CHAPITRE Vlir
Application des explosifs à divers usages et à ragriculture .
Rupture de pièces de bois et de fer. — Abattage des arbres et arrachage des souches. — Rupture de glaces en rivières. — Battage des pieux. — Procédés de culture à l'aide de la dynamite. — Elfets de la dynamite dans les trous de sondage obstrués, dans les puits à pétrole, dans les fondations, etc.
§ I. * Rupture de pièces de fer et de bois.
On détermine la rupture d'un morceau de fer par la détonation d'une charge simplement posée sur l'une de ses faces. Le poids des charges est donné par la formule :
dans laquelle ^ et 6 représentent l'épaisseur et la largeur de la pièce en centimètres, et C un coefficient qui varie suivant que le fer est plein ou riveté.
En faisant usage d'un explosif de force équivalente à celle de la dynamite n** 1, on prend:
C = 0,006 pour des fers pleins.
C = 0,003 pour des fers rivetés.
Avec la nitrogélatine, on peut réduire d'un tiers la valeur du coefficient C.
On dispose la charge de manière à occuper autant que possible toute la largeur de la pièce à briser.
Pour le cas d'une plaque de fer plein, de 1 mètre de largeur, on trouve, en appliquant la formule :
Epaisseur de la plaque Charge
0,005 .... Ok,I50
Pour une pièce de fer plein de 4 cm. d'épaisseur et 0™,16 de largeur, la formule donne :
P = lk,500.
S'il s'agit de détruire une charpente en fer, les croisements doivent recevoir des charges doubles.
Les tuyaux peuvent être considérés comme des plaques dont la largeur est égale au développement de leur section. Pour produire une rupture complète, il faut enrouler l'explosif autour du tuyau ; en appliquant simplement la cartouche sur le métal, on n'obtiendrait qu'une trouée aux deux extrémités du diamètre passant par la
charge.
Destruction du pont de fer deCulera (*). — Le pont de Culera, près de Cerbère, dans le département des Pyrénées-Orientales, venait à peine d'être lancé, pour être posé sur ses piles, qu'un coup de vent le précipitait d'une hauteur de 15 mètres dans la vallée. L'extrémité contiguë à la culée restait seule adhérente. Il s'agissait donc de séparer les parties tordues en tronçons utilisables et de briser à la dynamite, pour en faciliter le transport, les poutres qui ne pouvaient plus servir à la reconstruction. Dans ce bat, un boudin de dynamite du poids de 500 grammes fut appliqué avec de la terre grasse, suivant le tracé de la section qu'il s'agissait de déterminer, contre la tôle et les fers composant une des px)utre8. Celle-ci était formée de deux
(1) Manoel du minear, par F. Barbe, — Paris 1880.
Fig. 152.
feuilles de tôle de 1 cm, d'épaisseur, assemblées par deux cornières, le tout fortement rivé (fig. 152). L'explosion la rompit net. La section totale de la poutre était de 120 centimètres carrés. Or, en admettant que la résistance de la tôle au cisaillement soit de 400 kil. par centimètre carré, on trouve que les 500 grammes de dynamite employés ont développé, pour rompre la poutre, un effort au cisaillement de 48 tonnes.
Rupture de rails. — Pour briser un rail on applique une cartouche entre l'âme et le patin.
Si l'on veut calculer le poids de dynamite nécessaire pour produire la rupture il faut, dans
la formule précédente, prendre pour valeurs ^ "*' **
de e et de 6 l'épaisseur et la largeur du bourrelet.
Ainsi, en supposant un rail de 0«,132de hauteur,avec bourrelet de 0,055 de largeur et 0,03 environ d'épaisseur, on trouve :
p=: 300 granunes.
Destruction des loups de hauts- fourneaux.
La formule
ne saurait être généralisée au-delà d'une certaine épaisseur de plaque; il est évident que si l'on devait rompre un bloc de fer, on aurait tout avantage à perforer des trous de mine, comme dans une roche, et à calculer les charges par l'une des deux formules du major Vogel.
