abondamment saigné.

Résume. — 1° Le sieur I... (Charles) présente deux plaies contuses du cuir chevelu et une contusion ecchymotique de la joue gauche.

2° Ces blessures n'occasionneront aucune infirmité permanente ou temporaire; la durée de l'incapacité absolue de travail sera de dix-huit à vingt jours environ.

XII. Examen de Ji"" /..., le H décembre 1893. — La demoiselle I... (Marie), âgée de cinquante-trois, se trouvait avec son frère dans la tribune avec billets, au moment de l'explosion. Elle a été blessée au niveau de l'aile droite du nez par la poiute d'un clou.

Sur l'aile droite du nez, un peu au-dessus du sillon de l'aile du nez, se trouve une petite plaie de quelques millimètres de

diamètre, comprenant toute l'épaisseur de la paroi nasale. Cette plaie a donné naissance à une légère suppuration qui n'était pas encore tarie le 16 décembre, ainsi que le déclare son médecin traitant de Bajeux.

Résumé. — 1° La demoiselle I... (Marie) porte sur l'aile droite du nez une petite plaie circulaire comprenant toute l'épaisseur de la paroi nasale et ayant été faite par la pointe d'un clou.

2° La durée de l'incapacité absolue de travail sera de douze à quinze jours environ.

XUl. Examende M. B...-G..., le ii décembre 1893. — M. B...-G..., (Eugène), âgé de trente-six ans, est grand et paraît assez vigoureux. Lors de l'explosion, il se trouvait, nous dit-il, dans la tribune de la presse, en face de l'endroit d'où l'engin est parti. Il a été atteint au front, est descendu pour se faire panser, puis a eu une perte de connaissance.

Lors de notre visite, nous trouvons le malade levé, sans fièvre, mais un peu agité. Il porte sur la peau du front, au niveau de la bosse frontale droite, une petite plaie recouverte d'un pansement iodoformé. Cette blessure aurait occasionné une hémorrhagie assez abondante. Le sommeil aurait été un peu agité les deux premières nuits. Sur les autres parties du corps, il n'y a aucune trace de violence.

Résumé. — 1° M. B...-G... (Eugène) porte sur le front, au niveau de la région frontale droite, une plaie faite avec un instrument contondant, tel qu'un clou à sabot.

2° La durée de l'incapacité absolue de travail sera de huit à dix jours environ, s'il ne survient aucune complication.

XIV. Examen du colonel V...-N..., les 10 et 14 décembre. — Le colonel V...-N... (Joan), âgé de quarante-huit ans, est de taille un peu petite, mais paraît assez vigoureux. Le 9 décembre dernier, au moment de l'explosion, il était debout dans la tribune diplomatique, la main gauche portée à la moustache. Il a été blessé à la main gauche et au bord gauche du maxillaire inférieur par un clou à sabot qui a pénétré sous la peau de la mâchoire et qui a été retiré par un des médecins de la Chambre des députés.

On constate actuellement les blessures suivantes :

1° A la partie médiane du boid inférieur et gauche du maxillaire inférieur, se trouve une plaie linéaire verticale, pratiquée par le

médecin qui a extrait le corps étranger qui avait pénétré. (3. Au niveau de l'éminence thénar de la main gauche se trouve une plaie contuse mesurant 2 centimètres environ de longueur. Ces deux plaies auraient occasionné une légère hémorrhagie. Lors de notre seconde visite, elles étaient en voie de cicatrisation. Résumé. — 1° Lecolonel V...N... (Joan) porte sur le côté gauche de la mâchoire inférieure une plaie produite par pénétration d'un clou à sabot. La plaie contuse delà main gauche a été produite par le passage du clou, le colonel ayant, au moment de l'explosion, la main portée à la figure.

2° L'incapacité absolue de travail sera de six à huit jours environ.

XV. Examen du sieur T. . (Paul), le 10 décembre 1893. — Le sieur T... (Paul), âgé de quarante et un ans, est de taille moyenne et parait assez vigoureux. Cet homme a été blessé à la tète et à la région du sein gauche.

On constate actuellement les blessures suivantes : a. Sur le cuir chevelu, au niveau delà partie supé;ieuredu pariétal droit, se trouve une plaie contuse, avec décollement des bords de la plaie, mesurant 2 centimètres de longueur environ. Cette blessure aurait occasionné une hémorrhagie abondante.

