TAYAC, CRO-MAGNON. GORGE D'ENFER LAUGERIE, LA MICOQUE
Tayac
En sortant de la gare, si l'on veut visiter le petit village de Tayac et son intéressante église, il faut tourner à gauche. On arrive rapidement à l'entrée du village, puis a l'église fortifiée des X" et XI* siècles. A la porte de cette dernière, se trouvent deux colonnes en marbre provenant sûrement de quelque temple romain. Une pierre, placée au-dessus d'une fenêtre, dans le mur extérieur du grand fort, porte une gravure mérovingienne.
Revenant alors sur nos pas, nous arrivons à la gare.
Continuant la route, nous atteignons rapidement l'emplacement classique de Cro-Magnon.
Cro-Magnon (n° 1 du plan)
A 130 mètres environ au sud-est de la station des Eyzies, se dresse l'hôtel de la Gare avec ses dépendances, construit au pied d'un rocher formant abri, et dont les parties culminantes se détachent sous les formes bizarres dechampignons. En 1868, lors de la construction de la route des Eyzies à Sarlat, les entrepreneurs, MM. Berthoumeyrou et Delmarès, mirent à découvert un abri sous lequel ils recueillirent quelques, silex. M. Lartet fils, envoj'é par le ministère de rinstruction publique, arriva sur les lieux, fit faire des fouilles etdécouvrit. sous une voûte naturelle du rocher, aujourd'hui en partie détruite, les ossements et les trois crânes célèbres qui ont permis au sa\ant Broca d'étudier cette belle et forte race de chasseurs; il y recueillit aussi un grand nombre d'objets en os et en silex qui ont fait connaîtreleurs armes et leur industrie remontant à l'époque aurignacienne.
Roc de Tayac {n° 2 du plan)
Maintenant, traversons la voie ferrée, au passage à niveau vis-à-\is Cro-Magnon et, après avoir passé la Vézère, remontons la ri\e droite. La roule, qui suit le bas de la colline couronnée de rochers à pic, se rapproche peu à peu de la rivière; bientôt même elle est creusée dans le flanc du coteau, pour, quelques mètres plus loin, se frayer difficilement un passage entre les eaux et la roche.
La falaise, à cet endroit haute de 7U à 80 mètres, forme, à mi-hauteur, une assez grande terrasse: c'est le Roc de Tayac, en face du village du même nom. [\ . planche 4.)
Cette habitation du moyen âge fut, au temps de la guerre de Cent ans, une place forte importante et en même temps un repaire de brigands qui arrêtaient et pillaient tous les bateaux commerçant sur le cours d'eau.
Tardes nous conte que cette forteresse, assiégée le 4 décembre 1409 par Bonncbaut, lieutenant du connétable de France, ne fut prise, et les Anglais chassés, que le 10 janvier 1410. Elle fut détruite à ce moment-là.
Gravissons le sentier qui conduit à cet ancien fort ; nous arrivons à une première salle ayant servi d'écurie, ainsi que l'attestent les auges et les anneaux creusés dans la
pierre. Un puits, aujourd'hui comblé, permettait aux habitants de s approvisionner d'eau sans sortir au dehors.
Un escalier nous conduit sur la terrasse: on y remarque encore des restes de murs et du dallage en pierre.
Un autre escalier nous amène au troisième étage: c'est l'habitation des occupants, composée de trois salles creusées dans le roc au Moyen âge. Le mobilier, assorti aux appartements, donne à cette demeure un aspect pittoresque.
Nous sommes là, à 25 mètres de hauteur. Deux autres salles, situées au même niveau, à 30 mètres au N.-O., communiquaient autrefois avec les précédentes par un balcon aujourd'hui disparu.
Gorge d'Enfer (n" 3 du plan)
Du Roc de Tayac, il n'y a qu'un pas pour arriver à Gorge d'Enfer: c'est un petit vallon de l'aspect le plus sauvage et, autrefois, d'un abord très difficile.
Le petit chemin qui longe la pente rive gauche passe sur deux abris sous roche qui s'ouvrent dans la prairie.
Le premier, dit «abridu Poisson», est actuellement fermé. Il fut fouillé en 1892 par MM. Girod et Massénat. Il contenait deux niveaux aurignaciens.
En 1912, un S'" Marsan y découvrit, gravés sur la voûte, un poisson et une tète d'oiseau de proie. Cette œuvre d'art, vendue en secret aux Allemands, était sur le point d'être détachée et expédiée à Berlin, lorsque le Ministère des Beaux- Arts arrêta les travaux et fit procéder à l'expropriation.