C'est le cas des loups de hauts- fourneaux.
Aux forges de Schwechat, près de Vienne (Autriche), des obstructions métalliques extrêmement résistantes s'étaient formées au fond d'un haut-fourneau. C'était d'abord, ^ la base, un bloc de 4 m. de diamètre et 0,65, de hauteur , composé d'un fer d'une ténacité presque égale à celle de l'acier Bessemer ; puis, au-dessus, une masse mesurant 2^,45 d'épaisseur à la partie inférieure et 2-, 15 de hauteur et formée d'une combinaison de fer, de scories, et de charbon à l'état de graphite.
Pour se débarrasser de ces obstacles ou de ces loups, comme on les appelle, on projeta de les faire sauter avec de la dynamite.
On fit d'abord l'attaque du bloc supérieur, à la base duquel on ouvrit six trous de mine dirigés vers le centre. Les iogénieurs ignorant la quantité exacte de dyDamite-gomme à employer procédèrent par tâtonnements.
Quatre charges variant de 55 a 187 gr. par trou furent successivement détonées, sans résultat. Enfin la charge de 198 gr., soit 1^188 en tout, produisit le sautage et la destruction complète du bloc.
Il restait à enlever le culot de fer de 4 mètres. A cet effet on perfora 19 trous verticaux, de0",25 de profondeur, que l'on chargea à cinq reprises différentes de quantités variant entre 187 et 300 grammes d'explosif. La dernière charge produisit la rupture.
Les coups furent tirés par groupes successifs, afin d'éviter l'effet qu'une explosion trop violente aurait pu produire sur les habitations voisines.
La consommation totale fut de 32 k. de dynamite-gomme.
Rupture de bois . — Pour produire des effets de rupture sur des pièces de bois, on place simplement l'explosif sur la ligne oii l'on veut produire une section.
Nous avons eu souvent l'occasion de remarquer que la dynamite détonant à l'air libre, produit moins d'effet que si elle est recouverte d'un bourrage quelconque . L'expérience peut être faite facilement : il suffit de poser deux fragments d'explosif sur deux plaques de fer mince, de mêmes dimensions, l'un à l'air libre et l'autre recouvert seulement de 2 ou 3 feuilles de papier.
Nous avons constaté également que l'effet produit dépend de la surface en contact. Ainsi un prisme agit mieux quand on le pose sur sa longueur que si on le met debout sur sa base.
Il résulte de là que l'on aura toujours avantage à étaler l'explosif sur la matière, bois ou fer, à briser. L'effet sera donc singulièrement plus considérable si Ton fait usage d'un explosif plastique. Dans tous les cas il faudra le recouvrir d'argile, terre, ou sable, de manière à former une sorte de bourrage.
S'il s'agit de pièces de bois, on détermine la charge de rupture par la formule :
P=Cc2/b
dans laquelle C est un coefficient variable suivant la nature du bois, 5 et 6 l'épaisseur et la largeur en centimètres.
Avec la dynamite n® 1 ou tout autre explosif de force équivalente, on peut prendre :
C == 0,00015, pour un bois tendre,
C = 0,00030, pour un bois dur.
S'il arrive que e soit plus grand que b, il faut, dans la formule, prendre pour b la valeur de e et réciproquement.
Pour que l'effet soit complet, la cartouche doit occuper toute la largeur de la pièce. Si la largeur b est moindre que l'épaisseur c, on prend une longueur de cartouche égale à e, et on la place en travers.
Si la pièce de bois est cylindrique, on calcule la charge en prenant pour ^ et b la longueur du diamètre ; dans ce cas la cartouche, qui doit avoir égalemsnt cette dimension, est appUquée sur la circonférence lorsque l'explosif est plastique, ou parallèlement à l'axe si l'on n'a à sa disposition qu'une dynamite ordinaire.
