C. Sacs, Encyklopädisches Wôrterbuch, Berlin
A. HaATzrezp et A. DARMESTETER, Dictionnaire général de la langue française, Paris s. d.
Nouveau Larousse illustré, dictionnaire universel encyclopédique, tomes I— VII, Paris s. d.
Dictionnaire de l’'Acad. française, 7*% éd., Paris
Dictionnaire historique de la langue française, p.p. l’Acad. française, tomes I—IV, Paris 1858 — 1894.
A. PAIRAULT, Nouveau dictionnaire des chasses, Paris 1885. :
E. Nicolin. 1
ie
G. DELESALLE, Dictionnaire argot-français, Paris
G. KürTING, Lateinisch-Romanisches Wôrterbuch. Paderborn 1901.
E. RoLLAND, Faune populaire de la France, vols. I VI, Paris 1877 —1883.
Les autres ouvrages utilisés et les travaux scientifiques consultés sont indiqués au fur et à mesure en notes.
Les matériaux recueillis au cours de mes recherches personnelles sont peu nombreux: j'ai surtout puisé dans les travaux lexicographiques ci-dessus cités.
Quant aux définitions dont j'ai fait suivre les expressions étudiées, elles sont empruntées aux mêmes sources lexicographiques et n’ont subi que les modifications indispensables. Je cite rarement ces sources: en effet, la plupart des définitions sont communes à ces ouvrages et constituent une sorte de fonds banal, transmis presque sans modifications d’une génération à l’autre.
Il en est souvent de même des citations d'auteurs que donnent ces ouvrages; en m'appropriant ces citations, j’ai donc, pour des raisons d'uniformité et pour les motifs ci-dessus indiqués, préféré renvoyer directement à l’auteur et non aux ouvrages lexicographiques. Ce procédé présente en outre l’avantage de jeter quelque lumière sur la date d'emploi si souvent intéressante des diverses expressions. Je reconnais d’ailleurs volontiers ce que je dois à ces ouvrages.
Il va de soi que j’ai comparé les citations aux textes originaux toutes les fois qu’elles me semblaient obscures ou susceptibles d’interprétations diverses.
On comprendra aisément que je n’ai souvent pris de ces citations que les ffagments directement utili-
Er
sables en vue de mon travail. En cas de surabondance d'exemples, j'ai choisi les plus caractéristiques: ceux que j'ai donnés me semblent suffisants pour faire ressortir les diverses nuances de sens.
Comme le présent travail n’embrasse souvent qu'une courte période de l'histoire des mots, envisagés d’un point de vue très spécial, je n'ai point cru devoir m'appesantir sur les étymologies.
L'évolution sémasiologique des mots étudiés ne présente généralement aucune obscurité:" on ne l'a, en conséquence, indiquée qu’en passant.
1 Voir plus bas, p. 9.
Introduction.
Les origines de la chasse, en France, se confondent en quelque sorte avec celles de la nation: certains éléments de cet art,' en effet, ont été empruntés des Romains, tandis que d’autres semblent devoir venir plutôt soit des Germains, soit des Celtes.
Au moyen âge, sans parler des différentes sortes de chasses aux rets ou filets, aux pièges, etc., on distingua deux sortes de chasses principales, savoir: la chasse en forêt, dite plus particulièrement chasse à courre ou vénerie et la chasse en rivière et en plaine ou fauconnerie (autourserie, basse et haute voleries), qui visait plus spécialement les oiseaux d’étangs et de rivières.
Ces deux sortes de chasses étaient connues et pratiquées en France dès le haut moyen âge. La plus ancienne mention relative à la fauconnerie date du ITIe siècle: elle se trouve dans FrrmIocus MATERNUS. ? Quant aux origines mêmes de cette chasse, les opi-
1 Jl ne saurait être question ici, bien entendu, que de la chasse en tant qu’amusement ou profession. La chasse simplement défensive ou lutte à chances égales entre l’animal et l’homme, de même que toute chasse tendant à la seule fin de faire subsister celui qui s’y livre, sont naturellement communes à tous les peuples primitifs.
