‹ Les extrêmes: légendeChapitre 11 sur 38 · UN. SALON PARISIEN · texte numérisé non relu

UN. SALON PARISIEN

consoience d'avoir mis son ami à l'épreuve pour le punir d'avoir trop présumé de sa sagacité.

Le fait est que le docteur Heraann s'était amusé à faire assister son présomptueux ami à une soirée dramatique dans la maison d'aliénés qu'il dirigeait.

Ge n'est pas sans quelques appréhensions qu'il suivait les phases diverses de la représentation, qui s'était d'ailleurs passée comme on l'a vu, sans autre incident que l'exaltation du jeune poète et la scène du duel ; et cela n'avait pas même été remarqué, grâce à l'intervention du docteur et du chef de l'établissement.

Tous les deux se félicitaient d'avoir si pleinement réussi dans une entreprise qu'ils jugeaient favorable à l'état mental de leurs malades, et ils se proposaient de renouveler cette épreuve.

Toutefois, Pornic eût été bien surpris s'il avait lu le fait-Paris suivant, qui fut répété quelques jours après dans divers journaux :

« une fête chez les aliénés. — Il y a quelques jours, une soirée dramatique et musicale fut organisée dans une maison d'aliénés de Passy, dans le genre de celles que donnent,

tous les ans, à Naples, les fous du docteur Miraglia.

« Les aliénés de Passy ont joué une pièce en deux actes, écrite par l'un deux, et l'interprétation a été vraiment satisfaisante. Des chansonnettes, très-bien détaillées, formaient les intermèdes.

« Les résultats obtenus fa Naples par ce mode de traitement donnent beaucoup d'intérêt aux essais entrepris à Passy, »

LE SECRET DEd LETTRES,

Le docteur Bermann avait eu beaucoup de peine à décider sa jeune nièce à paraître dans la représentation dont nous avons parlé*. H était persuadé que cet eftort la détournerait de son idée fixe et serait salutaire à son intelligence troublée par la douleur. Il n'avait vaincu sa résistance qu'en l'assurant que M. Pornlc se ferait un plaisir de l'entendre, et que ce serait pour lui un grand désappointement et même une impolitesse si elle y manquait,

Aussi Pornic, le lendemain, pendant le déjeuner, s'empressa de la complimenter de son obligeance ; mais il ne put en tirer aucune parole. Elle s'éloigna bientôt en laissant les deux amis à table; et, après avoir donné quelques heures aux soins de Ja maison, elle rentra dans sa chambre, où elle se remit à écrire.

Elle parle si peu, cette petite Héva, elle est si dissimulée et si mystérieuse, que si nous ne donnons pas un coup d'œil à sa correspondance, nous ne saurons jamais ce qu'elle a dans l'âme. Nous serons d'ailleurs tout disposés à l'indulgence en connaissant l'infirmité de son esprit et la cause qui la produit.

Nous ayons quelquefois admiré la naïveté de ce moyen facile employé au théâtre. Si un personnage en scène écrit une lettre confidentielle, il ne manque jamais de l'écrire à haute voix pour que les spectateurs n'en ignorent ; et tout le monde se prête volontiers à ces illusions. Nous supposons donc que Mlle Héva est en scène, et voici ce qu'elle écrit :

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