Grâce à cette mesure, ce chef-d'œuvre d'art quaternaire nousaétéconservédans le cadreoùilaétéconçuetexécuté.
Le second abri, à 1 ' 50 en amont, a été fouillé par M. Lartet en 1863. Il a fourni une industrie aurignacienne.
A quelques mètres plus loin, on aperçoit une grande excavation de40mètres environ d'ouverture sur30mètres de profondeur et 15 mètres de hauteur. Lorsque, du fond, on examine cette immense voûte, on est réellement émerveillé de ce chef d'œuvre de la nature.
Les fouilles qui, y ont été pratiquées, n'ont mis à jour que des restes de construction pouvant remonter tout au plus au Moyen-âge.
Une large et profonde tranchée a fait découvrir dans le fond une caverne dont le sol forme le lit du ruisselet qui sort en avant dans la prairie.
Ce vaste abri, en partie déblayé, sert actuellement de salle de banquet.
Suivant toujours le même chemin et dans la même falaise, nous arrivons à un autre abri qui a fourni de fort belles pointes solutréennes, surtout des pointes à cran. (Fouilles Massénat, Louis Giraux et Schleicher).
Enfin, tout en haut, dans les rochers qui font face à l'entrée du vallon, est la grotte d^Abzac dont l'entrée est en partie fermée par les éboulis. Les recherches qui y ont étéfaitesont donné de fort belles pièces magdaléniennes. (Fouilles Massénat.)
Si, à l'entrée de la Gorge d'Enfer, nous prenons le chemin qui suit la pente rive gauche et si nous gravissons le sentier montré par le poteau indicateur, nous arrivons sur unelarge plateforme naturelle dite «Belvédère du Bil»
De là, on jouit d'une des plus belles vues de la région
A gauche, notre regard embrasse toute la falaise de la Gorge d'Enfer avec ses nombreux abris; puis celle si célèbre de Laugerie- Basse et de Laugerie-Haute. La Vézère qui coule parallèlement à cette dernière, laissant parfois à peine entre elles l'espace nécessaire au passage de la route, est d'un très bel effet dans ce paysage.
Devant nous, Tayac et son intéressante église fortifiée.
Adroite, au premier plan, le Roc de Tayac; dans le fond, les mystérieux rochers du Cingle, le rocher de la Peine, Les Eyzies et Cro-Magnon.
Laugerie Basse (n° 4 du plan)
Repienons la route, et continuons notre chemin vers Laugerie. Dans les rochers qui bordent presque la route, comme d'ailleurs au Roc de Tayac, sont creusés quantités de trous destinés à recevoir les bois des habitations anciennes qui y étaient adossées.
Entre les blocs énormes, orovenant d'abris immenses qui se sont éboulés entr3 les époques paléolithique et néolithique, est creusée une grotte à stalactites.
A environ 300 métrés plus loin, la falaise, de plus en plus élevée et remplie d'anfractuosités, offre aux corneilles et aux oiseaux de proie un asile sûr pour eux et leur nichée.
C'est au pied, et même sous ces masses imposantes qui semblent défier les siècles, que s'élève le hameau de Laugerie Basse, si connu dans le monde scientifique. On y arrive par un petit chemin qui débouche à gauche de la route. (V. planche 5.)
C'est là, dans des fouilles pratiquées sous les maisons
même, que M Massénat a trouvé son squelette magdaïënien; et que le même et MM. G. de Mortillet, de Vibraye, Marty, Hauser,Bourlon, Viré, Maury, etc. ont recueilli de magnifiques spécimens de l'industrie et de l'art des Troglodytes de la Vézère.
A l'exemple de leurs ancêtres, les habitants actuels ont su profiter des dons de la nature pour construire leurs maisons à bon marché. Les petits champs, devant les maisons, renferment de nombreux os et silex taillés préhistoriques. •■) •
En 1913, la majeure partie de ce vaste abri, et à 50 métrés en amont, celui des Marseilles, furent acquis par un bienfaiteur de la science, M. le Bel. Les derniers foyers préhistoriques encore vierges du gisement classique furent soigneusement fouillés par M. Maury, chargéfdé là direction des travaux.
Puis les vieux bâtiments furent restaurés, d'autres furent édifiés également sous la voûté à côté d une source abondante et cet ensemble forme une résidence des plus pittoresques et des plus agréables.