En rompant le bois, l'explosion produit les effets suivants : la por^ tion de la pièce, voisine de la charge, est complètement broyée, le centre est cassé uniformément et la partie inférieure est brisée en éclats oudéchiquetée. Un explosif très-brisant coupe le bois presque net.
Pour une pièce de bois dur, de chêne par exemple, mesurant 0*,30 de largeur et 0™,25 d'épaisseur, la charge de dynamite n** 1 est, d'après la formule précédente :
P=lk,025
S n. — Rupture de grandes masses de glaces (^). La dynamite n'a pas été employée avec moins de succès pour la
(1) Traité m la pondre, par Disortianx, p. 714. Paris 1878.
rapture de grandes masses de glace ; c'est ainsi que, pendant Je siège de Paris, on a pu remettre à flot des canonnières arrêtées par les glaces au milieu de la Seine.
Les instructions les plus précises sur le mode d'emploi de la dynamite dans ce cas particulier sont dues à M. Gobin. Il s'agissait de dégager le Rhône à Lyon ; la glace avait O'^jlS à 0",20 d'épaisseur. En posant la dynamite simplement à la surface de la glace et en la recouvrant d'une couche d'argile, on n'obtenait que des eflfets peu Satisfaisants. M. Gobin fit alors pratiquer, parallèlement au bord libre de la glace, et à une distance de 14 mètres, une entaille ayant environ 1 mètre de longueur et 0",04 à 0™,05 de profondeur ; il y plaça une cartouche ovale contenant à peu près 210 gr. de dynamite et la recouvrit d'une couche de sable de 0™,03 à 0™,04 de hauteur; les fentes produites par l'explosion avaient, en moyenne, 40 à 50 mètres de longueur, et l'une d'elles avait même 220 mètres. Pour réaliser une rupture encore plus complète, M. Gobin pratiquait, dans l'épaisseur de la glace, des trous verticaux de 0",08 à 0,10 de diamètre, à travers lesquels une cartouche de dynamite de 17 à 35 gr., munie d'une amorce à joint étanche, plongeait jusqu'à environ 0*'*,70 audessous de la surface de la glaces.
Pour éviter la congélation de la dynamite, il faut, en général, opérer rapidement et entourer les cartouclies de coi-ps mauvais conducteurs de la chaleur. Dans une journée, avec 4 ouvriers et une dépense de 40 francs, M. Gobin parvenait à briser une surface de 50.000 mètres carrés de glace.
Des expériences analogues, exécutées sur l'Oder, en janvier 1868, ont également donné de bons résultats ; la dynamite était exclusivement employée sous la couche de glace, en cartouches de 50 gr. que l'on avait préalablement trempées dans de la poix bouillante, afin d'élever le plus possible leur température et de prévenir ainsi leur congélation , On produisait, en moyenne, dans une couche de glace de 0™,26 d'épaisseur, un trou de 2 à 4 mètres de diamètre, et la glace se trouvait sillonnée de fortes crevasses dans un rayon de 8 mètres autour du centre d'explosion.
Les expériences faites sur l'Iglava (1870) ont donné des résultats
aussi fayorables. Il est d'ailleurs devenu inutile de dégeler la dyna« mite.
Si Ton doit dégager de gros blocs, il faut les percer de trous de mine qu'on charge ensuite de quantités déterminées d'explosif.
Toutes ces opérations ne peuvent être avantageuses qu'autant que l'on opère on rivières ou tout autre endroit présentant assez de courant pour dégager les glaces brisées.
Ajoutons enfin qu'on aura toujours intérêt à employer des exploidfs inattaquables à l'eau, qui ne laissent pas exsuder la nitroglycérine et détonent dans l'eau aussi bien que dans la rocbe où à l'air libre.
S m. — Battage des pieux.
Une des applications les plus curieuses de la dynamite est son emploi pour l'épreuve d'un pilotis et,éventuellement,pour achever le battage des pieux.