? Romania XII, p. 99.
nions Sont assez divergeantes: ainsi, selon M. Baisr,! les Romains l’auraient prise des Germains, tandis que Gasron Paris? incline à croire que c’est l'inverse qui se serait produit; d’autres enfin attribuent aux Celtes l'invention de la chasse à l’oiseau. Quoi qu’il en soit, cette chasse n’atteignit toute sa perfection que sous les premiers rois de la troisième race, époque à laquelle la chasse française par excellence, la chasse à courre, était également pratiquée avec toutes ses finesses.
La vénerie, tout comme la fauconnerie, jouit auprès de la société féodale d’une faveur immense: MÉRAY, dans «La vie au temps des cours d'amour», p. 9, dit à ce propos: «Il n’était pas permis à un homme faisant figure dans la société féodale, d'ignorer les règles déjà très savantes de la Vénerie et de la Fauconnerie.» Plus bas, pp. 9—10, il ajoute: «Non seulement les hommes blasonnés, mais les simples bourgeois, qui avaient alors le droit de voler l'oiseau, sans lévriers, mais les trouvères qui devaient les chanter, étaient tenus de connaître ces glorieux passetemps.» Savoir faire le bois, reconnaître la bête, courre le cerf, corner les chiens, faisait partie de l’éducation des jeunes chevaliers. Aussi non seulement la noblesse française, qui voyait dans la chasse l’image de la guerre, mais toutes les classes de la société féodale se livrèrent-elles à ce «gentil déduit» avec une
1 Zeitschr. für deutsches Alterthum, XXNII, p. 50 ss.
2 Romania XII, p. 99. G. P., à propos de l’étymologie du mot autour ajoute à la fin de cet article (p. 100): «Pour qu’au III° siècle une espèce d'oiseaux de proie s’appelât astur (dans le même passage de Firmicus MATERNUS où est nommé le falco), il fallait qu’on les fit venir d’Asturie, done qu’ils fussent domestiqués et utilisés.»
3 À, Méray, La vie au temps des cours d'amour, pp. 39, 40.
4 Mélanges tirés d’une grande bibliothèque, ©, p. 363.
véritable passion: il n’était pas jusqu'aux ecclésiastiques, jusqu'aux femmes même qui n’y prissent part. La fauconnerie surtout, pour plusieurs raisons qu’il serait oiseux d’énumérer ici, était la chasse de prédilection des dames et des vilains: Méray' affirme même que «cette chasse ... était devenue au temps de la première chevalerie, le passe-temps favori des femmes de France.»
Mais si, à l’origine, en vertu d’une vieille ordonnance, souvent citée d’ailleurs, entre autres par MÉRAY.* l'exercice de la chasse, sous ses différentes formes, avait été accessible à presque toutes les classes de la hiérarchie sociale, cet état de choses ne tarda guère à changer du tout au tout: au fur et à mesure, en effet, qu’on avance dans l’histoire de la féodalité, on voit la juridiction cynégétique apporter, à ce droit primordial, toutes sortes de restrictions méticuleuses, avec une tendance de plus en plus marquée à en faire l’apanage exclusif des grands feudataires. Seule la chasse au vol, et, plus particulièrement, la basse volerie, pendant longtemps dédaignée des grands, resta ouverte aux roturiers comme aux nobles jusque vers les premières années de l’avènement de Charles VI. D’autre part, ces restrictions, en raison même de leur nombre et de leur mesquinerie, ne prouvent à la rigueur qu'une chose, savoir le prix qu’on attachait, en ce temps-là, au plaisir de la chasse.
Qu'un sport aussi universellement cultivé et aussi hautement apprécié que le fut pendant longtemps la chasse, ait pu, à mesure qu'il se compliquait, fournir matière à une riche, voire même abondante” littérature
MOD cit, pe 40:
? Ibid., p. 26: «bestes sauvaiges et oiseaux qui phaonnent en l'air, par le droit des gens, sont à celui qui les peut prendre.»
