CHAPITRE VII
Emploi de la dynajcoite pour les usages militaires.
Les explosifs modernes, dynamites et fulmicotons, ont reçu de nombreuses appKcations dans les services du génie et de l'artillerie.
Les ouvrages spéciaux donnent des renseignements très-complets sur les opérations militaires, et rendent compte des expériences exécutées depuis 1870, par les officiers du génie, à l'aide du cotonpoudre et de la dynamite-gomme. Nous nous bornerons, étant donné le cadre limité de cet ouvrage, à indiquer brièvement quelques-unes de ces opérations, et nous essaierons de montrer le rôle considérable que sont appelés à jouer les nouveaux explosifs dans l'artillerie de terre et de mer.
S I. — Génie militaire.
Les sautages de mines, exécutés par le génie militaire^ peuvent être divisés en deux classes, suivant qu'ils sont prémédités ou précU pités.
Dans le premier cas, les travaux préparatoires sont conduits avec toute la perfection possible, et l'on se propose surtout de n'employer que les quantités strictement nécessaires d'explosifs. Dans le second cas, au contraire, il faut opérer rapidement et produire le maximum d'effet possible; le facteur principal est l'économie de temps, tandis que la question de frais et de dépenses n'est qu'accessoire.
En général, pour les sautages prémédités, on fait usage de la
poudre noire qui est plus propulsive, moins destructive, et moins coûteuse que les grands explosifs. Pour des démolitions et destructions précipitées, on préfère le fulmicoton ou les dynamites qui sont plus brisants, occupent moins de volume, et sont plus faciles à transporter et à mettre en place.
Un explosif destiné aux usages militaires doit satisfaire à certaines conditions. Il doit être :
P Très-brisant ;
2^ Insensible aux chocs des projectiles ;
3^ Plastique ;
Fig. 140.
4P D'une manipulation simple et sans danger ; 50 D'un amorçage facile ;
8^ Aussi stable que possible. 11 faut que Voh puisse le conserver sans altération, même dans des endroit humides.
Quelques expériences, faciles à réaliser, et les épreuves ordinaires de stabilité, permettent de vérifier, avec une approximation généralement suffisante, si toutes ces conditions sont remplies.
Pour reconnaître la force brisante^ on peut faire usage du petit appareil suivant : c'est un anneau en acier A, de 5 à 6 centimètres de diamètre intérieur (fig. 140) de 15 mil. d'épaisseur et 4 à 5 cm. de hauteur, muni d'une gorge sur laquelle on place une rondelle de fer B de 5 mil. d'épaisseur.
On pose la charge d'explosif, 6 à 8 grammes, au centre de la rondelle, et on la fait sauter à l'aide d'une mèche Bi(A:ford et d'une capsule au fulminate. L'explosion fendille la plaque de fer en la déformant comme l'indique la fig. 141.
Fiff 141 ^®* ^®®^ n'est qu'approximatif; cependant
^. ^. il suffit dans beaucoup de cas, surtout s'il s'a-
^2^2^^^g^222I2ii3 git d'expériences comparatives et rapides. Pour
des épreuves plus rigoureuses^ on fait usage
de l'appareil écraseur de M. Berthelot (fig. 47,
page 193).
Les principales opérations de sautages précipités qu'exécute le génie militaire sont : l'abattage des arbres, la rupture de pièces de bois ot de fer, la démolition de portes, ponts et maçonneries, la destruction de rails, tabliers de ponts en fer, canons, etc.
P Abattage des arbres. — Nous indiquerons plus spécialement,au chapitre suivant,le mode d'emploi des explosifs pour l'abattage des arbres et l'arrachage des souches.
On dispose la charge, soit en collier autour du tronc, soit sur l'un des côtés, soit dans des trous percés horizontalement à l'aide d'une tarière, à la hauteur où l'on veut obtenir une section.
Supposons le cas où Ton fait usage de fulmicoton ou de dynamitegomme.
Si la charge est placée autour de l'arbre, on détermine son poids parla formule :
dans laquelle P représente le poids cherché en kilogrammes, et d le diamètre de l'arbre, en centimètres, dans le plan de section. Pour une charge disposée latéralement :
Si l'explosif est bourré dans un trou horizontal, on prend :
Ce dernier mode d'opérer est, de beaucoup, le plus économique, au point de vue de l'emploi de la dynamite. On fore un ou plusieurs trous, selon l'importance de la charge, et celle-ci doit toujours pénétrer jusqu'à la partie centrale de l'arbre (fîg. 142 et 143).