Nous citerons à ce sujet le travail exécuté à Buda-Pesth, en juillet et août 1881.
Des pilotis déjà construits devant supporter des charges non prévues d'abord durent être soumis à une nouvelle épreuve et il restait à achever le battage de ceux des pieux qui n'y auraient pas satisfait. Sur la demande des ingénieurs de la ville, le lieutenant-colonel Prodanovic fit exécuter, par le 4« bataillon du 2« régiment du Qénie autrichien,les expériences suivantes dont nous trouvons le compte-rendu dans le t Wochenschnftdesœsterreichischenli^enieurundArchi^ Vereins •.
Les pieux furent recépés bien normalement à leur axe et sur leur tête on plaça, en ayant soin de bien la centrer, une plaque de fer forgé de 380 millimètres de diamètre et de 110 millimètres d'épaisseur. Cette plaque, pesant 95 kilogrammes, portait diamétralement des trous de 50 millimètres de profondeur et 30 millimètres de dia* mètre pour introduire des barres de manœuvre de 1 mètre de longueur. Sur le centre de cette plaque on plaça une charge de 500 gr de dynamite n« 2, de densité 1,40, en forme de galette de 150 milli-
Fig. 153.
mètres de diamètre sur 21 millimètres d'épaisseur, enveloppée dans du papier parchemin. Après avoir posé la mèche ou les conducteurs, on recouvrit la charge de sable ou de terre glaise et on provoqua l'explosion Cfig. 153).
Afin de pouvoir évaluer l'effet produit par la dynamite, le lieutenant-colonel Prodanovic le comparaît à celui d'un mouton de 750 kil. tombant de 3 mètres de hauteur. En prenant la moyenne d'une nombreuse série d'expériences, on trouva que 5,17 coups de ce mouton produisaient le même enfoncement qu'une charge de 500 grammes de dynamite ; d'où, en nombre rond : une charge de dynamite de 500 grammes équivaut à 5 coups d'un mouton de 750 kilogrammes tombant de 3 mètres de hauteur. Les résultats partiels s'écartaient peu de cette moyenne.
Dans ces expériences les plaques de fer supportèrent en moyenne 20 à 24 coups.
Les frais d'épreuve d'un pieu peuvent, d'après l'auteur, se chiffrer
comme suit :
Ok,500 de dynamite
Une capsale et 1 mètre de mèche • .
Mesure et pose des charges . • • • Recépage da pilot et pose de la plaque Coût de la plaque
Total pour Tépreuve d'un pilot, par coup hattu
L'auteur de ces expériences fait remarquer que, lorsqu'il s'agit simplement de faire l'épreuve des pieux et, au besoin, d'en terminer le battage, l'aménagement de la sonnette conduit à une dépense considérable de temps et d'argent et que, dans ce cas, l'épreuve à la dynamite devient à la fois plus rapide et moins coûteuse. L'avantage de l'emploi de la dynamite croît avec le nombre de pilots à essayer
et avec la charge qu'ils doivent supporter. On est dans des conditions moins favorables quand le pieu émerge beaucoup au-dessus du sol, et par conséquent vibre fortement ; le cas le plus avantageux est celui où le pilotis est déjà enfoncé aux trois quarts de sa longueur.
S rv. « Abattage des arbres et arrachage des souches.
L'abattage des arbres, à l'aide d'un explosif, n'est avantageux et économique que pour des troncs mesurant au moins 0™,45 de diamètre.
L'opération est conduite de la manière suivante :
A 0"™,30 ou 0'»,40 au-dessus du sol, on perce un trou de 3 à 4 cm., suivant un rayon, et sur une longueur égale aux trois quarts du diamètre de l'arbre. On y met une charge le remplissant à moitié environ et on bourre avec une tige de bois (fig. 154).
Si le diamètre dépasse 0'°,60, il faut {)ercer au moins deux trous
Fig. 155
convergeant vers un même point, de telle sorte que toutes les charges puissent détoner avec la même amorce.
