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LE SECRET DES LETTRES

« Ma chère mère,

« Tu auras reçu mes dernières lettres; j'étais bien en peine, comme tu penses, de te les faire passer jusqu'au ciel. Mais, avant de mourir, la sœur Marthe, que j'ai tant pleurée, la bonne religieuse qui m'avait aidée à te garder, me disait : « Ne t'afflige pas, mon enfant, je vais re- « voir ta bonne mère. » — C'était presque sa dernière parole.

« Et alors, dans ma faiblesse, moi que tu trouvais si raisonnable, j'ai fait presque un acte de folie; je le reconnais bien à présent que mon esprit est plus calme; je me suis donc relevée la nuit, et j'ai été cacher mes lettres dans le linceul de Ja morte.

« Quand j'y pense aujourd'hui, cela me fait voir combien j'étais malade dans ce temps-là, et j'en suis encore humiliée. Je comprends bien que mes lettres ont été ensevelies dans la terre; mais je crois encore que la bonne religieuse t'aura porté bien vite toutes mes pensées, toute mon âme.

« Alors pourquoi t'écrire encore, chère mère ?

Pourquoi? Parce que tu es ma seule amie, ma seule confidente et mon ange gardien; parce que j'ai besoin de te raconter tout ce qui se passe dans mon esprit et dans mon cœur.

« En souvenir de toi, mon oncle Hermann est toujours pour moi comme un bon. père ; mais je suis une gêne, un embarras dans sa maison : je l'ai souvent remarqué.

« Il voulait, je ne sais pourquoi, me placer dans sa maison de santé ; moi qui suis si raisonnable, je craindrais d'y devenir folle comme les autres. Je lai t$at prié, .qu'il a consenti à me garder encore près de lui et m'a donné une femme de chambre qui est presque uae dame de compagnie, une amie complaisante et douce. J'ai donc de grandes obligations à mon oncle Hermann ; mais je l'occupe trop de moi, et je sens que je lui suis inutile.

« Puisque je ne sers à rien dans ce monde, je voudrais consacrer ma vie à Dieu et aux malades, comme la sœur Marthe, en attendant que j'aie le bonheur d'aller te rejoindre comme elle! Mais comment saurais-je si c'est ta volonté?

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