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gétique à paru souvent éminemment propre à rendre des situations purement humaines.'
Il convient en outre de remarquer que ces emprunts sont en grande partie dus à cette circonstance particulière que la chasse ayant été, comme on l’a vu plus haut, une des occupations favorites des Français d'autrefois, celui qui le premier en tirait une expres- Sion nouvelle, ne courait aucun risque de n'être pas compris de ses interlocuteurs. Aussi la plupart des expressions figurées que la chasse à léguées à la langue française, doivent-elles sans doute être considérées comme étant d’origine populaire. Toutefois il est des cas où, pour diverses raisons, on est plutôt tenté de les attribuer à une influence savante ou littéraire, par exemple aux poètes et aux orateurs désireux de donner, par des métaphores neuves et originales, plus d’ampleur et de force à leur style: ajoutons que ces cas sont en faible minorité.
Les expressions figurées d’origine cynégétique sont naturellement fort variées, l’image essentielle se rat-
l Cf. H. ESTiENNE, Préc. du lang. fr., pp. 92—93: «Quant à la Fauconnerie [par opposition à la vénerie], ie pense qu’elle nous fournit encore d’avantage de beaux termes et belles façons de parler, qui ont fort bonne grace es lieux ausquels nous les accommodons. Et faut bien que cest art ait esté encore plus commun à nos predecesseurs qu’il ne nous est, veu qu’ils nous ont laissé un langage tellement meslé et comme marqueté de ces mots, que nous en appliquons aucuns à nostre parler ordinaire, sans nous appercevoir de leur origine.
Qu’ainsi soit, entre tant de François, qui usent tous les iours de ces mots... bien peu prennent garde à leur premier usage, et s’appercoivent qu’ils disent des hommes ce qui se dit proprement des oiseaux de proye. Et toutesfois tant s’en faut que ces mots, et autres, perdent leur grace, estans ainsi transferez d’un usage à un autre, qu’au contraire ils semblent l’avoir meilleure: mais elle ne peut estre bien goustee que par ceux qui ont quelque congnoissance de ceste noble science de Fau-
connerie »
LPO ES
tachant tantôt à la personne du chasseur, tantôt aux animaux — chiens onu faucons — dont il se servait pour dépister ou prendre le gibier, tantôt enfin à ce gibier lui-même.
Afin d'éviter autant que possible la confusion et les redites, j'ai cru devoir traiter dans un groupe à part les expressions quise rapportent au chasseur, à ses actes ouàses engins, dans un autre, celles qui se rapportent au chien ou au faucon, dans un troisième enfin, celles qui se rapportent au gibierou à ses mœurs.
Ce dernier groupe occupe peut-être, dans mon travail, plus de place que n’en comportait strictement le sujet, d'autant plus qu’il s’est grossi d'expressions et de métaphores tirées du naturel d'animaux étrangers à la chasse proprement dite. Bon nombre de ces expressions, j'en conviens, dérivent des observations que quiconque s'intéressant tant soit peu à la nature pouvait faire par soi-même, sans connaître le moins du monde la chasse. Mais le moyen de marquer ici des limites exactes? EE comment nier que ces diverses observations, ainsi que les locutions qu’elles ont inspirées, n’aient entre elles tellement d’affinité qu'un pareil rapprochement peut sembler justifié ?
Disons aussi qu’on doit à des observations de ce genre quantité de locutions proverbiales ou comparatives. Il est intéressant de remarquer, au sujet de ces dernières, qu’elles ont en général assez dé consistance pour se transmettre telles quelles de généra-
1 Cf. H. ESTIENNE, Préc. du lang. fr. p. 97: «Nostre langage ne s'est pas contenté de prendre des metaphores de Ja Venerie et Fauconnerie, mais en a pris aussi du naturel d’autres bestes que celles dont ces deux exercices peuvent donner la congnoissance.»
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tion en génération. Quelques exemples pris au hasard montreront suffisamment la nature de ces locutions:!
Vieil oiseau ne se prend à rets. — Mieux vaut mestier quesparvier. — Il fait un mariage d'épervier, lu femelle vaut mieux que le mâle, se dit, d'après M. RoLLAND, d'un individu qui épouse une femme plus forte, plus intelligente, plus riche que lui (par allusion à ce fait que le mâle des espèces de proie est généralement non seulement plus petit que la femelle, mais aussi moins bardi qu'elle, et partant moins propre à la chasse). — D'une buse on ne saurait faire un épervier. Cf. Ce oï dire en reprovier Que l'en me puet fere espervier En nule quise d'un busart.? — Faire de la canepetière, se dit, par allusion à la méfiance bien connue de cet oiseau, pour «être soupçonneux». Envoyer à bitardes, aller à bitardes [bitarde — forme dialectale pour outarde] se dit, aux environs de Cambrai, dans le sens de «envoyer chercher l’introuvabie, battre inutilement la campagne». Cf. Aller à la chasse des oies sauvages, qui se dit dans le même sens, par allusion aux difficultés que présente cette chasse. — Faire le pied de grue, faire la jambe de grue, se disent d'un homme quand il est longtemps debout en quelque lieu et particulièrement quand on le fait attendre. — Avoir un cou de grue, se dit d’un homme qui a le coû long ou qui fait effort pour l’allonger. Cf. Cou de cigogne — cou long et maigre, — Trouver la pie au nid — trouver l’occasion favorable, rencontrer une fortune, faire une bonne rencontre ou prise. — Etre au nid de la pie: la pie faisant souvent son nid très haut, être ou arriver au nid de la pie, c'est être ou arriver au faîte des grandeurs. — Vous ne fustes onques de mauvaise pie couvez — Vous êtes de bonne fa-
1 Voir, pour le français moderne, E. ROLLAND, Faune pop. de la France, ouvrage dans lequel on retrouvera Ia plupart des exemples cités ci-dessous, et auquel nous renvoyons pour de plus amples renseignements sur ce chapitre. Of. aussi, pour l’ancien français, les exemples donnés par Fr. BancertT, op. cit., pp. 147—148, 156—157 et passim.
2? Roman de la Rose, cité par Leroux DE Lincy.