Fig. 142 et 143.
2^ Rupture de pièces de bois et de palissades. — Pour rompre des pièces de bois en grume, ou légèrement équarries, on procède dans les mômes conditions que précédemment.
S'il s'agit d'une pièce de section rectangulaire, on dispose la charge en forme de boudin aplati occupant toute la largeur du bois, et on la calcule à l'aide de la formule :
P-: 0,0003 ^2^ dans laquelle 6 et ^ représentent la largeur et l'épaisseur de la pièce en centimètres, et P le poids en kilogrammes. Pour détruire une palissade, de 25 miL d'épaisseur par exemple,
on place les charges au pied des piquets sur le sol, et on les calcule à raison de l'',125 par mètre courant. Si lapalissade est faite en rails, de fortes dimensions, la charge est de 10 kil. par mètre.
3® Démolition de portes. — Pour briser une porte cochère, par exemple, on emploie 18 à 20 kil. de fulmicoton ou de tout autre explosif de force équivalente. La charge, renfermée dans un sac, est suspendue au milieu de la hauteur, au moyen d'un crochet et d'un pic ou d'une pioche violemment enfoncée dans l'épaisseur du bois (fig. 144). La charge de poudre susceptible de produire le même
Piff. 144.
effetdevrait être 2à 3 fois plus considérable, et, au lieu de la suspendre, on la déposerait au pied de la porte, comme l'indique la fig. 144.
4^ restmcfion de voies ferrées. — Une charge de 200 à 2B0 grammes de dyuamile l° 1, ou de tout autre explosif équivalent, suffit pour rompre un rail ordinaire. On attache la charge, avec un fil de cuivre ou de fer, contre l'âme du rail, en conservant aux cartouches leur forme ordinaire (fig. 145) ou eu les aplatissant comme le montre la fig. 146 .
Une brigade de 8 hommes exercés peut, en 1 heure, détruire 2 à 3 kilomètres de voie. On transporte à la brouette les charges toutes
Fig. 145 et 146.
préparées, avec leurs mèches Bickford et des capsules au fulminate. bo Destruction de ponts en fer,-^ Pour rompre une poutre métallique en treillis, au moyen de fulmicoton ou de dynamite, on place la charge sur les longrines inférieures, près d'une culée, et au point où l'épaisseur des tôles est la plus faible (fig. 147).
Fig, 147.
Si la section métallique est uniforme sur toute la longueur du pont on met l'explosif vers le centre de l'ouverture entre deux piles.
Lorsque le tablier est en tôles pleines, le plus simple est de poser la charge sur la tête des poutres (fig . 148) .
6^ Démolition de maçonneries. — Pour pratiquer, dans un mur détaché, une brèche ayant une longueur double de l'épaisseur de la maçonnerie, on calcule la charge par la formule :
en supposant que l'explosif soit simplement posé au pied du mur sans bourrage.
Si on a le temps, le mieux est de pratiquer à la base un trou de
mine jusqu'au milieu de l'épaisseur ; une demi-charge suffit dans ce cas. On a:
L'épaisseur e est calculée en mètres, et le poids P est donné en kilogrammes.
Pour faire tomber un pilier en briques avec une charge posée au pied, on prend :
S'il s'agit de démolir une arche de pont, la charge doit être placée à la clef ou aux reins de la voûte, et on la calcule par la formule (1). Les valeurs de P donnéespar les formules qui précèdent sont exagérées ; mais il ne faut pas oublier que, pour des opérations militaires, on doit surtout avoir en vue d'agir rapidement et de produire le maximum d'effet possible.
7*» Destruction de pièces tV artillerie. — Pour mettre hors de service un canon de campagne ou môme de siège, il suf" fit de faire exploser dans l'âme, près de la bouche, une charge de 5 à 700 grammes de fulmicoton ou (le dynamite. Il n'est pas indispensable de faire un bourrage; toutefois celui-ci augmente l'effet de l'explosion.
On peut encore faire sauter soit les tourillons, soit l'affût.
Si l'on veut briser en petits fragments un canon de fonte, on cale la pièce verticalement dans le sol, la bouche en haut. Puis, on descend dans l'âme deux charges soutenues par une baguette de bois. La charge nécessaire à la rupture est divisée en deux portions dont l'une est double de l'autre ; la plus forte est placée au fond de l'âme, et l'autre est soutenue à la hauteur des tourillons (fig. 149). On amorce au moyen de détonateurs électriques ; on remplit d'eau, et on ferme
la bouche avec un tampon en bois qui ne laisse passer que les fils
conducteurs.