Mais c'est à quelques mètres plus loin, aux Marseilles, dans un site excessivement curieux, qu'on peut voir un, dépôt de l'âge du renne en pleine exploitation. Sous un abri superbe, écrasée sous un amoncellement d'énormes éboulis, se dresse une coupe complexe où toutes les civilisations, depuis le Magdalénien jusqu'aux temps modernes, sont représentées.
Les aimables hôtes de ces lieux, M. Maury et sa famille, conduisent le visiteur dans ces coins mystérieux évoquant les âges passés: ici, suivant le sentier qui serpenteau milieu des grands blocs couverts de verdure de toutes sortes; là, passant dans letunnel qui aboutit dans l'ancien habitat, lui donnant de savantes et abondantes explications et lui montrant, dans le musée, les vestiges retrouvés des différentes civilisations qui se sont succédé sur ce point.
Laugerie Haute (n" 5 dii plan)
^' Reprenant la route qui passe au milieu d'éboulis énorlirés qui ont roulé jusque dans la Vézère, à environ 300 mètres plus loin, nous arrivons à Laugerie Haute: charmant petit hameau construit le long de la falaise. La route est bordée,' à cet endroit, d'une chaîna de blocs énormes couverts de végétaux de toutes sortes. -Ces- niasses couvrent la belle station solutréenne qui a fourni et fournit encore de si „bellefr pointes en
« feuilles de laurier» et des pointes à cran du type solutréen. [Y. planche 6.)
Ces énormes éboulis formaient autrefois la voûte d'un immense abri, de plus de vingt mètresde profondeur, qui a servi d'habitat à une population préhistorique très dense ainsi qu^en témoignent l'étendue et l'épaisseur des dépôts archéologiques ensevelis sous ce chaos de matériaux.
Vers 18G3, MM. Lartet etChristy y firent les premières recherches. Elles furent continuées plus tard par MM. Massénat, Girod, Féaux, de Fayolle, etc. Mais ce furent surtout les chasseurs de pièces qufcn bouleversèrent la plus grande étendue.
En 1910, l'antiquaire étranger Hauser en fit l'acquisition. 11 s'attaqua à la partie vierge située entre la falaise et la ligne des blocs et en fouilla la majeure partie sans aucun profit pour la science.
En 1*.)21, l'Etat en devint propriétaire. Je fus chargé des travaux de fouilles et d'organisation. Je fis enlever tous les déblais. Alors apparurent les couches vierges épargnées.
Les travaux, soigneusement conduits, montrèrent bientôt que les fouilles du grand savant Hauser n'avaient de scientifique que le nom. Partout il avait négligé les deux dépôts de base: l'un aurignacien, l'autre protosolutréen, probablement parce qu'ils sont pauvres et qu'ils ne donnent pas de belles pièces. Cependant ces deux couches sont d'une importance capitale pour les études préhistoriques. Elles montrent, une fois de plus, que l'Aurignacien est présolutréen.
Les deux coupes longitudinale et transversale, laissées comme témoins, présentent la superposition très nette des divers niveaux aurignaciens, solutréens, madgaléniens et, par endroits néolithiques.
L'entrée, pratiquceentredeux ébouhV, nous conduit non seulement dans le gisement, mais aussi dans un coin des plus beaux et des plus pittoresques de la vallée.
Suivant le passage aménagé sous la maison qui se dresse sur ce point, nous arrivons su.r la vaste terrasse ombragée existant surles grands blocs. De là, on jouit d'une vue superbe: D'un côté, c'est Laugerie Basse, Gorge d'Enfer et le Roc de Tayac ; de l'autre, les beaux rochers des Tours (neuf frères.)
Redescendant par un autre chemin, nous passons sous un grand portail naturel, au milieu d'éboulis couverts de fougères, de lycopodes et de capillaires, et nous aboutissons à une autre gisement madgalénien.
Dans le pâté de maisons bordant la route, on peut voir dans des vitrines les industries de la pierre et de l'os des diverses peuplades qui se sont succédé sur ce point.
La Micoque (n 6 du plan)
Aprèsavoir dépasséla voie ferrée, la route se dirige vers Manaurie. en passant toujours au pied de la colline. C'est dans ce \ allon, sur le flanc du coté opposé, en face de la sortie du tunnel du chemin de fer. qu'est située La Micoque. Cet important gisement fouillé par MM. Chauvet, Ri\ière, Capitan, Cartailhac, Pevronv, Hauser,.etc , a fourni des pièces splendides. .Actuellement, il appartient à l'Ktat.
La première excursion se termine là. Revenons sur nos pas et. après avoir donné un coup d'œil rapide sur ce que nous avons déjà vu, nous nous retrouvons à Cro-Magno.n.