# Cf. R. Sourarr, Bibliographie générale des ouvrages sur la chasse,
technique, c’est là un fait dont il n’y a pas lieu de s'étonner. Les auteurs les plus illustres, tels que Gasron, comte de Foix, dit PHépus, dont les descendants devaient occuper plus tard le trône de Navarre, et CxarLes IX, roi de France, pour n’en nommer que deux des plus connus, ne se sont pas fait faute d’écrire sur cette matière. (GASTON Paris, en parlant de la littérature scientifique du moyen âge, n’a garde d'oublier la chasse, qui est peut-être, selon lui, de tous les arts ou activités celui qui, au moyen âge, a inspiré le plus grand nombre d’écrits originaux."
La part qui, au point de vue du lexique de la langue, revient à cette littérature cynégétique, est assez considérable. Son rôle, en quelque sorte, fut double ou même triple: soit en effet qu’elle apportät, aux facons de parler des chasseurs, une sorte de consécration, soit que, au besoin, elle en forgeât ellemême de nouvelles, elle servit à merveille à propager ou plutôt à vulgariser le langage cynégétique. Ce langage fut ainsi rendu familier à la plupart des nationaux, d’autant plus que, avec les images et les traits caractéristiques empruntés de la vie des chasseurs, il s'était de bonne heure infiltré dans presque tous les genres de production littéraire: chansons de geste, contes, chroniques, etc. A l’origine, il est vrai, ces expressions, en raison du laps de temps nécessaire au genre d'évolution qui fait l’objet de cette étude, conservèrent en général leur sens propre, et ne s’employèrent que relativement peu dans un sens plus ou moins figuré, fait qui ressort avec évidence d’un examen approfondi des ressources de l’ancien français à cet égard. En revanche, cet héritage d'expressions figurées d’origine cynégétique s’est accru considérablement pendant les siècles qui suivirent: il forme de
1 Voir La litt. franç. au moyen âge, p. 146.
Sn
nos jours, ainsi que nous l’allons montrer, un bagage assez imposant.
Le langage cynégétique offrant ainsi, au propre comme au figuré, de riches matériaux à l'attention des investigateurs, il est assez surprenant que, jusqu’à présent, les philologues modernes n'aient point ou du moins aient rarement tourné leurs regards de ce côté. ’
Le but que, pour ma part, je me suis proposé d'atteindre dans cette étude, est d'enregistrer, dans la mesure du possible, les emprunts dont, à un titre quelconque, la langue parlée, la langue littéraire, et, parfois aussi, le langage des divers métiers sont redevables à la technologie cynégétique. On trouvera souvent, dans le courant de mon travail, des mots qui, sans rentrer originairement dans cette catégorie, figurent cependant dans mes listes: c’est qu’alors le sens qui se reflète dans leur emploi figuré semble leur avoir été imprimé par l’usage spécial qu’en ont fait les chasseurs.
Il est naturel que la chasse, sujette à se modifier suivant les transformations sociales, le perfectionnement progressif de l’attirail du chasseur, la fréquence variable du gibier, etc., ait présenté, à travers les âges, des caractères très différents. Plusieurs de ces caractères, dont les traits dominants sont la ruse, la rage de la poursuite, l’imminence du péril, la mort enfin, ont une ressemblance frappante avec la vie humaine elle-même. Voilà pourquoi le langage cyné-
1 Cf. cependant, entre autres: E. Bormanx, Die Jagd in den altfranz. \ Artus- und Abenteuer-Romanen, Marburg 1887 (Ausg. u. Abh., éd. Stengel, LXVIII).
FR. BanGErT, Die Tiere im altfranz. Epos, Marburg 1885 (Ausg. u. Abh., éd. Stengel, XXXIV).