En Autriche, on calcule la charge nécessaire à la rupture, àraison de 1 gramme d'explosif par 10 centimètres cubes de la capacité de Tâme. En France on prend 1 gramme d'explosif pour chaque kilogramme du poids de la pièce.
§n.— ArtiUerie.
La dynamite de Nobel était à peine connue qu'on cherchait déjà à l'appliquer au chargement des obus. Les premiers essais furent faits en France pendant la guerre de 1870; les expériences des officiers d'artillerie au polygone de Vincennes et à Saint-Ouen(0 démontrèrent que l'on pouvait obtenir des effets cousidéraoles ei;i chargeant les bombes et les obus avec un poids de dynamite égal au tiers ou môme au quart de la charge de poudre noire réglementaire. D'une part, le fractionnement du projectile était beaucoup plus grand ; d'autre part, celui-ci, étant moins chargé, pouvait comporter des dimensions réduites.
Il y avait ainsi possibilité de faire usage de canons de petit calibre tout en obtenant de plus grands effets.
Des expériences analogues furent conduites en Suède, en 1871, avec beaucoup de soins et de méthode. On faisait usage de canons KrHpp de 3 pouces, l'obus contenait Vs ^^ lî^® ^^ dynamite, et les gargousses de poudre étaient graduellement chargées de V4 de livre à 1 V2. Dans ces limites, les résultats obtenus furent bons ; mais la pièce éclata lorsqu'on arriva à la charge normale de iSVd*
On reprit les expériences en réduisant le poids de dynamite à Vs de livre : cette charge ayant été reconnue suffisante pour produire im bon fractionnement de l'obus. Ce dernier portait un dispositif spécial pour recevoir l'explosif qu'on renfermait dans un tube en cuivre entouré d'eau ; on cherchait ainsi à éviter l'effet dû à réchauffement subit de la pièce, ainsi que le choc direct résultant de l'inflammation de la poudre.
(1) Commanicalion de M. Brali à la Société des Ingénieurs Ciyils -*- 1870-1871.
Pendant ces deux dernières années, de noaveaux essais ont été tentés en Amérique par M. Snyder et le général Kelton.
Fig. 150.
M. Snyder s'est servi du canon Rodman de 12 livres; et le oharge-
ment s'opérait en interposant deux coussins spéciaux, destinés à amortir le choc, entre lagargousse dépendre Z et l'obus B à dynamite.
Le premier coussin, désigné sur la fig. 150 par la lettre E, se compose de trois disques en papier mâché ou en bois, S, 3 et W, entre lesquels sont intercalées des rondelles de cuir L faisant saillie, et qui sont recouverts d'une calotte F, en cuivre', appuyée contre un tampon de bois X. Tout le système est traversé par un boulon à jeu (fig. 150).
La calotte métallique est d'un diamètre un peu plus petit que celui de r&me du canon.
Le second coussin D est appliqué contre l'obus. O'Qst un cylindre en caoutchouc percé de trous dont les orifices sont fermés par un chapeau de la môme substance.
Entre les pièces D et E est disposée ime tige de bois A mume d'ailettes qui ont pour but de guider l'obus quand celui-ci doit pénétrer dans l'eau. La tige  et l'obus B sont reliés l'un à l'autre au moyen d'un anneau qui enserre leurs extrémités.
Quand la gargousse de poudre détone, les rondelles L résistent en formant frein, et la calotte F s'applatit. En outre, le choc communiqué à l'obus est encore amorti par l'élasticité du caoutchouc et la résistance de l'air que renferment les cavités du cylindre D.
Les premiers essais de ce dispositif, furent faits en Avril 1884. Le canon mesurait 117 mil. de diamètre ; la gargousse contenait de la poudre de chasse et l'obus de la dynamite (2''»V250). Les résultats furent assez satisfaisants ; on put aussi constater que l'interposition des deux coussins avait encore l'avantage de diminuer notablement le recul de la pièce.