Généralement la dynamite n° 3 suffit.
L'explosion produit une détonation sourde ; l'arbre est coupé à la hauteur de la charge et tombe dans la direction de son inclinaison
naturelle.
Parfois des fragments de bois sont lancés à des distances de 15 à 30 pas.
On arrive, avec un peu de pratique, à simplifier considérablement l'opération. Il suffit, en effet, de creuser un trou dans la terre, sous l'arbre, et à le bourrer avec de la dynamite, conmie un trou de mine ordinaire. L'explosion arrache ou coupe les racines et fait tomber l'arbre en entier.
S'il s'agit de petite arbi es, on se contente de rouler un petit boudin de dynamite autour de leur pied, comme le montre la fig. 155.
L'emploi de la dynamite pour l'arrachage des souches procure une grande économie de temps et de main-d'œuvre ; mais il doit être surtout recommandé dans les deux cas suivants :
1* Quand on a pour but le défrichement, et la mise en culture de terrains occupés antérieurement par des forêts. On a remarqué, en
Fig. 457.
effet, que la commotion, détermhiée par l'explosion, détruit complètement les insectes qui pullulent d'habitude sur les souches .
2^ Dans les pays où la main-d*œuYre est rare et coûteuse. Pour faire sauter une souche de 0",60 au moins de diamètre, on commence par Mve sauter les grosses racines, puis on fore un trou de mine dans l'axe de la souche ; ou, ce qui est encore mieux, on fait exploser des cartouches sous les racines et sous le tronc (fig. 156 et 157). Si on le juge nécessaire, on perce, outre le trou central, quelques trous sur les côtés.
On détermine l'explosion simultanée de toutes les charges par l'électricité ; la souche est arrachée de terre et séparée des racines, en projetant parfois des éclats de bois à distance.
Si l'emploi de l'électricité est impossible, on enlève d'abord à la hache les racines principales, puis on creuse sous la souche, à l'aide d'une pince, un trou dans lequel on bourre une cartouche.
Les charges pour racines varient de 55 à 110 grammes ; pour une souche mesurant 0",75 de diamètre, on place à sa base 450 gr. de dynamite n"" 1 ; cette quantité est augmentée proportionnellement au diamètre.
Les trous de mine doivent être soigneusement bourrés avec de la terre.
Une fois la souche hors du sol, on la fait éclater en morceaux en la traversant de quelques trous que l'on bourre avec de petites charges ou pétards.
On peut adopter les règles suivantes pour l'arrachage des souches :
!• Il tant d'abord enlever à la hache les grosses racines découvertes;
2* Si la souche est saine et en partie hors de terre, on fore, en son centre, un trou de mine que Ton dirige vers la plus grosse racine, en la pénétrant même si l'opération est praticable ;
3*^ En général, les trous de mine doivent toujours être dirigés vers la partie la plus saine et la plus résistante ;
4P Si la souche est pourrie, on perce un trou dans la plus forte racine;
5^ La charge doit occuper le tiers environ de la profondeur du trou;
6" Le bourrage doit être tait jusqu'à l'extérieur.
Dans le cas de souches énormes, de li°,50 par exemple, ou tire 3 coups de mine dans la direction de Taxe et à 0"*,30 les ims des autres.
L'arrachage des souches, par l'emploi des explosifs, rend le sol éminemment propre à la culture. Les jeunes arbres, dans le voisinage, non seulement n'en souffrent pas, mais encore paraissent croître, dans la suite, plus vig'oureusement.
Voici quelques résultats indiquant l'économie du procédé.
(a) Alix États-Unis. — 17 souches de chêne sorties de terre de 0",15 à 0",25, et mesurant 0™,60 à 1,00 de diamètre, furent arrachées en faisant usage de V^,Zh() de dynamite n^ 1. La profondeur des trous variait de On^jSS à O'^j^S, et le forage de chaque trou, fait à la main, demandait de 4 à 5 minutes. Le travail terminé en 99 heures donna 14 stères de bois.
