LA CHARITÉ
jces âmes choisies se mêlent quelquefois à ce inonde.
Les malheurs de la jeune orpheline avaient tout d'abord touché et intéressé Pornic. Il admirait sa beauté reposante et sa grâce naïve, mais il était libre encore. Elle ne lui apparaissait que comme une douce et idéale vision. Ce fut la Charité qui lui révéla presque le secret de son cœur.
En songeant k cette jeune fille qu'il avait surprise entourée de petits enfants, les soignant comme une mère attentive, il avait entrevu toutes les joies du foyer; de charmantes perspectives s'ouvraient devant lui; peut-être formait-il déjà quelques projets, mais il avait trop de réserve, trop de respect pour l'hospitalité qui lui était offerte pour laisser deviner sa pensée.
Pornic affectait donc de témoigner plus d'indifférence ; il paraissait tout occupé d'autre chose ; ses absences devenaient plus fréquentes, mais était-il assez habile pour que sa discrétion et son silence même ne fussent, au moins pour le clairvoyant docteur, comme une révélation de ses sentiments?
Ge qui est certain, c'est que la charité lui avait apporté la lumière. Renonçant à s'égarer dans de vaines contemplations; il aspira à la vie utile. Il songea à tout le bien qu'il pourrait faire en employant sa force, mm intelligence et sa fortune I des travaux productifs.
S'il n'osait encore prétendre à la laveur d'obtenir un jour la jeune orpheline pour ministre de ses libéralités, c'était du moins un joli rêve qu'il voulait &ire durer aussi longtemps qu'il le pourrait.
Dès lors, il se sentit retenu pour toujours près de son ami Hermann, et ne voulant pas abuser plus longtemps de l'hospitalité qui lui était amicalement accordée, il chercha mystérieusement une occasion de se fixer dans le pays.
Comme il était sans famille r il voulait créer et grouper autour de lui, une nombreuse famille de travailleurs, à l'exemple de quelques hommes généreux qui ont trouvé le moyen de rendre leur industrie profitable k tous tours coopérateurs '. Geuxr-ci semblent avoir entrepris de
1. Parmi les plus méritants de ces ingénieux bienfaiteurs, nous aimons à signaler M. Leclaire, que nous n'a-