En Septembre 1884, à Port Lobos, sur la côte du Pacifique, le général Kelton fit procéder à des épreuves de tir du môme genre. On lançait, avec un canon de 76 mil., des obus chargés de 200 grammes de dynamite. Le premier coup fut dirigé contre un rocher, à 140 m. de distance, avec une gargousse contenant Vi de livre de poudre à canon. En touchant le roc, l'obus fit explosion et se divisa en une
multitude de menus fragments; dans les mêmes conditions, un projectile à poudre n'aurait donné que quelques gros éclats.
Un deuxième coup, tiré avec une gargousse de V2 lî^^e, donnâtes mêmes résultats.
La charge de poudre ayant été ensuite portée à une livre, l'obus et le canon éclatèrent en même temps ; des fragments de la pièce, pesant jusqu'à 200 livres, furent projetés à des distances variant de 6 à 27 mètres. L'explosion de 200 grammes de dynamite dans l'âme du canon avait produit autant d'effet que celle de 100 livres de poudre.
Le général Kelton, rendant compte de ses expériences, exprime l'opinion qu'un obus chargé d'explosit et choquant les parois d'im navire produit son effet destructif complet s'il n'éclate qu'après avoir commencé à pénétrer dans la muraille. Suivant lui, la pénétration nécessaire serait de la moitié de la longueur du projectile et devrait
s'effectuer en ^k?^ de seconde après le premier contact.
Le même auteur estime que les obus à explosifs doivent rendre de très-grands services dans la défense des forts, contre une attaque venant de terre ; un de ces projectiles, éclatant au milieu d'un corps de troupes produirait un effet aussi terrible que l'explosion d'un magasin de poudre.
Le général termine par la réflexion fort judicieuse que l'emploi des obus à dynamite diminuera considérablement la durée des guerres futures, si même il n'arrive pas à les rendre impossibles 0).
Pendant les derniers mois de 1884, d'autres expériences furent
faites, aux environs de Washington, avec la gélatine explosive et la
(i) Scientific American — Vol. U -^ N<> 17.
forcite. Un canon de 15 cent., se chargeant par la culasse, lançait des obus contenante kil. d'explosif. Pour amortir le choc initial, on avait adopté une disposition analogue à celle qu'indique la fig. 151 :
L'obus D pénètre à moitié dans un cylindre alésé A, en acier, qui s'ajuste dans l'âme du canon. Dans le fond de ce cylindre sont serrées 4 bandes B de caoutchouc, et celles-ci sont séparées les unes des autres par de minces rondelles d'acier C.
Le premier coup fut dirigé sur une cible que l'éclatement du projectile réduisit en miettes. On tira ensuite sur uq grand rocher, à une distance de 900 mètres : l'obus fit explosion en brisant la roche dans un rayon de 9 mètres et produisant une énorme quantité de déblais. Un second obus, atteignant le centre môme du rocher, y fit une ouverture de 7 m. de diamètre et 2 m, de profondeur.
En résumé, toutes les expériences, faites jusqu'à ce jour, démontrent, qu'en iaisant usage d'obus chargés à la dynamite, on peut obtenir, avec des canons de petit calibre, des résultats plus considérables encore que ceux donnés par la poudre et les plus puissants engins dont dispose l'artillerie moderne.
Mais c'est surtout dans les guerres maritimes que les grands explosifs sont appelés à rendre de réels services ; particuUèrement pour la défense et l'attaque des navires cuirassés.
On peut, en effet, faire éclater un obus au moment où il pénètre dans l'eau, et la pression qui en résulte est considérable comme le prouvent les chiffres suivants déterminés parle général Abbot.
L'explosion de 50 kil. de dynamite-gomme produit les pressions de:
456 kil. par cent, carré à la distance de 6^,30 du centre d'éclatement 140 — 14 ,40
La pression de 456 kil. suffit pour endommager sérieusement les plus grands navires actuels, et celle de 70 kil. pour couler un petit torpilleur en mouvement. L'obus de 50 kil. est lancé avec un canon de 20 centimètres.
Au moyen d'un canon de 10 centimètres on peut utiliser une charge de 10 kil. qui donne les pressions de :
70 kil. à la distance de llm,40 210 — 5 ,10
Si la charge est de 6 kil . seulement, les pressions exercées sont de:
70 kil. à la distance de 9m»00 210 — 4 ,00
Les obus à dynamite auraient plus de chances d'arrêter un torpilleur lancé à toute vitesse que tous les projectiles lancés au moyen du canon-revolver Hotchkiss.