La dépense totale fut de fr. 112,60, comprenant :
Main-d'œuvre de préparation i la hache, 99 h. à 1 fr. . . 99,00
id. pour percer les trous et les char^r, 4 h. â 1 fr . 4,00
3 livres de djnamile n» i, à fr. 2,50 7,50
17 capsules à 5 centimes 0,85
25 pieds de mèches i 5 centimes 1,25
Total fr. . . 112,60
L'arrachage au coin et à la hache aurait exigé 142 heures de travail à 1 fr., soit 142 francs. D'où une économie de fr. 29,40.
(ft) En Autriche (*). — P A Hohmanns Klippen, on procéda à l'arrachage de 368 souches, dont 221 de vieux chênes et les autres de hôtres. On fit usage de 28 kil. de dynamite, et la dépense fut de 934 francs :
Main-d'œa\re, à raison de fr, 1,95 par mètre cube de bois,
pour 413 mètres cubes fr. 806^30
28k,120 de djnamile, à4ff — 112,50
425 capsules i 2 centimes — 8,50
Mèches — 6,75
Total. fr. 934,05 (1) D'après an rapport de M. Trantzl.
ce qui donne un prix de revient de fr. 2,25 par mètre cube do bois. 2* A Spielberg, l'arrachage de 183 souches dont 34 de vieux chênes, 2 de hêtres rouges, et 147 de hêtres blancs, produisit 279 mètres cubes de bois revenant à fr. 2,23 le mètre, et comprenant :
Main-d'œuvre. . . 1^95
Matériel 0,28
Total fr. . 2.23
3*» A Kahlemberg, 690 souches dont 310 de vieux chênes, 61 de hêtres rouges, et 319 de hêtres blancs produisirent 1213 mètres cubes de bois, à fr. 2,17 l'un:
Main-d'œuvre . . 1,95
Matériel .... 0,22
Total fr. . 2,47
4^ L'arrachage à la dynamite, dans une autre circonstance, de 9 souches, mesurant 0°>, 60 à 1°,00 de diamètre, donna 6 mètres cubes en 10 h. Va de travail, avec une dépense de fr. 7,50.
L'arrachage de 9 souches identiques, à la hache et au coin, dura 20 heures et la dépense fut de fr. 7,80. D'où une économie de temps de 50 Vo> P^r l'emploi de la dynamite.
Dans une autre expérience comparative, l'arrachage, composé de deux séries de 16 souches, mesurant 0ïn,70 à 1",20, a donné comme résultats :
Au coin et à la hache, 141 heures de travail à fr. 0,40 ; soit une dépense de fr. 56,40.
A la dynamite, avec des trous de mine de 0,25 à 0^,40, 59 heures de travail, P,500 d'explosif, 16 capsules et 6"",50 de mèches ; soit en totalité fr. 29,15. C'est-à-dire que l'on a réalisé une économie de 50 % dans la dépense, et de 58 7o dans la durée du travail.
Les résultats de nombreuses expériences permettent de formuler cette règle générale : l'arrachage d'une centaine de souches de 0*",50 à 1",00 de diamètre, exige un travail de 20 heures, et la consommation de 5 à 10 kil. d'explosifs, une centaine de cartouches et 100 mètres environ de mèches.
S'il s'agit de souches placées au fond de l'eau, on renferme la
charge dans une boîte de fer-blanc, et celle-ci est attachée sur une baguette que Ton applique contre la souche (fig. 158). Le plus simple, dans ce cas, est d'employer une dynamite imperméable à Teau, que Ton place au point voulu, sans qu'il soit besoin de la tenir au sec. La fig. 159 indique la méthode à suivre dans le cas d'une longue
Fig. 158
Fig. 159
souche. Supposons, par exemple, une pièce de bois de 7» ,20 de longueur, lm,50 de diamètre, envasée sous 2 mètres d'eau. On dispose sur les côtés deux charges de 5 kil. chacune de dynamite, en les soutenant au moyen de tiges en bois, et on fait le sautage par l'électricité.