[i. Au niveau de la région précordiale, à b centimètres au-dessus et un peu en dehors du mamelon gauche, se trouve une plaie contuse, circulaire, de 15 millimèlres de diamètre. Celte plaie est entourée d'une vaste ecchymose, mesurant 20 centimètres de longueur sur 6 centimètres de hauteur. — Le paletot, le gilet et la chemise ont été traversés au niveau de cette plaie.

L'auscultation de la poitrine et du cœur ne révèle actuellement aucun bruit de souffle anormal. Le blessé n'a pas eu de crachements de sang.

Résumé. — i° Le sieur T... (Paul) porte sur le cuir chevelu et à la région du sein gauche, deux plaies conluses faites par des clous à sabot; la plaie du sein aurait été faite par la tête du clou.

2° S'il ne survient aucune complication, la durée de l'incapacité absolue de travail sera de quinze à dix-huit jours environ.

XVI. Examen de M. L.. {Emile), le 12 décembre 1893. — Le sieur L... (Emile), âgée de trente-huit ans, est grand et paraît vigoureux. Use trouvait placé derrière sa femme, au troisième rang de la tribune aux billets, au moment de l'explosion. Il aurait été atteint

à la face par plusieurs projectiles et les blessures auraient occasionné une hémorrhagie abondante.

Actuellement on conslate les blessures suivantes : a. Sur la paupière supérieure de l'œil gaucbe, au niveau de la partie médiane, près de la voûte orbilaire, se trouve une petite plaie contuse. Les paupières de l'œil gauche sont doublées d'un épanchement sanguin.

,8. Sur le bord de l'arcade sourcilière, se trouve une petite plaie contuse de 3 millimètres de longueur.

Y. A la partie supérieure de l'aile gauche du nez, se trouve une

petite plaie contuse, mesurant 15 millimètres environ de longueur.

Résumé. — 1" Le sieur L... (Emile) porte sur le côté gauche de

la face des petites plaies contuses et une contusion ecchjraolique

des paupières.

2° Ces blessures n'o^ pas occasionné d'incapacité absolue de travail proprement dite, mais une certaine gène pendant sept ou huit jours environ.

XVIf. Examende M""^ L..., le 12 décembre 1893.- M°^'= L..., née Marie N..., âgée de trente-un ans, est grande et parait assez vigoureuse. Lors de l'explosion, cette dame se trouvait dans la même tribune que son mari, assise au deuxième rang; elle aurait été blessée au genou gauche par deux projectiles. Son mari l'aurait accompagnée quelques pas dans le couloir (cinq ou six environ), puis, subitement, elle n'aurait pu continuer la marche, la jambe gauche ne la soutenait plus, «se pliant aussi bien en avant qu'en airière, ainsi qu'une jambe de polichinelle » ; la rotule était fracturée.

Actuellement, on constate que la jambe gauche est placée dans un appareil plâtré ; la rotule présente une fracture comminutive, étoilée. Sur le bord externe et supérieur de la rotule, se trouvent deux plaies, dont une petite, peu profonde, de 5 à 6 millimètres de diamètre ; l'autre, plus grande, mesure près de 2 centimètres de diamètre.Cette dernière plaie communique avecrarticulation du genou. Conclusions. — 1° M™« L... est atteinte d'une fracture comminutive de la rotule gauche, avec plaie pénétrante de l'articulation et hémi-arthrose. Ces lésions sont le résultat de chocs violents, tels que ceux occasionnés parla projection de clous à sabot à tête carrée. 2° Il nous est actuellement impossible de prévoir quelles seront les conséquences définitives de ces blessures. En effet, la commu-

uicalion de la plaie avec l'arLiculation, d'une part, et la nature du projectile plus ou moins septique, d'autre part, doivent nous faire craindre des complications très graves, pouvant nccessitor l'amputation de la cuisse.

3'' Un nouvel examen, pratiqué dans un délai de deux ou trois mois environ, est indispensable pour se prononcer sur les conséquences définitives.

4° Si aucune des complications graves qui sont à craindre actuellement ne survient, la durée de l'incapacité absolue de travail sera de cinq à six mois environ.