Actuellement, les cuirassés sont absolument sans défense contre l'attaque des torpilleurs; pour empêcher ceux-ci de s'approcher, il faudrait pouvoir couvrir la mer d'une pluie de projectiles. Or, le tir accéléré d'un canon de 6 centimètres ne donne pas plus de 20 à 25 coups à la minute . A moins donc de disposer d'un nombre considérable de ces canons, il est à peu près impossible d'arrêter un torpille\ir et surtout de l'empêcher de détacher une torpille à une faible distance. Le navire attaqué n'a, pour se défendre, que le filet de pr(h tection aujourd'hui en usage et dont l'efficacité n'est nullement prouvée.
Nous pensons que l'obus à dynamite est appelé à suppléer à la faiblesse du grand cuirassé en présence du petit torpilleur. Le problème toutefois, est loin d'être résolu, car il s'agit de construire un canon capable de lancer un tel obus.
Ajoutons encore que ce canon pourrait être utilisé pour l'attaque. Un petit bateau à grande vitesse, portant 1 ou 2 pièces avec obus de 50 Idl. de dynamite, pourrait probablement couler un cuirassé puisque, d'après le général Abbot, l'explosion de 50 kil. de gélatine exerce une pression de 456 kil. par centimètre carrée à la distance de 6*",30 du centre de détonation.
Quoique les essais tentés jusqu'à ce jour, n'aient pas encore pu réaliser ce type du canon à dynamite, nous citerons, à titre de docu-
ment, un curieux engin de ce genre construit aux Etats-Unis par le lieutenant Zalinski, et qu'on appelle le canon pneumatique.
Les premières recherches de M. Zalinski avaient pour objet la construction d'un canon à air comprimé capable de lancer des obus explosibles à courte distance. C'était un tube de 5 centimètres de diamètre dans lequel on pouvait comprimer de l'air jusqu'à la pression cCendur rance de 35 loi. par centimètre carré. Le projectile renfermait une charge de dynamite avec un remplissage de poudre.
Les expériences furent faites en augmentant progressivement la pression de 7 à 35 kil. et en plaçant l'obus à des distances variables de la culasse: l"s50, 0'",90,0°^,60et0^30. F^inalement le projectile fut enfoncé jusqu'à la culasse et tiré avec une charge pleine de dynamite ; toutefois une chambre d'air de 2"',40 était interposée entre l'obus et la valve d'entrée, formant ainsi un coussin pour amortir le choc.
Un peu plus tard, de nouveaux essais furent faits avec un canon de 10 centimètres, mesurant 12 mètres de longueur. C'était un tube de fer de é^^^'jTô d'épaisseur, divisé en trois sections et fixé à une armature que portait un tripode. La valve était automatique, s'ouvrait rapidement pour laisser passer l'air comprimé, puis se refermait au moment môme oii le projectile sortait de la bouche du canon. Afin d'obtenir la plus grande pression possible, le réservoir d'air avait une capacité neuf fois plus grande que celle du tube-canon.
L'établissement d'un projectile à dynamite est un problème d'une solution difficile . Il ne suffit pas, en eflfet, que l'obus sorte du canon sans faire explosion dans l'âme; il faut encore que son éclatement puisseseproduiredansreau.il faut même, comme nous l'avons déjà vu, que l'explosion delà dynamite n'ait lieu qu'un instant avant la pénétration totale du projectile dans la paroi frappée.
Pour satisfaire à toutes ces conditions, M. Zalinski construit un obus portant un dispositif très-ingénieux. C'est une boite métallique dont le rebord supérieur soutient une petite batterie à chlorure d'argent et à laquelle est suspendue une amorce électrique. Par les contacts des parois métalliques l'un des fils de celle-ci est en constante communication avec la pile. Quand l'obus choque une paroi résis-
tante, la petite batterie se détache et vient frapper une pièce métallique reliée au second fil ; le courant se ferme et met l'amorce en feu.
D'après M. Zalinskî, l'explosion se produit »Qç.r.r. de seconde avant la
pénétration totale de l'obus.
Le dernier canon pneumatique à dynamite construit par M . Zalinski mesure 20 centimètres de diamètre intérieur et 18 mètres de longueur. Des charges de 45 à 50kiL d'explosif peuvent être tirées avec une pression de 140 kil. par centimètre carré. Le tube est en fer, de 3"™, 17 d'épaisseur, et éprouvé à 263 kil. Sous un angle de 33% le projectile, contenant 45 kil. de dynamite, peut être lancé à 2700 mètres de distance.