S V. — Procédés de culture à Palde de la dynamite.
Le docteur William Hamm, du département de l'Agriculture en Autriche, parlant des heureux résultats, au point de vue agricole, que donne le défrichement par la dynamite, s'exprime ainsi :
• H n'y a pas à douter que l'emploi des explosifs pour l'arrachage
• des souches présente une grande valeur économique, car le sol se
• trouve, par cela même, parfaitement préparé pour la culture .
• Mais son plus grand résultat est le coup mortel que l'explosion c porte aux insectes nuisibles ; en faisant sauter les souches et leurs
• racines, on détruit ces fourmilières dont les habitants sèment la c dévastation de tous côtés. Il n'est pas un forestier qui n'ignore les
• ravages causés par la fourmi, et qui n'apprécie clairement Tavan- « tage des explosifs. »
Le D*" Hamm a été le premier à appeler l'attention du public sur l'application des explosifs à l'agriculture ; c'est par leur emploi qu'on peut remuer les couches profondes du sol qui possèdent encore des sels solubles nécessaires aux plantes, et que les instruments agricoles ne peuvent atteindre. Les meilleures charrues, en efifet, n'approfondissent pas au-delà de 0«»,60 à O^jTS, tandis que certaines de nos plantes les plus importantes envoient des racines jusqu'à 1",80 et même 3", 00 de profondeur. Si donc on peut arriver, par des moyens simples, à pulvériser le sol sur toute cette hauteur, de telle sorte que l'air, l'humidité et les racines puissent y pénétrer facilement, il est certain que l'on créera des conditions très- favorables à un plus rapide développement de la végétation.
Le D' Hamm fit l'expérience d'un labour à là dynamite dans un vignoble. Des rangées de six trous chacune furent percées avec une tarière ; les troiis, de deux mètres de profondeur, étaient placés à 2",70 de distance et chargés avec une demi-livre de dynamite.
Toutes les mines furent tirées simultanément par l'élefîtrici'é. Le résultat fut excellent. La terre fut complètement remuée et des fissures furent ouvertes dans toutes les directions ; après l'explosion on pouvait facilement, en n'importe quelle place, faire pénétrer un bâton dans le sol jusqu'à 1",20 de protondeur.
D'autres expériences ont montré que les trous de mine pouvaient être espacés du double de leur profondeur et que la dynamite n° 3 est suffisante .
Des essais analogues ont été faits en France pour le défoncement des terres à l'aide de la dynamite. On employait une forte barre en acier munie d'un tourne-à-gauche à sa partie supérieure (fig. 160). On manœuvre l'outil en le frappant avec une masse, et tournant en même temps, au fur et à mesure qu'il pénètre dans le sol. Chaque trou était foré à 0",80 ou 0",90, et chargé avec 150 gr. de dynamite n° 3.
Après l'explosion, la surface défoncée était de 3 à 4 mètres carrés.
Ce procédé est assez économique, car deux ouvriers peuvent forer et charger 15 et même 17 trous de mine à l'heure.
Fig. 160.
Le sol est ainsi parfaitement ameubli et avec une dépense relativement minime. Il y a lieu d'espérer que, dans bien des circonstances,
l'emploi de la dynamite arrivera à se substituer avantageusement aux instruments de labour dont reflfet est trop souvent insuffisant.
Si on fait sauter une cartouche de dynamite au fond d'un trou de mine, dans la terre non argileuse, on désagrège le sol en formant une cuvette dont le diamètre et la profondeur varient suivant la nature géologique du terrain. Dans les sols formés de granités plus ou moins décomposés, on obtient quelquefois des résultats très-satisfaisants, de même dans les micaschistes, les tufs calcaires, etc.
C'est ainsi que, dans les propriétés de M. Talabot, aux environs de Limoges, dans le jardin de l'école normale de Limoges, puis à Haouli (Algérie), M. Brunet (0 a obtenu des résultats très-avantageux.