XVIII. Examen dcM.et M'^'F..., le iO décembre I8di. —Lorsque le dimanche 10 décembre, nous nous sommes rendu à Thôtel Terminus, à l'effet de procéder à l'examen médical de M. et M"" F..., il nous a été déclaré que ces personnes avaient quitté rhôtel le matin même pour une destination inconnue.

En conséquence, vu l'impossibilité matérielle d'examiner M. et M™<= F..., nous avons rédigé le présent rapport.

Conclusions générales. — 1° Toutes les personiies que nous avons examinées ont été blessées par des projectiles identiques, tels que des clous à sabot à tête carrée.

2° Chez quelques-uns des blessés, notamment chez le sieur D... et chez le colonel V...N..., les projectiles ont pénétré et ont dû être retirés parles médecins traitants.

3° Ces projectiles ont fait des plaies contuses de forme différente, suivant la partie du projectile qui a contusionné. En effet, la plaie était un peu large, quand la tête du clou avait porté; petite et circulaire, quand, au contraire, c'était la pointe du clou ; enfin, la plaie était quelquefois longue et linéaire, si le clou n'avait touché que tangentiellement la région atteinte.

4" A l'exception des blessures constatées sur M"''^ L..., blessures susceptibles d'occasionner des complications graves, pouvantrendre nécessaire l'amputation de la cuisse gauche, et, sauf complication actuellement impossible à prévoir chez les autres blessés, toutes ces blessures guériront sans entraîner d'infirniilé permanente ou temporaire. — La durée de l'incapacité absolue de Iravail variera, suivant les blessés, entre huit jours et quatre semaines environ.

B. Deuxième rapport. — Je soussigné, Jules Socquet, médecinexpert près le tribunal de première instance du département de

la Seine, commis par M. Gaze, président de la cour d'assises de la Seine, pour le premier trimeslre de l'année 1894, en vertu d'une ordonnance en date du 30 décembre 1893, ainsi conçue :

« Considérant que le nommé Vaillant doit comparaître devanlle jury, le vendredi 5 janvier 1894, sous l'accusation de tentative d'homicide volontaire.

« Qu'il y a lieu de savoir, quel est l'état actuel des blessures reçues par les sieurs D..., colonel V...N... et la dame L,.., celle-ci demeurant à Paris, 146, rue delà Chapelle.

« Commetlons M. le D'' Socquet, pour examiner l'état actuel des blessures reçues par le sieur D..., par le colonel V... N... et la dame L..., le 9 décembre 1893, et nous transmettre son rapport avant l'audience du o janvier prochain. »

Serment préalablement prêté, ai procédé à ces divers examens le 31 décembre 1893.

1° Le sieur D..., demeurant, 93, rue Lafayette, est complètement rétabli; il a pu reprendre son service d'infirmier, il y a huit jours environ, bien que la plaie siégeant au niveau de la région temporale droite ne soit pas entièrement cicatrisée.

1° Le colonel V...-N..., qui était descendu à l'hôtel du Louvre le 7 décembre, aurait quitté ledit hôtel, le 14 décembre, pour se rendre à Châteauroux. Nous n'avons donc pu procéder à un nouvel examen.

3° M™^ L..., demeurant, 146, rue de la Chapelle, est toujours alitée, le membre inférieur gauche placé dans un appareil plâtré. Des deux plaies qui siégea'eiit sur le bord externe et supéiieur de la rotule gauche, une, la plus petite et la plus superlîcielle, est cicatrisée, l'autre donne lieu à uniéger écoulement séro-sanguinolent. Ces jours derniers, cette dame aurait eu des frissons et la fièvre. En résumé, bien que l'élal de M'"° L... se soit un peu amélioré, elle ne pourra quitter la chambre avant trois mois environ, s'il ne survient aucune complication. Il est possible que cette dame ne recouvre Jamais l'usage complet des mouvements de l'articulation du genou gauche, ce qui constituerait une infirmité définitive et permanente.

35. Affaire Emile Henry, hôtel Terminus. — Je soussigné, Jules Socquet, médecin expert près le tribunal de première instance du département de la Seine, commis par M. Henri Meyer,

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