Dans les landes ou ïalios (grès formé par l'agglomération du sable), existe sur une très-grande étendue, on a pu le défoncer et produire des puits absorbants, donnant ainsi l'écoulement aux eaux superficielles qui empêchaient la végétation. Dans les terrains à pente rapide, si on eflectue une série de cuvettes suivant des lignes à peu près horizontales, on forme des retenues d'eau qui arrêtent l'entraînement des terres supérieures et constituent des réservoirs pour les eaux pluviales. A Tarragone, en Espagne, on a pu préparer ainsi des cuvettes de retenue d'eau, entre les pieds de vigne, sans que l'explosion de la dynamite ait compromis leur végétation.
(1) Société de Tlndaslrie minérale. Comptes rendus mensuels. Novembre 1884. Gomma* nicalion de M. Brunet.
S VI. — Rupture d'un trépan à, 650 mètres de profondeur.
M. Brunet a eu, le premier, l'idée d'employer la dynamite audéga* gement des trous de sondage obstrués par un trépan brisé.
A Witterthiem, près de Marquise, dans le Pas-de-Calais, un trépan était resté engagé dans un trou de sonde. Le sondage allait être abandonné lorsque M. Brunet offrit de le dégager en le brisant en plusieurs fragments. L'opération présentait des difficultés spéciales à cause de la grande profondeur ; il s'agissait, en effet, de descendre la charge et l'appliquer sur un des points faibles pfg . \q[
de l'appareil. Un premier coup de dynamite '^ brisa le trépan en deux points A et A' (fig. 161), \'à'et un second coup détermina la rupture en C. ^^ P Les fragments purent ensuite être retirés et le sondage fut continué.
Deux autres opérations analogues ont été également exécutées par M. Brunet, avec un succès complet; l'une au sondage de Réty, près Hardinghen, l'autre près de Narbonne.
r vn. — Effets de ladsmamite dans les puits à pétrole.
Parmi les effets que produit la dynamite, il y en a peu d'aussi curieux et d'aussi inattendus que celui qui a été observé dans les puits à pétrole.
C'est une habitude très-courante, en Pensylvanie, de faire détoner des charges de nitroglycérine au fond d'un puits à pétrole, quand il commence à s'épuiser; on obtient très-souvent les résultats les plus surprenants par ce procédé. En effet l'explosion, produite par la
nîtrofiflycérine, fissure la roche et augmente le suintement du pétrole ; on arrive ainsi à faire jaillir de nouvelles sources.
Ce curieux procédé est de plus en plus entré dans la pratique ; et même, lorsqu'un puits est complètement épuisé, après des drainages pratiqués dans le fond, on fore quelques trous de mine à la base ; on les charge de dynamite et l'explosion provoque souvent un nouveau jailhssement du pétrole.
S vm Emploi des explosifs dans les fondations tubulaires.
Quand on creuse les fondations d'une pile de pont par l'air comprimé, on surcharge les colonnes d'évacuation au moyen d'un poids quelconque qui leur permet de pénétrer peu à peu jusqu'au terrain solide. Mais les coincements, qui se produisent inévitablement dans certaines espèces de sols, rendent la descente extrêmement difficile ; d'autre part, il y a danger de rupture pour les colonnes si l'on augmente trop la surcharge.
C'est pour remédier à ces inconvénients que M. Jandin, ingénieur français, chargé de la direction des travaux du pont de Palma de] Rio, sur le Guadalquivir, a eu l'heureuse idée de recourir à la dynamite. En taisant détoner des cartouches au-dessous du tranchant des colonnes, le sol se désagrège et la pénétration s'opère sans difficultés. .
Ce procédé donne de bons résultats ; toutefois, il faut avoir soin de placer les cartouches assez loin du tubage pour éviter que celui-ci ne soit endommagé par l'eflPet de l'explosion.